Carnaval sur les pavés, anonyme métonymie pour danser.

Chaussée de talons aiguilles, j’ai battu le pavé

Comme autant  de traces de piques

Ou  de notes musicales sur une portée,

J’y ai inscrit la marque de fabrique

Y ai frappé le tempo

En balançant le métronome

À coups de déhanchement de chapeau.

Derrière un masque de carnaval

Un maquillage bien apprêté

Qui, du clown ou de Pascale

avait bien pu vouloir défiler?

Dans cette foule d’anonymes,

Plus aucun nom,  ni acronyme,

de métaphore en pantomime

De paronyme en synonyme

La dialectique se fait tactique

Quand le tic- tac

Passe à l’attaque,

Paradigmatique

Enigmatique

Que sont ces tics

Linguistiques,

Qui sur les lèvres des badauds

Entre syntaxe et sémantique

Entre  clichés et  rhétorique

Se jouent du froid comme des mots.

S’échappant  de mes naseaux

Les fumerolles volcaniques,

Condensation  d’air si  ibérique

Du flamenco, en pas scandés

Martelant ainsi les pavés

Tel un alien , d’un jet de fusée,

D’une étoile ou d’un vide galactique

En sidérant délire apocalyptique

Voileront d’une brume maléfique

Le ciel de Véga, le sol arraché

Et qui d’un tour de clé à rebours

Compteraient les secondes égrenées

Et d’une ancestrale boite à musique

Au mécanisme devenu lourd

De fausses notes empoisonnées

S’échappent , tel un oiseau hors de sa cage.

Dans une démarche épileptique

En gestes lents désaccordés,

Commissures des lèvres pincées

De bave et de secousse sismique

En éruptive éructation,

Ainsi se brise le silence

Et nait en manifestation

Ni d’allégresse  , ni de vengeance

Mais de soutien , de connivence,

D’accord tacite , de convergence

Contre ce qui anéantit,

Qui rend marteau et abruti

Qui fait gober plus que des mouches

Nous faire ramper en ver de terre,

A nous faire mordre la poussière,

Eteindre tous les abats- jours

Faire disparaitre le mot toujours

“Ils ” voudraient tant que l’on se couche,

Qu’on jette l’ éponge, qu’on fasse le mort.

Et c’est aux dents  qu’on le saisit

Pour retrouver son harmonie

Du désespoir , ne pas faire corps,

Du fond de l’âme, crier la vie.

Sur les pavés, à plate couture

Déambuler loin des voitures,

Talons aiguilles et escarpins

tuant le bruit sinistre des bottes

Qui ,  hier , métonymies

Dévastaient tout lendemain

La carmagnole ou la gavotte,

Ou  sensuel tango argentin,

Ronde enfantine et  Charleston

Et bien avant les zazous amis

Du swing, du boogie et du woogie

Des caisses claires et saxophones

Plutôt qu’un petit air de flute

Eviter le clairon qui sonne

Le glas, la danse macabre, en sol , en ut.

“vous chantiez , j’en suis forte aise”

Comme la cigale de La Fontaine

Copiant les  animalités d’Esope

Être cent mille ou treize

Effacer par l’ amour , la haine

De l’agonie de la vieille Europe,

Être vivant en le clamant :

Refuser le permis d’inhumer.

A nous de former cette chaine

Sur nos musiques et nos tempos

Par nos votes ou nos vétos

Nos convictions de femme et d’homme

Dans de vrais référendums

Refuser la même rengaine

A nous de leur dire” finis vos chants;

Et bien , dansez, maintenant ! “

Texte : Pascale Lafraise

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