Leila Martial – Smile ( Charlie Chaplin)

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Cécile McLorin Salvant – John Henry

Larguez les amarres !

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Livre ouvert en suspension

jpg_CPLartangage3W« Je lis en toi comme dans un livre ouvert » m’a t’il dit. Se pourrait-il qu’une personne puisse vous connaitre à ce point alors que vous-même , vous ne vous connaissiez pas . Le Connais-toi toi même socratien , inscrit sur le fronton du temple de Delphes : connais toi toi-même et tu connaitras l’univers et les dieux. Toi qui pense tout lire en moi quel langage y vois -tu? Quel alphabet, quels signes, quels hiéroglyphes? Le corps parcheminé de cicatrices te livre des clés pour un des nombreux chapitres de cette biographie. Saurais-tu en le palpant, le caressant y décrypter en braille les passages raturés, censurés , omis volontairement ou cachés dans l’inconscient? Serais-tu plus clairvoyant pour prétendre ainsi savoir qui je suis? Aurais-tu ce sixième sens , un don de double-vue?
Alors uniquement pour toi, aujourd’hui, là, maintenant ,en cet instant je tourne la page et j’ouvre un nouveau chapitre. Il est sans titre puisque tu le connais déjà. Anticipation ou science- fiction, roman de gare ou bande- dessinée, je te laisse seul juge, seul critique pour le ranger dans le rayonnage de ta bibliothèque ou le garder un peu sur tes genoux avant de le jeter .

Lucynda LuIl était une fois …et c’est un conte, un mythe, une légende qui apparait entre les lignes. Toi qui connait l’histoire des divinités à travers les écritures anciennes et oubliées, à travers celles cachées, codées mais inscrites pour toujours dans les espaces incommensurables de l’ univers. Femme sans visage mais piolée de grains de beauté à la signification qui n’a pas de secret pour tes yeux, au parfum connu et reconnu par tes narines, aux murmures et bruits de respiration enregistrés dans ton lobe temporal, cette femme n’a plus de trait ou plus d’attrait. Elle peut pourtant lever le masque et te montrer parfois l’une de ses nombreuses expressions faciales. Méfie-toi cependant : son sourire a le gout salé des larmes si tu y poses tes lèvres, ses larmes celui du sang. Ses cils portent encore la trace d’une goutte de sueur. Qui est-elle ? Aphrodite, Barbara,Chloé,Desdémone,Electre,Fortuna, Gaia,Hélène,Iris,juliette,Kali, Lilith,Mélusine, Némesis,Ophélie, Psyché, Queen, Rhea, Salomé, Thérèse, Ursuline, Victoire, Wanda, Xanthia, Yolande, Zita.
Drôle d’énumération que les facettes et les risettes, les grimaces et les mimiques comme autant de personnages issus d’un opéra bouffe écrit par un compositeur mi profane mi sacré tombant dans la spirale d’un mélimélo chaotique sans fondement, sans règle ni loi.

KYUNGDUK-KimTu les vois , bien sûr ? Tu t’en rappelles sur le bout de tes doigts. Et pourtant, les mots s’effritent au fur et à mesure que tu les lis. Les lettres alphabétiques glissent du sablier de ton temps. Ils sont sans dessus -dessous, ils n’ont plus de sens. Ils sont exsangues. Ils ont perdu l’art et la manière de faire sourire et rire son auteur qui les a couché là par fatigue, par ennui, par dédain. Les phrases s’effacent et celle que tu pensais tenir au creux de la paume se joue de tout, de la ponctuation, de l’orthographe et de la grammaire. Ne restent que des illustrations, des enluminures majuscules, des entêtes, des épithètes, des peut-être. Etre ou croire que tu connais son être, son âme, son existant, son histoire , son présent, son passé. Etre ou ne pas être, vivre ou survivre, exister.
Oui elle existe pourtant cette femme, dans le livre que tu crois maitriser. Au cours de la lecture , tu y retrouveras quelques onces de toi, dans la strophe d’un poème, un paragraphe fantasque , dans le pied de nez d’une métaphore, un oxymore .
Elle est oxymore, antinomie, contradictoire. En voici , livrés clés en main quelques portraits .

B_fR3Oqw2kjYp6O0kjy-Ra_m3o0@800x795Assourdissante dans mes silences,je suis  inculte en le sachant, stérile dans l’humour grinçant, cinglante dans l’autodérision sans être dominante, je manie le fouet culinaire. Du martinet encore appelé le chat à neuf queues, je ne côtoie que l’ apus apus proche de l’hirondelle. J’en pince pour celles à molette et resserre les boulons plutôt que les tétons et si je frappe, ce n’est qu’en bagarre de polochon et d’oreiller. Griffer la terre du potager ça je sais faire, la bécher, mordre la vie à pleines dents.
Les larmes versées sont celles des fous rires qui me prennent en catimini. Chatouilleuse , je l’avoue sous cette douce torture , à toi, à vous , j’avoue ma culpabilité dans cette fragilité charnelle . Tombe alors en lambeau ma cuirasse protectrice, mon bouclier anatomique , je ne suis pas une bombe atomique, rien de nucléaire si ce n’est les noyaux, les protons, électron libre oui je le suis.
Page blanche qui se noircit , crayon graphite et graffiti, tatouage dans la marge , je copie et recopie, m’inspire et m’exaspère de mots des autres , de clichés et déjà vu, de buzz, de base, de data. Joli cet autoportrait, non? Le livre , sur tes genoux n’est pas une autobiographie ou alors le nègre n’a rien compris aux notes , aux émotions, aux sentiments. Il n’a pas su retranscrire les anecdotes, les détails, les descriptions des lieux, les ambiances. Il doit souffrir d’un Alzheimer précoce ou du syndrome de la crampe de l’écrivain.
Un corps qui se dessine ou se peint à coups de pinceau sensuels, sans queue ni tête et un visage qui devient blême, dont les traits disparaissent, qui se taisent . Ces lèvres dont tu connais la suavité et qui susurrent des mots qui ravissent ton âme, peut -être. Il ya des endroits, des coins et des recoins qui prennent la tangente. Cela devient mathématique, géométrique entre nous. Loin de la romance que la trigonométrie, les rappels des axiomes , loin la magie d’une poésie. Suis -je donc femme rebelle, qui en veut aux féministes destructrices , à ces femmes infidèles à leur propre parfum, à leur propre essence de la féminité et qui arborent des slogans agressifs et répulsifs contre la gente masculine ?
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Tu as de quoi en perdre ton latin . Tu as de quoi aller te réfugier dans de virtuels fantasmes machistes et te contenter d’onomatopées sexuées, stéréotypées, pixélisées.. Contente- toi d’un son mono, la stéréo n’est pas gravée entre les mots, entre les lignes de ce livre. Effet rétro , comme pour l’attaque d’une bille ( on ne dit pas boule, on n’est pas au bowling!) de carambole, de billard avec ou sans poche ; ta queue , de poudre bleue, sur ton procédé devra enduire pour mesurer la juste quantité, la force et le point d’impact, question de pente , d’angle d’attaque . Un massé, queue verticale, un coulé, horizontale et ce point c’est certainement par la bande que tu dois le viser. A toi d’en apprécier l’angle et le rebond!
Les pages se tournent et s’arrachent une à une . Elles s’envolent ? Tu le connais toujours , ce livre ouvert ? Point de mensonges, point de duperie, de cachoterie. Des cachots et pourquoi pas des cachalots ? Les seules baleines sont celles d’un parapluie qui se métamorphosent en ballerines..Une baleine rit , échappée au massacre organisé par nos amis , les japonais. Ni en soupe, ni en cosmétique, elle finira. Baleine sous caillou, anguille sous roche à la mode du Sud Ouest , oui, là bas tout devient disproportionné. Trop , c’est trop et même en visée anamorphique , le cylindre ne vous dévoilera pas l’harmonie du yin-yang , du sourire ou de la moue d’un enfant, pas laid, même s’il ment.

J’ai le cœur sur la main ; je l’ai parfois au bord des lèvres. J’ai un cœur qui bat la chamade, qui chavire, qui chaloupe dans un charivari. J’ai un chat dans la gorge, comme une boule de poils qui ne veut pas sortir, qui m’étouffe parfois. Besoin d’un shaman, d’éviter le chaland qui passe , je suis chafouin et même un cha-cha entre tes bras n’y pourra rien. Les chats de gouttière, les chats huants et les chats perchés pourront bien chercher à transformer des chapiteaux en château, sache que ce livre risque de disparaitre sous une chape de béton armé, de bâtons armant les chasseresses à la recherche des chamois. Arrête ton char, ton charabia et chavire moi plutôt avant la 4éme de couverture. 677ddec56af212ac59c8098d69f22317Sois charmant , je te laisse être le narrateur ou le lecteur. A toi le libre arbitre d’écrire , dans ce livre de la vie , le prologue ou l’épilogue, la préface. Tu seras l’épigraphe , mon homme objet, mon homme esprit de ce livre ouvert dont tu déchiffres en braille les silences délibérés dans toutes mes pages blanches . A toi d’interpréter .N’est pas encore posé le point final, laissons planer le doute . Points de suspension …..

Harakiri

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Le martinet – René Char

 

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Martinet aux ailes trop larges, qui vire et crie
sa joie autour de la maison. Tel est le cœur.
Il dessèche le tonnerre. Il sème dans le ciel serein.
S’il touche le sol, il se déchire.
Sa répartie est l’hirondelle. Il déteste la familière.
Que vaut dentelle de la tour ?
Sa pause est au creux le plus sombre. Nul n’est plus
à l’étroit que lui.
L’été de la longue clarté, il filera dans les ténèbres,
par les persiennes de minuit.
Il n’est pas d’yeux pour le tenir. Il crie, c’est toute
sa présence. Un mince fusil va l’abattre. Tel est le cœur.

Angelo Velato – Roberto Ferri

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