La rose thé-Téophile Gautier

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La rose-thé

La plus délicate des roses

Est, à coup sûr, la rose-thé.

Son bouton aux feuilles mi-closes

De carmin à peine est teinté.

On dirait une rose blanche

Qu’aurait fait rougir de pudeur,

En la lutinant sur la branche,

Un papillon trop plein d’ardeur.

Son tissu rose et diaphane

De la chair a le velouté ;

Auprès, tout incarnat se fane

Ou prend de la vulgarité.

Comme un teint aristocratique

Noircit les fronts bruns de soleil,

De ses soeurs elle rend rustique

Le coloris chaud et vermeil.

Mais, si votre main qui s’en joue,

A quelque bal, pour son parfum,

La rapproche de votre joue,

Son frais éclat devient commun.

Il n’est pas de rose assez tendre

Sur la palette du printemps,

Madame, pour oser prétendre

Lutter contre vos dix-sept ans.

La peau vaut mieux que le pétale,

Et le sang pur d’un noble coeur

Qui sur la jeunesse s’étale,

De tous les roses est vainqueur

Théophile Gautier Émaux et Camées (1852)

Genre humain – Gérard Manset

Saint Valentin,effeuillons l’éphémère éphéméride

Arbres-enlaces

A la Saint Valentin
Certains font les malins
Des cadeaux pleins les mains
des mots en peau de chagrin
Qu’est-ce que cette invention
Acheter sans modération
Bijoux, fleurs ou poisons
Elixirs, philtres et potions
Pour un jour d’attention
Faire oublier la routine
Les coups bas , la cantine
Les insultes en comptines
Les tromperies, les frangines
Elle est belle Valentine
Quand elle se peinturlure
Elle prend une drôle d’allure
Pour faire bonne figure
Un string pour la cambrure
Au champagne , il carbure
Petits fours, canapés
Dérapage contrôlé
Une fête pour pardonner
Et le reste de l’année
Tu peux tout oublier?
Et à la saint Sabine
Tu lui offres ta….
……………bobine ?
Ah tu auras bonne mine
Ce rapiat, scélérat
Ne s’en sortira pas
Cette fois.
Ton honneur est terni
De placide en furie
Tu la rends, par tes cris
Ah ça c’est saint Denis
Tu la veux à genoux
Pour lui chercher des poux
Cailloux, hiboux, choux
C’est la Saint Marilou
Et crème sur le gâteau
Tu la veux ronronnante
Aimante et caressante
Pour toi toujours présente
Là , c’est sainte Amaranthe
Et à la saint Didon
Manon, Ninon
Tu tailles ton crayon
Pour slammer en poème
Car pour dire « je t’aime »
Point besoin de patron
De saint ou de raison
Affute ta passion
Et sans domination
De douleur en plaisir
De larmes en sourires
Fais renaitre le désir
Toujours en point de mire
Celui au quotidien
Qui fait trembler les mains
Plus qu’hier et bien moins que demain
Nourrira chaque instant
La flamme du présent
Le feu sacré, l’amour
D’aout à février
Voici l’éphéméride
Ainsi toute l’année
Afin qu’on le savoure
Sans prendre aucune ride
Valentine, Valentin
Ceints , dessins, desseins
Faire rimer Amour
Avec toujours
De l’aréole des seins
A l’auréolé des saints
Effeuillons alors notre calendrier
De janvier à décembre
Ensemble dans notre chambre.
Je t’aime un peu beaucoup
Passionnément ,j’en tremble
A la folie ou pas du tout ???

 

P.S: De la Saint Valentin, lafraise préfère la Saint Amour à fêter tous les jours.Pour vous ces quelques rimes ; puériles ou enfantines jetées sur l’immensité de la toile comme un fil simple et ténu.Vive l’Amour!

NOEL-Acte de deces

Never Sleep-Watch Out Cat

Nous sommes au regret de vous annoncer le décès, le 24 Décembre 2015 de Monsieur Chat, le Fraisy cat, mâle dominant de la famille Lafraise mère et fille. Politiquement incorrect, ce matou vu ici déjà,

Cool & Relax

ce matuvu n’attendait pas le jour de Noël pour donner sans rien attendre en retour, tous les jours, le cadeau de l’amour, de la vie.

Preparant Noel2015

Trop peinée pour vous souhaiter de joyeuses fêtes de fin d’année , en toute simplicité , quelques photos parleront mieux qu’avec un chat dans la gorge ou une langue de bois.

1Welcome kitty

De tes nombreuses vies, Monsieur le Chat , il faudra en conter tant , par ta présence, tu nous as enchanté.

Felin

Fidèle félidé, il est temps de se taire .Bientôt ici tu renaitras, mais quand ? j’en donne ma langue au chat !

 

FraisyCat last pic

 

Ciao,Shadow Cat

 

 

A tire d’ailes , quand 3 papillons font s’exprimer le  » silencieux » .

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Un jour, un ami turc nous conta une histoire: Assis près d’un feu de camp , lors d’un séjour dans ses chères montagnes, il se met à contempler les flammes t part dans un temps de rêverie et de questionnement ‘intérieur ». Ce qui le sort de sa torpeur est le bruissement d’ailes, ce léger bruit de frémissement dans l’air . Il voit un papillon voleter autour du foyer de pierres où sont posées les buches de bois enflammées. Le paillon se pose sur l’une des pierres, déploie ses ailes somptueuses et s’envole vers les prés. Mon ami se dit alors : « je sais ». Mais un autre papillon s’approche de lui , volète autour de lui. Il se met à tourner autour des flammes et va se poser sur les cendres . Il y reste un petit instant , immobile et reprend son envol .  » Je sais maintenant ! « dit mon ami au vent. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, un troisième papillon apparait et se jette immédiatement dans le cœur du brasier , attiré irrésistiblement par les flammes. Alors mon ami se tourne vers la montagne et dit : « merci vous m’avez donné la réponse à la question que je me posais ». Son récit s’arrête là me laissant plus ou moins perplexe sur le sens à donner et la réponse trouvée dans ses montagnes . Doit-on comme le troisième papillon se jeter dans le feu et se bruler les ailes pour connaitre une vérité? Sait-on, de la vie , de l’amour, de la mort la signification qu’au moment ultime?
Que devais-je savoir de sa question initiale et de la réponse apportée par Mère Nature ? C’est à travers la recherche de traductions en français de poètes turcs dont il indiqua les noms que la clé de l’énigme fut résolue. La parabole des 3 paillons fait partie des poèmes et histoires que l’on répète depuis des millénaires dans le cercle des vrais amants comme le dit Attar, un des vieux sages d’ Orient ;
Une nuit les papillons se réunirent pour apprendre la vérité sur la lumière de la bougie.
Et ils décidèrent que l’un d’entre eux devrait aller recueillir des nouvelles de ce rougeoiement qui les intriguait. L’un d’eux s’envola jusqu’à ce qu’il discerne au loin une bougie brûlant à la fenêtre d’un palais. Il ne s’approcha pas et revint dire aux autres ce qu’il croyait savoir. Le chef des papillons écarta son témoignage en disant : « Il ne sait rien de la flamme. »
Un papillon plus passionné que le précédent partit et franchit la porte du palais. Il voleta à la lueur de la bougie ; confus, désireux d’en savoir plus mais craintif et il s’en retourna pour raconter jusqu’où il avait été et tout ce qu’il avait subi et vu ; après son récit, le mentor dit :
« Tu n’as pas les signes de celui qui sait pourquoi la bougie a une telle lueur. »
Un autre papillon s’envola d’un vol vertigineux, se mit à tournoyer ardemment près de la lumière, il s’élança et plongea dans une transe frénétique vers la flamme, son corps et le feu se mélangèrent. Le feu engloutit le bout de ses ailes, son corps et sa tête. Son être s’embrasa d’un rouge violent et translucide. Et lorsque le mentor aperçut ce flamboiement soudain ainsi que la forme du papillon perdue dans les rayons rougeoyants, il dit alors :
« Il sait, Il sait la vérité que nous cherchons,
Cette vérité cachée dont nous ne pouvons rien dire »

Un poète ,Mevlana Djalâl ad-Dîn Rûmî reprend cette image des 3 papillons dans un poème écrit au XIIIeme siècle.
Les personnes  de ce monde sont comme les 3 papillons devant la flamme d’une bougie .
Le premier s’approcha très prés et dit :  » je sais à propos de l’Amour »
Le second frôla délicatement la flamme de ses ailes et dit :  » je sais comment le feu de l’ Amour peut bruler ». Le troisième se jeta dans le cœur de la flamme et consuma .Lui seul sait ce qu’est l’Amour véritable.

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Symbolique du feu , des ailes dont le soufisme et les derviches expriment l’ amour divin. Les ailes coupées, le feu qui ne brule plus mais laisse la place aux cendres dans les périodes de doute , de vide intérieur, de peur , de confusion , de fatigue , ou d’ennui. Des voiles de perception tissés par notre Ego, notre  » moi ». Voiles d’illusion bâtis par le cerveau , ces voiles sont personnalités, concepts, caractères , tempéraments, modèles de fonctionnement , désirs inhérents aux personnes nous entourant de plaire ou au contraire de défier et de se rebeller . Il faut apprendre à se débarrasser de ces voiles obscurs pour retrouver le feu brulant coulant dans les veines pour le Bien aimé , Amour de dieu . Dans l’attente et la recherche nous tournons intérieurement sans cesse comme une toupie( comme le font les derviches dans leur rituel extatique) , nous brûlons intérieurement en fondant comme une bougie consumée par le feu. Rumi y fait référence très souvent .  » La lumière propre du visage vient de la chandelle de l’esprit »
Ne reste que parmi les amoureux, des autres éloigne-toi.
Bien que ta flamme embrase le monde,Le feu meurt par la compagnie des cendres.

Se consumer d’ Amour, Mevlana Rumi et ses 60 000 distiques ( poésie composée d’un groupe de 2 vers) se résumait ainsi :  » J’étais cru, je fus cuit , j’ai brulé » ..Le Khamûch .. Le silencieux tel était son nom de plume.

Feu , soleil et atome reviennent en écho dans les écrits, riches d’enseignement à qui sait s’y plonger comme dans les flammes de la bougie pour en déchirer un voile de perception.

« O jour, lève-toi ! des atomes dansent,
les âmes, éperdues d’extase, dansent :
tous les atomes dans l’air et dans le désert,
sache-le bien sont tels des insensés,
chaque atome, heureux ou misérable,
est épris de ce Soleil dont rien ne peut être dit. »

 » Si tu coupes un atome, tu y trouveras un soleil et des planètes tournant alentour,

et si tu coupes ce soleil, il en résultera un feu capable de réduire la Terre en cendres. »

« Tous les atomes qui se trouvent dans l’air, et dans le désert,
Sache bien qu’ils sont épris comme nous.
Et que chaque atome, heureux ou malheureux,
Est étourdi par Ie Soleil de l’âme inconditionnée. »

« La bien-aimée est devenue pareille au soleil,
L’amoureux, tel un atome, se met à danser.
Lorsque tremblote la brise du printemps d’amour,
Chaque branche qui a quelque feuille se met à danser. »

« Dès l’instant où tu vins dans le monde de l’existence,
Une échelle fut placée devant toi pour te permettre de t’enfuir.
D’abord, tu fus minéral, puis tu devins plante ;
Puis tu devins animal : comment l’ignorerais-tu ?
Puis tu fus fait homme, doué de connaissance, de raison, de foi.
Considère ce corps tiré de la poussière :
quelle perfection il a acquise !
Quand tu auras transcendé la condition de l’homme,
Tu deviendras sans nul doute un ange.
Alors tu en auras fini avec la terre ; ta demeure sera le ciel.
Dépasse même la condition angélique,
Pénètre dans cet océan,
Afin que ta goutte d’eau puisse devenir une mer. »

« Je suis l’Océan tout entier, non pas une goutte !
Je ne suis pas un orgueilleux aux faux regards.
Chaque atome à qui je parle en mon muet langage,
S’exclame sans tarder: « Je ne suis pas un atome! »

Goutte d’eau et océan, atome faisant partie d’un tout , des ailes du papillon à celles des anges , les poèmes persans du silencieux Rumi, d’ Attar ne finissent d’inspirer la plume des poètes orientaux. Et ne dirait-on pas à voir tourner les derviches que leurs longues tenues traditionnelles se déploient telles des ailes? Ange ou papillon , à vous d’en éclairer votre chandelle  et d’y trouver une réponse et dans le doute autour d’un feu de camp interrogez donc Mère Nature ! Le vent ou la montagne la souffleront peut-être…

Prendre Corps – Gherasim Luca

 

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je te flore, tu me faune
je te beau, je te porte et te fenêtre
tu m’os, tu m’océan
tu m’audace, tu me météorite
je te clé d’or, je t’extraordinaire
tu me paroxysme
tu me paroxysme et me paradoxe
je te clavecin, tu me silencieusement
tu me miroir et je te montre
tu me mirage, tu m’oasis
tu m’oiseau, tu m’insecte
tu me cataracte
je te lune, tu me nuage
tu me marée haute, je te transparente
tu me pénombre, tu me translucide
tu me château vide et me labyrinthe
tu me pare à l’axe et me parabole
tu me debout et couché
tu m’oblique
je t’équinoxe, je te poète
tu me danse, je te particulier
tu me perpendiculaire et sous-pente
tu me visible, tu me silhouette
tu m’infiniment, tu m’indivisible
tu m’ironie
je te fragile, je t’ardente
je te phonétiquement, tu me hiéroglyphe
tu m’espace, tu me cascade
je te cascade à mon tour
mais toi tu me fluide
tu m’étoile filante, tu me volcanique
nous nous pulvérisable
nous nous scandaleusement jour et nuit
nous nous aujourd’hui même
tu me tangente
je te concentrique, concentrique
tu me soluble, tu me soluble
en m’asphyxiant et me libératrice
tu me pulsatrice, pulsatrice
tu me vertige, tu m’extase
tu me passionnément, tu m’absolu
je t’absente
tu m’absurde
je te narine, je te chevelure
je te hanche, tu me hante
je te poitrine, je buste ta poitrine
puis te visage, je te corsage
tu m’odeur, tu me vertige
tu glisse, je te cuisse
je te caresse
je te frissonne, tu m’enjambe
tu m’insupportable, je t’amazone
je te gorge, je te ventre
je te jupe, je te jarretelle
je te bas, je te bach
oui je te bach pour clavecin
sein et flûte
je te tremblante, tu me séduis
tu m’absorbe, je te dispute
je te risque, je te grimpe
tu me frôle
je te nage mais toi tu me tourbillonne
tu m’effleure, tu me cerne
tu me chair, cuir, peau et morsure
tu me slip noir
tu me ballerine rouge
et quand tu ne haut talon pas mes sens
tu les crocodile
tu les phoque, tu les fascine
tu me couvre et je te découvre
je t’invente parfois
tu te livre
tu me lèvre humide, je te délivre
je te délire, tu me délire et passionne
je t’épaule, je te vertèbre
je te cheville, je te scie les papilles
et si je n’omoplate pas avant mes poumons, même à distance tu m’aisselle
je te respire
jour et nuit je te respire
je te bouche, je te balai
je te dent, je te griffe
je te vulve, je te paupière
je te haleine, je t’aime
je te sens, je te cou
je te molaire, je te certitude
je te joue et te veine
je te main, je te sueur
je te langue, je te nuque
je te navigue, je t’ombre
je te corps et te fantôme
je te rétine dans mon souffle
tu t’iris
je t’écris
tu me pense.

Texte : Gherosim Luca

Illustration : Gdzislaw Bekzinski

Noël, du coeur au ventre.

162990_178428098854219_3125774_nIl flotte dans l’air comme des petites rengaines de chants d’enfants , des lumières et décorations, des peintures aux vitres des commerçants, des flocons de neige, une étoile brillante au firmament.
Il flotte comme un vent mélancolique et un peu hystérique. Noël approche, Noël arrive et son chargement de bons sentiments, de joie, de paix et de renouveau, de prières, de bras chargés de cadeaux. Mais il y a aussi la misère, la solitude, le ventre vide, le ventre creux, le ventre qui crie famine, celui qu’on empoisonne et assassine. Il y a des ventres et des nœuds , ceux des emballages de surprises qu’on prépare et qui gonfleront les poubelles .

192111_195188157178213_6816217_oIl y a les ventres de ceux et celles qui se taisent à jamais .des ventres stériles qui n’enfanteront pas, ceux qui ont vu germé quelque espoir, ceux qui ont refusé la maternité, ceux qui ont donné du bonheur aux autres , ceux qui ont vu germé la différence , la tolérance. Il y a des « pourquoi? », des  » comment? », des « pour qui? » sans réponse.
Il ya des ventres et des cœurs. Des cœurs qui battent à tout rompre, qui donnent, qui aiment sans rien vouloir, sans rien attendre en retour . Il y a ce monde avec des ventres et des cœurs qui disent :  » j’ai ou je veux… » et qui ne savent plus qui ils sont. Il y a ce paraitre au lieu d’être, ce avoir au lieu de ressentir, cette haine au lieu de la compassion, consommation ou religion .
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Il y a ce conte de Noel qui ne peut plus s’écrire .Qui y croirait encore? Noël …Joie, amour et paix ? Il y a cette trêve peut-être , dans une autre réalité d’un enfant qui nait …il y a ses yeux qui s’ouvre, son premier souffle, son premier cri, sa découverte du monde , de notre monde. Qu’allez-vous lui offrir à ce petit d’homme, son ici et maintenant , un monde frelaté, pollué, trafiqué, génétiquement modifié? Où est donc passé le sens de pureté, d’innocence pour ce nouveau-né? Il y a ses interrogations et déjà il pense …..il y a l’inachevé, il y a ….. le silence !

Inachevés-PLafraiseTexte et photographies : Pascale Lafraise