Le cerveau, pistes de recherche dans tous les hémisphères

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Passionnée depuis des années par cet étrange organe à la fois centre de commandement, de logistique, de stockage, centrale électrique et chimique à l’origine des actions, réactions, des émotions , pour cette rentrée ,voici dévoilées quelques pistes d’écoute et de lecture.

Comment arriver à donner une vision plus claire des mécanismes cérébraux? Ce sujet inépuisable et encore méconnu , le cerveau , centre de la conscience, l’esprit se dévoile sans pour autant nous donner toutes les clefs, toutes les voies dans ses méandres et ses mystères.

Les neurosciences semblent progresser dans l’exploration de cette terra incognita à travers l’étude de cas cliniques pathologiques montrant les dysfonctionnements, altérations et  les moyens de compensation et d’adaptation développés par les patients présentant les troubles affinés désormais par l’avancée technologique  dans le domaine de l’imagerie médiale  les imageries médicales . Comme pour toute science s’appuyant sur les connaissances actuelles , certains résultats pourraient être remis totalement en question par une  » découverte » remettant en cause les bases des savoirs . La publication dans des revues ou la mise en ligne sur des sites scientifiques  spécialisés, la mise  en lecture de thèses et mémoires , les conférences filmées , ouvertes au public sur les sites des universités . Difficile aux néophytes ne maitrisant pas le vocabulaire spécifique de suivre . Des orateurs brillants et passionnés savent s’adresser à un très large auditoire , rendant plus simple par leur maitrise pédagogique et rhétorique ce qui est fort complexe.

Lorsque philosophie et sciences se rencontrent comme le firent Claude Debru (philosophe, professeur de philosophie des sciences à l’École normale supérieure ENS) et Michel Jouvet ( neurobiologiste, chercheur, professeur , Université Lyon1), l’expérience philosophique, dans le laboratoire de neurosciences, transmettant l’historique des techniques et moyens de recherche dans le domaine du sommeil, du rêve, de l’individuation dans le cerveau et les problèmes rencontrés est un document sonore dans les Archives Audios de l’ Ecole Normale Supérieure de Paris  dans le cadre cycle  Philosophie des sciences  : Cerveau, rêve, individuation ,fevrier 2005 conférence ENS par Claude Debru  http://www.diffusion.ens.fr/index.php?res=conf&idconf=537

Un bon exemple de site à visiter compulsivement pour les nombreux articles et références sur le thème le sommeil, les rêves et l’éveil est celui ci :  http://sommeil.univ-lyon1.fr

L’étude  de territoires du cerveau, pour établir les mécanismes sur le doublé  de stimulation/inhibition, avant l’avancée de l’imagerie médicale et hormis l’expérimentation animale a été faite  par analogie avec les destructions de certaines zones chez les « patients » cérébrolésés.C’est  cette approche et décryptage original que proposent les nombreux ouvrages écrits par Oliver Wolf Sacks , décédé il y a un an( 30 Aout 2015)  de métastases hépatiques secondaires à un mélanome oculaire  contracté 10 ans avant  médecin, neurologue , professeur à l’Université Columbia en neurologie et psychiatrie . Souvent attaqué par ses pairs  quant au bien fondé de vulgariser par ses anecdotes des investigations cliniques , parodiant l’un de ses titres de recueil de nouvelles  » l’homme qui prenait sa femme pour un chapeau » devenu : ‘ l’homme qui prenait ses patients pour une carrière littéraire  »

« Le sens de la plasticité remarquable du cerveau, sa capacité pour les adaptations les plus saisissantes et pas des moindres dans  les circonstances  spéciales (et souvent désespérées)d’accident neural ou sensoriel, a fini par dominer ma propre perception de mes patients et de  leurs vies. »O.Sacks

 

Autre scientifique  » littéraire », Jean Didier Vincent, professeur de physiologie à la faculté de médecine de l’ université  Paris Xi, membre de l’ Institut(  Académie des sciences) et Académie de médecine . Sortir des clichés de câblages d’un ordinateur doté de supers logiciels, d’échanges de signaux codés chimiques et électriques , il décrit , à travers ses ouvrages cet objet le plus compliqué de l’univers et relève le défi avec esprit d’essayer de le faire comprendre à travers:  Le cerveau expliqué à mon petit-fils, janv 2016, Editions Seuil ( transcription de conversations entre Constant, 16 ans et son « pépé » chercheur, son grand-père !).

Voyage extraordinaire au centre du cerveau , de la biologie des passions à la quête de la Conscience et des émotions , Antonio Damasso , spécialiste des neurosciences à l’ Institut du cerveau et de la créativité de Californie du sud , en dresse la cartographie dans : L’autre moi-même, les nouvelles cartes du cerveau, de la conscience et des émotions – Editions Odile Jacob -2010. A noter son intérêt pour Matthieu Ricard quant à ses remarquables contrôles sur les différents états de conscience .

Les différentes phases de sommeil, rêves lucides ou non , un romancier s’empare d’éléments scientifiques et issu d’un de ses reportages journalistique de 1980 sur les onironautes,  Bernard Werber nous offre : Le sixième  sommeil, Editions Albin  Michel 2015

Conscience individuelle et collective, du Nouvel inconscient à la crise d’épilepsie mondiale dans lequel nous vivons , Lionel Naccache , neurologue, professeur et directeur de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM), dans : L’homme réseau-nable, du microcosme cérébral  au macrocosme social, Editions Odile Jacob _2015 décrypte la crise d’épilepsie cérébrale où des régions cérébrales se mettent à trop communiquer entre elles, échangeant des informations pauvres et stéréotypées , perdant leur spécificité .Expliquant l’analogie avec le monde actuel au potentiel de conscience jamais acquise auparavant et les « crises » traversées aujourd’hui par les sociétés occidentales ( mondialisation, retour du religieux, reduplication du monde à l’identique avec perte des caractéristiques particulières, crises des démocraties etc…) Idée originale que de mettre en parallèle la prévention et les traitements de l’épilepsie  ( neuro pathologie)  et les conseils d’hygiène de vie, médications,  et gestes de neurochirurgie pour les sociétés épileptiques.

Du micro au macroscopique, du sommeil à l’éveil, de la conscience , des perceptions , praxies et cognitions … Chercher à comprendre pour mieux appréhender les réalités et illusions, les capacités et compensations lié à cet objet le plus complexe de l’univers , c’est aussi voir autrement, percevoir autrement et   vivre voire même plus en explorant des mondes nouveaux au-delà de ce que certaines personnes ,pourtant  en pleine faculté de leurs moyens, négligent !

A mes amis belges

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A MES AMIS (Extrait)

Arriverai-je un jour à dire

Vraiment ce que je voudrais dire,

 A dire enfin à mes amis

A quel point je suis leur ami.

Sans doute cela paraît simple

De dire une chose aussi simple

.

Chaque fois pourtant je sens bien

Que je ne le dis pas très bien.

Et qu’il me faudrait d’autres mots

Bien plus émouvants que mes mots,

Des mots coulant comme des larmes

Quand, dans le cœur, coulent les larmes.[…]

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PARTOUT  ON TUE 

A quoi servirait-il de fuir ?

Partout on tue, on incarcère.

Le monde est lassé à mourir

De tant de haines et de guerres.

Et l’on a beau scruter le ciel,

Chercher derrière les nuages

Une lueur providentielle,

Rien que la nuit, que les orages.

Et l’on a beau vouloir parler

A cœur franc de ce qui nous hante.

La crainte nous serre le ventre,

Et personne n’ose parler.

Et l’on a beau vouloir crier

Qu’on a les pieds, les mains liés.

Comme personne ici ne crie,

On se tait par humilité.

                    DE PLUS LOIN QUE LA NUIT

LA LIBERTE

Je suis la liberté,

Répétait-il, la liberté

Avec tous les dangers

Que je vais vous valoir

Et, pour me faire taire,

Il faudra me tuer.

Mais on le laissait faire,

On le laissait parler.

Il était bien trop solitaire

Pour amener l’homme à briser

Le cercle de fer et d’acier

Où l’injustice et la misère

L’avaient peu à peu enfermé.

Je suis la liberté,

Répétait-il encor.

Regardez-vous. Vous êtes morts.

Mais, comme on avait à manger,

On le laissait crier.

                DEFIER LE DESTIN

             

Textes de Maurice Carême (Wavre 1899-Anderlecht 1978)

se penche sur les écrits des philosophes, les religions, les grandes sagesses orientales.

Sa vision du monde où l’amour, la bonté, l’aspiration au bonheur alternent avec le tragique dont il n’ignore rien(ayant traversé 2 guerres, y côtoyant l’horreur). Dualité qu’il transcrit au sein de sa poésie alors qu’il teinte sa prose d’une profonde gravité.

Il nous construit, à sa manière, un univers qui permettrait aux hommes de dépasser les aspects négatifs de la vie.Il n’ignore rien des drames de l’humanité, mais il sait que la vie n’a de sens que dans la transcendance, le dépassement de soi, l’amour pour autrui.

Dédicace silencieuse au nom de la Liberté

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Là où cessent les frontières, les chemins s’effacent. Là commence le silence. J’avance lentement et je peuple la nuit d’étoiles, de paroles, de la respiration d’une eau lointaine qui m’attend où paraît l’aube.

J’invente la veille, la nuit, le jour qui se lève de son lit de pierre et parcourt, yeux limpides, un monde péniblement rêvé. Je soutiens l’arbre, le nuage, le rocher, la mer, pressentiment de joie – inventions qui s’évanouissent et vacillent face à la lumière qui se désagrège.

Et puis, les arides montagnes, le hameau d’argile séchée, la réalité minutieuse d’un pirú stupide, de quelques enfants idiots qui me lapident, d’un village rancunier qui me dénonce. J’invente la terreur, l’espoir, le midi – père des délires solaires, des femmes qui châtrent leurs amants d’une heure, des sophismes de la lumière.

[…]

Là où s’effacent les chemins, où s’achève le silence, j’invente le désespoir, l’esprit qui me conçoit, la main qui me dessine, l’œil qui me découvre. J’invente l’ami qui m’invente, mon semblable ; et la femme, mon contraire, tour que je couronne d’oriflammes, muraille que mon écume assaille, ville dévastée qui renaît lentement sous la domination de mes yeux.

Contre le silence et le vacarme, j’invente la Parole, liberté qui s’invente elle-même et m’invente, chaque jour.

Octavio Paz. Liberté sur parole

La guirlande de Julie – Extrait de fleurs.

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La guirlande de Julie est un florilège de madrigaux galants adressés à Julie Lucine D’Angennes, Mademoiselle de Rambouillet, par son amant et futur époux le duc  de Montausier . 90 feuillets le composent : 29 représentations des peintures de fleurs de  Nicolas Robert et 61 pour les madrigaux , en lettres rondes et bâtardes par le calligraphe réputé Nicolas Jarry , sur vélin pour l’un des 3 exemplaires in-folio. Cet ouvrage fut écrit par Mr de Montausier et ses amis poètes , fondateurs de l’ Académie Française, au milieu du XVIIeme  siècle. ( 1634-1641)

En introduction, la miniature de Zephire sur son nuage et ces mots : Zephire à Julie – Charles de Montausier

Recevez, ô nymphe adorable

Dont les cœurs reçoivent les lois,

Cette couronne plus durable

Que celles que l’on met sur la tête des rois;

Les fleurs dont ma main la compose

Font honte à ces fleurs d’or qui sont au firmament;

L’eau dont Permesse les arrose

leur donne une fraicheur qui dure incessamment,

Et tous les jours , ma belle Flore

Qui me chérie et que j’adore

me reproche avec   courroux

Que mes soupirs jamais pour elle

N’ont fait naitre de fleur si belle

Que j’en ai fait naitre pour vous.

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Liste des fleurs chantant les louanges de « l’incomparable Julie » et poètes associés :

La couronne impériale, Chapelain , de Malleville et de Scudery
la rose , Habert , abbé de Cerisy, de Malleville , de Montausier , Colletet
Le narcisse , de Montausier , Habert, capitaine d’artillerie Monmor
L’amarante de Gombaud
L’angelique, de Montausier , de Malleville
L’œillet de montausier
La fleur de thym , Andillly fils
Le jasmin de Montausier
L’anémone de Montausier
La violette Desmaret, de Malleville
Les lys , de Montausier , de Malleville , des Reaux Tallemant, Martin , Conrart, Desmaret
La tulipe , Godeau , Arnaud de Corbeville, Conrart ,de Montausier
La jonquille , de Montausier
L’hyacinthe , de Racant, de Montausier, Conrart
L’héliotrope de Montausier
Le souci de Montausier , Habert, capitaine d’artillerie Monmor, Colleret, de Scudery , de de Malleville
La fleur d’orange Conrart
Le safran de Montausier
La flambe de Malleville , de Montausier
Le muguet de Briottes
La fleur de grenade Conrart , de Briottes
La fleur d’adonis de Malleville
Le pavot de Scudery
L’immortelle de scudery

L’immortelle blanche Conrart , le Meleagre , de Scudery
La description et l’historique de ce petit bijou de galanterie baroque peuvent être retrouvés dans « Essai de curiosités bibliographiques » de Gabriel Peignot- 1804 ( p 62 à 67)

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Réédition moderne préfacée par Irene Frain , éditions Laffont et manuscrit original conservé à Bibliotheque Nationale de France.

2 extraits

La violette – Desmarets de Saint Sorlin

Franche d’ambition , je me cache sous l’herbe,

Modeste en ma couleur, modeste en mon séjour:

Mais  si sur votre front je me puis voir un jour,

La plus humble des fleurs sera la plus superbe;

La rose   Germain Habert de Cerisy

Alors que je me vois si belle et si brillante

Dans ce teint  dont l’éclat fait naitre tant de voeux,

L’exces de ma beauté moi-même me tourmente:

Je languis pour moi-même  et brûle de mes feux,

Et je crains qu’aujourd’hui la rose ne finisse

Par ce qui fit jadis commencer le narcisse.

La « vierge pâle » parturiente, et Joseph dans tout ça, est- ce qu’il croyait au père Noel???

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Athée ou converti , croyant ou non, la fête de Noël reste un événement majeur dans le cœur de ceux qui y voient le symbole fort de la nativité. Loin du tumulte des hyperconsommateurs , ce moment se vit en famille , perpétue les traditions, les rites et le plaisir simple d’ accueillir le signe d’un renouveau , d’une naissance . Avènement , accouchement d’un enfant , d’un prophète , d’un mythe , d’un espoir unissant les femmes et les hommes dans un geste d’amour et de paix . La parturiente Marie ‘la vierge pâle » peinte, sculptée, couchée sur le papier , censurée dans son dernier baiser à son fils mourant, buvant d’entre ses lèvres les secrets , évangiles de ses mots écartés du droit à la connaissance des femmes . Joseph , simple homme détrôné de son rôle de père, apparait cependant dans un texte de Jean Paul Sartre , écrit en 1940, retranscrit ici . La « Vierge pâle » , une autre vision d’un Karl Marx, jeune poète avant son « capital » .

Interdire l’exposition d’une crèche de Noel ( après celle du conseil régional de Vendée, demande faite à la mairie de Béziers dans l’Hérault , symbole ostentatoire religieux au nom du respect des lois sur la laïcité) , mais étaler le luxe, la débauche de nourriture, d’objets de consommation souvent inutiles sous l »œil goguenard d’un gros bonhomme barbu aux habits rouges ( n’est-il pas lui-même symbole ostentatoire d’une religion mercantile?) , je vous laisse seul juge .

Nous sommes en 1940, en Allemagne, dans un camp de prisonniers français.
Des prêtres prisonniers demandent à Jean-Paul Sartre, prisonnier depuis quelques mois avec eux, de rédiger une petite méditation pour la veillée de Noël. Sartre, l’athée, accepte. Et offre à ses condisciples ces quelques lignes magnifiques. Comment douter que la grâce soit venu le visiter à ce moment là, même si le philosophe s’en défend ?
« Vous avez le droit d’exiger qu’on vous montre la Crèche. La voici. Voici la Vierge, voici Joseph et voici l’Enfant Jésus. L’artiste a mis tout son amour dans ce dessin, vous le trouverez peut-être naïf, mais écoutez. Vous n’avez qu’à fermer les yeux pour m’entendre et je vous dirai comment je les vois au-dedans de moi.
La Vierge est pâle et elle regarde l’enfant. Ce qu’il faudrait peindre sur son visage, c’est un émerveillement anxieux, qui n’apparut qu’une seule fois sur une figure humaine, car le Christ est son enfant, la chair de sa chair et le fruit de ses entrailles. Elle l’a porté neuf mois. Elle lui donna le sein et son lait deviendra le sang de Dieu. Elle le serre dans ses bras et elle dit : « mon petit » !
Mais à d’autres moments, elle demeure toute interdite et elle pense : « Dieu est là », et elle se sent prise d’une crainte religieuse pour ce Dieu muet, pour cet enfant, parce que toutes les mères sont ainsi arrêtées par moment, par ce fragment de leur chair qu’est leur enfant, et elles se sentent en exil devant cette vie neuve qu’on a faite avec leur vie et qu’habitent les pensées étrangères.
Mais aucun n’a été plus cruellement et plus rapidement arraché à sa mère, car Il est Dieu et Il dépasse de tous côtés ce qu’elle peut imaginer. Et c’est une rude épreuve pour une mère d’avoir crainte de soi et de sa condition humaine devant son fils. Mais je pense qu’il y a aussi d’autres moments rapides et glissants où elle sent à la fois que le Christ est son fils, son petit à elle et qu’il est Dieu. Elle le regarde et elle pense : « ce Dieu est mon enfant ! Cette chair divine est ma chair, Il est fait de moi, Il a mes yeux et cette forme de bouche, c’est la forme de la mienne. Il me ressemble, Il est Dieu et Il me ressemble ».
Et aucune femme n’a eu de la sorte son Dieu pour elle seule. Un Dieu tout petit qu’on peut prendre dans ses bras et couvrir de baisers, un Dieu tout chaud qui sourit et qui respire, un Dieu qu’on peut toucher et qui vit, et c’est dans ces moments là que je peindrais Marie si j’étais peintre, et j’essayerais de rendre l’air de hardiesse tendre et de timidité avec lequel elle avance le doigt pour toucher la douce petite peau de cet enfant Dieu dont elle sent sur les genoux le poids tiède, et qui lui sourit. Et voilà pour Jésus et pour la Vierge Marie.
Et Joseph. Joseph ? Je ne le peindrais pas. Je ne montrerais qu’une ombre au fond de la grange et aux yeux brillants, car je ne sais que dire de Joseph. Et Joseph ne sait que dire de lui-même. Il adore et il est heureux d’adorer. Il se sent un peu en exil. Je crois qu’il souffre sans se l’avouer. Il souffre parce qu’il voit combien la femme qu’il aime ressemble à Dieu. Combien déjà elle est du côté de Dieu. Car Dieu est venu dans l’intimité de cette famille. Joseph et Marie sont séparés pour toujours par cet incendie de clarté, et toute la vie de Joseph, j’imagine, sera d’apprendre à accepter. Joseph ne sait que dire de lui-même : il adore et il est heureux d’adorer ».
Note de Jean Paul Sartre à ceux qui reniaient , de sa part, ces écrits:
« si j’ai pris mon sujet dans la mythologie du Christianisme, cela ne signifie pas que la direction de ma pensée ait changé, fût-ce un moment pendant la captivité. Il s’agissait simplement, d’accord avec les prêtres prisonniers, de trouver un sujet qui pût réaliser, ce soir de Noël, l’union la plus large des chrétiens et des incroyants ».

 

La vierge pâle

« Ainsi j’ai perdu le ciel,
Je le sais très bien.
Mon âme naguère fidèle à Dieu
A été marquée pour l’enfer. »

Karl Marx

 

A vous toutes et tous, bonne préparation des fêtes de Noël. Qu’elles soient simples et vraies vécues en partage de  sérénité, de paix et d’amour.

Ebola, épidémies et virus médiatiques

ebola-3d-950-528Recherche scientifique, course au remède miracle, au vaccin, fermeture des frontières et parfois des esprits, le virus Ebola répand, en contagion la fièvre médiatique. Philosophes, sociologues, anthropologues, auteurs littéraires, peintres, cinéastes ont montré leur vision symptomatique ou allégorique à travers l’Histoire et les âges, les différentes épidémies ou pandémies. Du livre La peste d’ Albert Camus au film Ebola Syndrome d’ Herman Yau et d’un texte en ligne de 2001 issu de publications lié au GRECE ( Groupement de Recherche et d’Etude pour la Civilisation Européenne),L’ère des virus d’ Alain De Benoist, à chacun sa manière de traiter . Liste non exhaustive et sans jugement de valeur, à vous de compléter et d’y administrer quelques piqures de rappel.

L’ère des virus: Alain De Benoist 2001

L’un des effets de la mondialisation est la généralisation du mode de propagation virale. Dans le monde des réseaux, le virus est partout : instantané, généralisé, diffus. Il constitue à la fois une réalité, une virtualité et une métaphore. Inexorablement, malgré les mesures adoptées pour empêcher son extension, le virus du Sida continue à s’étendre un peu partout dans le monde. Le continent africain est particulièrement dévasté. D’autres maladies nouvelles, dont certaines sont en fait des maladies anciennes que l’on croyait avoir éradiquées, apparaissent ici et là, menaçant de se répandre dans des continents entiers. Mais l’homme n’est pas le seul touché. En l’espace de quelques années, l’encéphalopathie spongiforme bovine (la maladie de la « vache folle ») a dévasté les élevages, plongé dans la crise tout un secteur économique, et continue d’inspirer les plus vives inquiétudes quant à l’ampleur de sa transmission à l’être humain. Et voici maintenant l’épidémie de fièvre aphteuse qui, partie d’Angleterre, s’est à son tour lancée à la conquête du monde.
Le virus est encore une notion-clé des nouvelles technologies de l’information. La diffusion rapide du système Internet est allée de pair avec l’apparition de virus informatiques qui, partis d’un point quelconque du globe, se transmettent en quelques jours, voire en quelques heures, aux ordinateurs du monde entier. Les marchés financiers, qui fonctionnent désormais en « temps zéro » à l’échelle planétaire, se reconfigurent eux aussi conformément au mode de propagation virale. Une crise financière localisée se propage instantanément d’un bout à l’autre de la planète, entraînant par une sorte d’« effet de dominos » une succession de crises qui menace à tout moment d’aboutir à un krach généralisé. Il n’est enfin jusqu’aux croyances idéologiques et religieuses qui se transmettent aujourd’hui sous une forme « virale », se jouant des frontières traditionnelles et utilisant les nouvelles techniques de communication : l’islamisme, pour ne citer que lui, relève de ces nouvelles formes de contagion.
Le mode de propagation virale obéit à des lois qui lui sont propres. Le virus se propage de manière imprévisible, mais selon le principe des réseaux polycentriques. Ce n’est pas une propagation en chaîne, de type linéaire : chaque point touché se transforme en centre de diffusion à son tour. Cette propagation acquiert du même coup une extraordinaire rapidité. Elle saute par dessus les barrières géographiques, politiques, institutionnelles. Elle fait le tour de la terre dans un mouvement sans fin.
Pour faire face aux virus, les pouvoirs publics se transforment en autorités sanitaires. Dans tous les domaines, et pas seulement dans celui de la santé, les métaphores les plus fréquemment employées sont de type biologique ou médical. Pour enrayer l’extension des épidémies (ou des pandémies), on établit des « cordons sanitaires », on met en « quarantaine ». Parallèlement, on tend à assimiler tout ce dont on souhaite se débarrasser à des « microbes » ou à des « bacilles ». Contre un ennemi invisible, diffus, qui peut être partout, même là et surtout où on ne le voit pas, on a recours au principe de précaution. On abat des cheptels entiers sans être sûr que les bêtes qu’ils contiennent sont véritablement malades. L’internaute, devant son ordinateur, jette par prudence, sans les ouvrir, les messages dont il ignore la provenance. On en arrive ainsi à une sorte de généralisation de la loi des suspects : la simple possibilité d’infection conduit à mobiliser contre des catégories de populations entières. La suspicion se généralise. On sait combien, dans le passé, ce type d’attitude vis-à-vis d’un ennemi invisible mais considéré comme omniprésent, et donc d’autant plus redoutable que sa visibilité était nulle, a pu nourrir de redoutables fantasmes et inspirer de durables persécutions.
Dans le domaine de la politique et des idées, les conséquences sont évidentes. Les idées regardées comme « dangereuses » sont elles aussi traitées par le principe de précaution. Pour éradiquer leur propagation, on commence par grossir la menace en représentant des périls imaginaires (qui détournent l’attention des périls réels). On pratique l’amalgame, en identifiant l’un à l’autre des phénomènes qui n’ont entre eux que des ressemblances ou des affinités superficielles. On s’emploie ensuite à les éliminer, en transformant ceux qui sont censés en être les représentants ou les porteurs en citoyens de seconde zone, sinon en sous-hommes. On établit autour de ces derniers des « cordons sanitaires ». Pour finir, de surveillance en contrôle, de procès d’intention en persécution contre ceux qui sont suspects de déviance par rapport aux normes de l’idéologie dominante, la société tout entière devient « orwellienne » et tend à ressembler au célèbre Panoptique de Bentham. C’est ainsi que l’ère des virus ouvre la voie à un nouvel hygiénisme social.

Littérature :

Oedipe roi ,Sophocle  ,Vème siècle avant J.C

Le decameron ,Giovanni Boccaccio( Boccace), 1349-1353

Journal de l’année de la peste , Daniel Defoe,1722

Typhus , Jean Paul Sartre, scénario de film écrit en 1943

La peste, Albert Camus, 1947
Le hussard sur le toit,  Jean Giono ,1951

L’ amour au temps du choléra , Gabriel Garcia Marquez,1985
La quarantaine, JMG Le Clezio, 1995

Le 6eme jour, Andrée Chedid,1960, adaptation cinématographique par Youssef Chahine 1986

Le 8eme fléau, Cedric Bannet,2001

Cinéma:

Virus de Kinji Fukasaku,  1980
Contagion , Steven Sodenbergh,  2011
Alerte , Wolfgang Petersen, 1994
Ebola syndrome, Herman Yau 1996
Le Décaméron, Pier Paolo Pasolini, 1971
Mort à Venise, Luchini Visconti, 1971, d’apres la nouvelle Der Tod in Venedig de Thomas Mann écrite en 1912
Le hussard sur le toit, Jean Paul Rappeneau, 1995
Pars vite et reviens tard, Regis Wargnier,2007

 

La langue française à travers les siècles (2- suite et fin )

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………A cette période le français fait partie de ces langues qui servent de passage entre les différences connaissances en Europe. Comme se développe une littérature fort brillante , à coté de la littérature anglaise , avant celle allemande et celle espagnole qui deviendra essentielle au XVIIème siècle , cet espace culturel dans un espace ou de nombreux pays communiquent en de nombreuses langues et dialectes est un peu une prémonition . La volonté politique , d’un cote et la volonté esthétique sont en avance sur la réalité sociale . Avant la guerre de 1914, on ne se rend pas compte qu’il n’y avait que 40% ou moins de francophones européens (belges, suisses romans et ceux qui habitent la France actuelle). En Savoie, proche de la Suisse , partage d’un dialecte franco provençal, terme inventé par un linguiste italien ( invention d’un concept mais mal dénommé car ni français , ni provençal) .

De même , l’anglo-normand trouve ses racines autre part . Le dialecte normand parlé en Angleterre au Moyen Age, responsable de la plupart de la littérature française du XIII et XIVéme siècle , comme les lais de Marie de France, montre les contradictions et paradoxes extraordinaire dans l’étude des langues . Ces normands anglais avaient ravagé les rivières d’Europe occidentale, pillant tout ce qui était possible , faisant des esclaves qu’ils ramenèrent au Danemark. Nous parlons des fameux Vikings. Ils ont crée une colonie en Normandie , comme les Varegues en Russie .C’étaient des guerriers commerçants. Guillaume ne connaissait plus le danois, sa langue originelle .Devenu Duc de Normandie , il a battu à Hastings les anglais sur leurs terres, introduisant la langue française, pendant 4 siècles. Son histoire est racontée par la tapisserie de Bayeux, ( qui n’est pas une tapisserie mais une tenture brodée  » broderie de la reine Mathilde ») en est un témoignage. L’ Influence de cette présence de langue française au Sud de l’ Angleterre auprès des décideurs faisant la vie économique et politique a modifié la langue anglaise . Elle possède la syntaxe et mots essentiels de la langue courante germanique mais tout le vocabulaire des connaissances, de la culture, de l’organisation sociale, du savoir est latino français. Le paradoxe est que , lors de la disparition de la langue française en Angleterre, apparaissent de nombreux mots en français . Le début du parlementarisme, la façon de vivre quotidiennement, Walter Scott dans ses récits , le raconte en disant que tout ce qui était humble , modeste, rural était saxon , et que tout ce qui était agréable, chic, prétentieux était français . On dit Ox quand il s’agit du bœuf ou de la vache , mais quand il arrive dans l’assiette il s’appelle beef , idem pour le veau (calf/veal) pour le mouton , (sheep/mutton) . Une tres grande partie des anglicismes en français est en réalité, les mots français usités en Angleterre à l’époque.
Exemple : sport venant de desport la distraction par l’usage du corps, les activités physiques . Comme se déporter , sortir de la routine quotidienne. La prononciation de ce mot français donnant en écriture phonétique sport .
Le tennis , façon de prononcer le mot « tenez » qui accompagner le lancer de balle au jeu de paume. Lors du changement de règle, la paume laissant place à la raquette , le tennis était né.
Budget est un autre exemple amusant : Ce terme désignait le trésor royal ainsi que des activités bancaires nombreuses . Le mot ancien français est la bouge: petit sac de cuir ou la bougette devient budget . Ainsi, la tonnelle prononcée en français devient tunnel . Il existe , dans le temps un échange constant de mots entre les langues et les pays , modifiés de l’oral à l’écrit . Le mot anglais est un faux ami , conservant le sens initial du latin ou français original comme pour dramatic en anglais est spectaculaire et non dramatique .. Il y a compromission réciproque depuis des siècles cachée par la prononciation .
Le jeu entre l’oral et l’écrit est grand dans les mutations de mots , la phonétique déformant l’orthographe initiale .
La chanson de Roland était transmise oralement . Avec des erreurs des extrapolations, des changements, adaptation suivant l’auditeur. Cela donne une transmission de partition , poésie lyrique orale .

La langue écrite est plus que nécessaire , celles qui n’ont pas cette trace écrite sont dévalorisées , infériorisées socialement de façon quasi définitive , voir disparaissent comme celles amérindiennes, africaines , Nouvelle Guinée, autochtone australienne .. Comme le gaulois , très rarement écrit .Sa disparition , en extrapolant est de la responsabilité de ceux qui voulaient garder des secrets, une forme d’autorité, les druides : ils gardaient secret les connaissances réservées , ésotériques alors que 2 écritures étaient possibles grecques et latines . Les inscriptions gauloises , sur les objets et éléments architecturaux retrouvés par les archéologues montrent l’utilisation religieuse essentiellement de cette écriture comme à Lyon et Autun ( Agustum dumum) les premières villes sous occupation romaine. Les noms gaulois sont issus d’une langue proche indoeuropéenne , comme chez les celtes Autriche Hongrie vers l’ouest et le Nord .
Différencier le celte du breton . Le breton, en effet ,est le fils du gallois repoussé par les anglais . Il s’installe en Armorique, vide à l’époque . Donne le breton ..malheureusement au XVIII et XIX siècle, la perte du breton est un vrai malheur . La littérature bretonne apparait à partir du XV eme. L’école est un réglage définitif pour une nation. Elle induit le recul de la langue locale par perte de son enseignement . Une langue orale , locale qui résiste est le créole alors qu’il n’est pas enseigné , car la transmission se perpétue de génération en génération étant parlée dans la famille .
Avant l’apparition d’Internet, revient une époque de regain d’ une civilisation de l’oralité et de l’image: téléphone , cinéma , télévision, radio ; un monde fictif où l’écrit est parlé ( comme le présentateur télé utilisant un prompteur avec lecture ardue , coupée sans connaitre le texte avant ..).
Autrefois, l’ écriture était cadrée par l’ institution, l’imprimerie . Robert Etienne écrit le premier dictionnaire français -latin (1ere description de la langue française , Dictionnarium) puis fait le 2eme latin- français . Robert Etienne se refugie à Genève, période de Calvin XVIème siècle .Des phénomènes fondamentaux dans l’évolution du français se sont passés aux marges du pays français et non pas au centre . A la fin du XVI et XVIIème siècle, la cour de France parle essentiellement en italien , rapport peu clair avec le peuple . Dans le même temps on note la volonté du pouvoir italien de se franciser . Louis XIII dit  » le juste » fils de Marie de Medicis ( grande famille italienne, faut-il le rappeler?) et D’ Henri IV , enfant suivi par le médecin, Jean Heroard retranscrivant la progression dans le langage ; comme les « fautes » de prononciation . A l’époque , il est du langage enfantin que de ne pas prononcer toutes les lettres comme le R final des verbes infinitif ( tomber, prononcé tombé et non tombere). Nous sommes donc actuellement à l’âge d’apprentissage et langage « bébé » enfantin d’un petit louis XIII à l’âge de 6 ans . Sociologiquement parlant, le français est donc tres mal parlé .Nous sommes revenus à une civilisation d’écrit plus proche des racines .
Le passage du pouvoir à Louis XIV fait disparaitre l’italien en France , utilisé par les gens de pouvoir et de la sphère du commerce .La langue seconde parlée est un dialecte franco provençal lyonnais , la troisième seulement était le français .

La langue véhiculaire et langue maternelle : La langue véhiculaire, comme son nom l’indique servant à véhiculer les informations de façon nationale et transnationale est de nature à éliminer les langues et dialectes plus ruraux .
Molière, dans ses déplacements en région du Sud de la France passait par la pantomime , le burlesque car les locaux ne comprenaient rien à la langue du Nord . Racine descendant jusqu’à Valence , découvrit, plus au Sud cette frontière linguistique : Dans une auberge,où il passe la nuit, il demandant un pot de chambre , ne se fait pas comprendre , fait la demande en italien et obtient son objet .
Grande étape que la guerre de 14-18 entre ces hommes qui se battaient pour le même pays et ne se comprenaient pas . La langue des tranchées est francisée de force , pour comprendre les ordres des officiers . Les femmes restant dans les régions parlaient encore le patois et les dialectes . Les préfets se plaignant qu’on ne les comprend pas demandent à généraliser une langue commune .
Ce qui se passe en Bretagne en 1920 est la situation qui se passe en Afrique actuellement , avec des possibilités de transfert d’une langue à l’autre liée aux possibilités plus importantes de déplacement vers les grandes villes , pour les études, mais aussi les exodes , la fuite des conflits ethniques, nécessité d’ouverture au marché de la mondialisation etc …

L’anglais des Indes est également en train de prendre un essor à part entière , on ne dit pas indian english (littérature indienne ) mais Inglish avec un I au début. En Inde, à cause de la multiplicité ethnique , il existe 17 langues nationales ravidiennne , indie différent des langues du nord . La préférence d’anglais à la langue indie est liée à une raison politique et idéologique .L’ outil de communication s’éloigne des langues anglaise pour une détermination locale ( comme le portugais utilisé au Brésil). Apparaissent des langues hybrides de nécessité absolue pour langue commune quand il n’y a pas de langage véhiculaire suffisamment puissant .IL n’existe pas « l’africain » qui serait commun à tous les pays. Le poids du passé colonial influence le choix et la détermination de la langue au détriment des dialectes et langues ancestrales. Il est à noter un essor important du français, tout du moins à leur sauce . .. Lié a la prononciation modifiant le terme comme nous l’avons vu chez nos voisins les anglais .

Ce tableau dépeint de la langue française est complexe mais n’est pas un constat d’impuissance , de chaos et d’ insuffisance d’une langue .C’est la vie d’une langue parlée dans 5 continents. On note un recul dans de nombreux endroits comme’ Asie . Se développant dans d’autres comme en Afrique. En Afghanistan, par exemple il est constaté avancée du français dans les écoles de Kaboul .
Suite à son intervention , questions de l’auditoire :
– Que pensez-vous de la langue suisse allemande ?rapport classique entre langue spontanée et langue de référence écrite standardisée comme l’allemand (de source luthérienne)
-Esperanto ? Elle n’a pas l’impact que le créateur avait espéré , reste encore un peu référence pour ceux qui souhaitent une langue internationale. Comme elle possède de nombreuses racines romanes, elle n’est pas d’accès facile pour la plupart sur la surface de la terre . Langue logique , appauvrie au point de vue sémantique car créée artificiellement à l’inverse des possibilités infinies d’une langue naturelle , trop théorique elle n’a pas la charge d’une langue maternelle transmise par l’affectivité . Très rationnelle , elle est correcte pour une conférence internationale mieux que du » globish » , certes . ( Rire de l’assistance).
-Le français s’appauvrit au niveau du vocabulaire ? En pratique de la majorité des européens oui . Au niveau des jeunes , 25-35 ans qui l’utilisent dans un domaine un peu spécifique hormis le contexte universitaire, la qualité de français est meilleure que pour la génération antérieure. Ils possèdent des niveaux de compétence liés à un éclectisme de curiosité intellectuelle : comme un jeune libanais qui a rejoint mon équipe , se développant dans la spécialité sur Platon et dans le même temps meneur d’un groupe de rock. Il mêle avec délectation une richesse de la langue française.
Lors d’une intervention dans un établissement scolaire, en banlieue de Toulouse à Muret , population rurale en général ,le niveau moyen ne semblait pas brillantissime. Quelques uns ont posé des questions fort judicieuses .
L’image des jeunes et de leur langage n’est qu’une apparence : un coté volontaire répétitif , agressif, insultant, violent est une arme imparable pour faire fuir l’adversaire. Un lexique des cités a été réalisé auprès de rappeurs, de grapheurs , cherche des exemples des étymologies , donne exemple de maitrise du français et non pas d’un appauvrissement absolu . Observez les enfants et les adolescents sortants de grands lycées parisiens , issus d’un milieu aisé. La phonétique est différente, comme un argot chic mais incompréhensible dans le but de décevoir ou isoler les parents ne maitrisant pas ce langage. Idem pour langage SMS qui est plus un jeu et ne signe pas la fin de l’orthographe du français. En sociologie , il n’y a pas encore d’étude sur l’appauvrissement du français.L’ orthographe française est ornée d’ allitérations grecques,( le ph à la place du f, le K, le Y …) ce qui n’existe pas en espagnol ou italien dans leur utilisation phonétique est un facteur de complexité.
-Que penser de l’invasion des termes anglais dans les affichages , la publicité ? Prendre les anglicismes pour ce qu’ils sont comme la gare rebaptisée railcity etc … cela ne semble pas être utilisé dans la langue orale . C’est une volonté publicitaire de communiquer en changeant . Nous arrivons à une certaine perversité comme ce panneau vu ce matin :  » Confédération -Centre » et non pas Confédération-Center . Effet d’ abstraction en modifiant l’ordre des mots . Cela me fait penser à « positive attitude » , invention d’une chanteuse populaire française . Le premier ministre de l’époque Raffarin a apprécié cette expression plus positive, pour lui qu’  » attitude positive » ) . L’ ordre des mots peut miner la réalité d’une langue , frisant le ridicule .
-Que reste t’il par rapport à la création du langage poétique? Le discours poétique est de moins en moins tributaire des loi de la prosodie . Je citerai Henri Pichette avec  » Les épiphanies », texte poétique et théâtral puissant d’une beauté extraordinaire. En vieillissant il écrit des poèmes archaïques ; je le nomme :le seul poète médiéval vivant ,. IL a écrit une tragédie sur les dangers de l’atome » Nuclea »; ressemble à du Corneille . Il existe un jeu entre tradition et novation . La dimension fondamentale des langues est que la poésie montre dans son vocabulaire la puissance du signifiant , intraduisible dans toute langue . Il existe une ligne de l’intraduisible absolu au traduisible parfait ; les génies de traduction peuvent la franchir parfois par maitrise des langues comme Baudelaire et sa traduction des contes d’Edgar Poe . Il donne à cet événement en français autant de poids et de valeur que le texte original de Poe . Ce qui n’est pas évident , voire possible avec d’autres œuvres. Les traductions des pièces de Shakespeare , difficile aux traducteurs de  donner autant dans l’ ambigüité , calembour et force du texte originel .
– Rôle de l’Académie Française ? Intégration ou conservation des mots .. Une telle académie n’existe pas en Angleterre ou en Allemagne pour leur langue . Le français semble un peu figé par l’ académique Académie . Historiquement créée et voulue par Richelieu , dans un acte politique : Imposer la fonction de langue véhiculaire ainsi que Louis XIV ( despote éclairé , mécène pour la création même gênante sur le plan idéologique , comme subtil et pervers il fait continuer à travailler Molière malgré ses textes comme le Tartuffe ) .L’ institution acquière la légitimité linguistique orthographique au XVIIIème siècle avant Voltaire induisant une simplification de l’orthographe .
– A noter l’ Academia Reale espagnole permet , elle aussi une simplification phonétique de la langue .
L’Académie Française explose à la Révolution . Assouplissement et changement de références modifiant le dictionnaire de l’Académie fin du XXeme siècle .
– Anglicismes ? Le mot Flirt vient -il de l’expression  » compter fleurette » ?Cela semble un mot hybride .Pour les référents anglais, le dictionnaire d’ Oxford ne revendique pas les origines françaises comme  la base de leurs mots . Il faudrait redonner à certains mots anglais passés dans notre langue une orthographe issue de la phonétique comme riding coat créa la redingote au XVIIème siècle .  »

Rédacteur en chef des publications des Editions Le Robert, Alain Rey lors d’une conférence donnée pour le 450e anniversaire de l’UNIGE ( Université de Genève) en 2009.