La rose thé-Téophile Gautier

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La rose-thé

La plus délicate des roses

Est, à coup sûr, la rose-thé.

Son bouton aux feuilles mi-closes

De carmin à peine est teinté.

On dirait une rose blanche

Qu’aurait fait rougir de pudeur,

En la lutinant sur la branche,

Un papillon trop plein d’ardeur.

Son tissu rose et diaphane

De la chair a le velouté ;

Auprès, tout incarnat se fane

Ou prend de la vulgarité.

Comme un teint aristocratique

Noircit les fronts bruns de soleil,

De ses soeurs elle rend rustique

Le coloris chaud et vermeil.

Mais, si votre main qui s’en joue,

A quelque bal, pour son parfum,

La rapproche de votre joue,

Son frais éclat devient commun.

Il n’est pas de rose assez tendre

Sur la palette du printemps,

Madame, pour oser prétendre

Lutter contre vos dix-sept ans.

La peau vaut mieux que le pétale,

Et le sang pur d’un noble coeur

Qui sur la jeunesse s’étale,

De tous les roses est vainqueur

Théophile Gautier Émaux et Camées (1852)

Le programme en quelques siècles – Armand Robin (1945)

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On supprimera la Foi

Au nom de la Lumière,

Puis on supprimera la lumière.

On supprimera l’Âme

Au nom de la Raison,

Puis on supprimera la raison.

On supprimera la Charité

Au nom de la Justice,

Puis on supprimera la justice.

On supprimera l’Amour

Au nom de la Fraternité,

Puis on supprimera la fraternité.

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On supprimera l’Esprit de Vérité

Au nom de l’Esprit critique,

Puis on supprimera l’esprit critique.

On supprimera le Sens du Mot

Au nom du Sens des mots,

Puis on supprimera le sens des mots.

On supprimera le Sublime

Au nom de l’Art,

Puis on supprimera l’art.

On supprimera les Écrits

Au nom des Commentaires,

Puis on supprimera les commentaires.

On supprimera le Saint

Au nom du Génie,

Puis on supprimera le génie.

On supprimera le Prophète

Au nom du Poète,

Puis on supprimera le poète.

On supprimera l’Esprit

Au nom de la Matière,

Puis on supprimera la matière.

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AU NOM DE RIEN ON SUPPRIMERA L’HOMME;

ON SUPPRIMERA LE NOM DE L’HOMME;

IL N’Y AURA PLUS DE NOM.

NOUS Y SOMMES.

A quoi bon des poètes en temps de détresse? Micro-anthologie en cadeau

Un temps pour se taire et laisser s’exprimer la musique, le langage chanté d’une voix fascinante ou laisser la place aux rimes et aux vers et continuer d’avoir le droit de dire demain quelques mots. « A quoi bon des poètes en temps de détresse??? » demandait Höderlin dans son élégie Pain et Vin vers 1800, porter une vérité précieuse pour le temps de maintenant et les temps à venir ? Des mots pour surmonter les peines et accepter le tragique de la vie .

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Comme Nietzsche , se méfier des morales qui empêchent de vivre et font plonger dans l’illusion , dans l’esprit de revanche et de ressentiment , la recherche du coupable , du traitre , du paria détruisant un instant de bonheur éphémère , une sensation simple de paix .Pouvoir de croire, croire au pouvoir et dans le néant faire sombrer un pays dans le chaos où la  chasse aux sorcières , d’un coup de balai, d’un fouet, d’une lame faire tomber les têtes , renverser les pièces sur l’échiquier de la vie. Drame et tragédie , depuis la nuit des temps ,poètes et philosophes , de leurs armes épongent les larmes en métaphores , allégories, élégies , du poids des maux de l’âme et de l’être tracent aux fers rouges douleurs et détresse, espoirs et liberté d’expression .Du droit et du devoir de ne pas se terrer ou se taire .

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Poème cadeau d’argent (L’arbre lucide et la quatorzième beauté)Odysseas Elytis, traduction Angélique ionatos ( extrait  Le soleil sait – Anthologie vagabonde, d’une voix à l’autre, Cheyne editeur-2015)

 

Je sais bien que tout cela n’est rien et que la langue que je parle n’a pas d’alphabet

Puisque soleil et vagues ne sont qu’une écriture  syllabique

que tu ne déchiffres qu’au temps de tristesse et d’exil

Et la patrie une fresque aux couches successives franque ou slave, et si tu t’aventures à essayer de les restaurer tu vas aussitôt  en prison et tu dois rendre des comptes

À une foule de pouvoirs étrangers toujours aux dépends du  toi propre

Comme il advient dans les désastres

Mais imaginons que dans une aire  des jours anciens

qui pourrait être un  immeuble d’aujourd’hui des enfants jouent et que celui qui perd

Se doit suivant les règles  de dire et de donner aux autres la vérité

Ainsi , ils se retrouvent tous au bout du compte là tenant

Dans leur  main un petit

Poème cadeau d’argent.

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J’en ai usé des fers en ton absence, Ahmet Arif

Pouvoir te raconter, toi.

A de bons enfants, à des héros.

Pouvoir te raconter, toi,

Au malhonnête, au mensonge

Qui ne connait pas les circonstances.

Combien d’hivers de suite

Le loup dormait, l’oiseau dormait, le cachot

dormait.

Dehors, un monde coulait ; à flot…

Moi seul je n’ai pas dormi,

Combien de printemps à l’âme,

J’en ai usé des fers en ton absence.

Que je mette des roses de sang à tes

cheveux,

De ce côte-ci,

De ce côte-la…

Pouvoir te hurler, toi

Au puits sans fond

A une étoile filante

Hurler à une allumette

Dans la vague la plus solitaire de l’océan

Oû elle est tombée.

Tes premiers amours ont perdu leur énigme,

Ont perdu leurs baisers,

Pas de pan de nuit qui ne descende

soudainement,

Un verre, une cigarette à celui qui s’évade,

Pouvoir te raconter, toi…

Ton absence est l’autre nom de l’enfer

J’ai froid, ne ferme pas tes yeux…

rose noire

J’écoute Istanbul, les yeux fermés…ORHAN VELI

J’écoute Istanbul, mes yeux sont fermés

D’abord souffle un vent léger ;

Il ballotte peu à peu

Les feuilles dans les arbres ;

Au bout du monde, bigrement au bout du monde

Les clochettes des porteurs d’eau ne s’arrêtent jamais ;

J’écoute Istanbul les yeux fermés.

J’écoute Istanbul les yeux fermés ;

Les oiseaux passent

Des hauteurs, de nuées en nuées, de cris en cris ;

Les filets sont retirés dans les bordigues

Les pieds d’une femme touchent l’eau

J’écoute Istanbul, les yeux fermés.

J’écoute Istanbul, mes yeux sont fermés ;

Le bazar est empli de fraîcheur

Mahmut Pacha est animé

Les cours sont remplies de pigeons

La voix du marteau vient des docks ;

Les odeurs de sueur au vent du beau printemps

J’écoute Istanbul, mes yeux sont fermés.

J’écoute Istanbul, mes yeux sont fermés ;

L’ivresse d’anciens mondes en tête,

Une maison de rivage avec de sombres hangars à bateaux

Les vents du sud ouest sont tombés dans un bruissement intérieur

J’écoute Istanbul les yeux fermés.

J’écoute Istanbul, mes yeux sont fermés;

Une jeune fille aguicheuse d’une beauté provocante passe sur le pavé.

Les blasphèmes, les chants, les chansons, les jets de mots.

Une chose tombe de ses mains à terre ;

Cela doit être une rose;

J’écoute Istanbul, mes yeux sont fermés.

J’écoute Istanbul, mes yeux sont fermés;

Un oiseau s’évertue à tes pieds.

J’ignore si ton front est chaud

J’ignore si tes lèvres sont humides

Une lune blanche nait au milieu des pignons ;

Je comprends les battements de ton cœur ;

J’écoute Istanbul.

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Texte d’info toxique- Christophe Bregaint 2011

Extraordinaire ère exemplaire exsangue

Paradoxe des toxs orthodoxes

Cette vox populi à l’existence exigüe

Qui exalte l’expression de l’intox

Ces inexhaustibles axiomes, Hoax ;

Anxiolytiques pour Cortex cérébral ; créant l’apraxie,

Et exigeant la génuflexion de toute réflexion

Oxygénée par les toxines de maximes

Excommuniant les sexes sous latex ;

Excités par un exutoire botoxé,

Extraverti sous plexiglas taxé ;

Coulant dans le Styx proxénète inoxydable

Ex-cathedra, d’une excellence excrémentielle

Dans le complexe contexte toxique….

Qui s’exprime en pixels, via Explorer.

Qui asphyxie, exploite et mets à l’index

La galaxie des extra-muros exogènes,

Où loin des box de syntaxes laxatives ;

Des exclus, extirpent contre le vortex

Dans leur exil au vertex des terres de bauxites

L’excalibur semtex explosif

Alors que les exocet exterminent le thorax

De l’existence élixir exondée

Luxuriant Deus ex machina, extatique.

Genre humain – Gérard Manset

A mes amis belges

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A MES AMIS (Extrait)

Arriverai-je un jour à dire

Vraiment ce que je voudrais dire,

 A dire enfin à mes amis

A quel point je suis leur ami.

Sans doute cela paraît simple

De dire une chose aussi simple

.

Chaque fois pourtant je sens bien

Que je ne le dis pas très bien.

Et qu’il me faudrait d’autres mots

Bien plus émouvants que mes mots,

Des mots coulant comme des larmes

Quand, dans le cœur, coulent les larmes.[…]

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PARTOUT  ON TUE 

A quoi servirait-il de fuir ?

Partout on tue, on incarcère.

Le monde est lassé à mourir

De tant de haines et de guerres.

Et l’on a beau scruter le ciel,

Chercher derrière les nuages

Une lueur providentielle,

Rien que la nuit, que les orages.

Et l’on a beau vouloir parler

A cœur franc de ce qui nous hante.

La crainte nous serre le ventre,

Et personne n’ose parler.

Et l’on a beau vouloir crier

Qu’on a les pieds, les mains liés.

Comme personne ici ne crie,

On se tait par humilité.

                    DE PLUS LOIN QUE LA NUIT

LA LIBERTE

Je suis la liberté,

Répétait-il, la liberté

Avec tous les dangers

Que je vais vous valoir

Et, pour me faire taire,

Il faudra me tuer.

Mais on le laissait faire,

On le laissait parler.

Il était bien trop solitaire

Pour amener l’homme à briser

Le cercle de fer et d’acier

Où l’injustice et la misère

L’avaient peu à peu enfermé.

Je suis la liberté,

Répétait-il encor.

Regardez-vous. Vous êtes morts.

Mais, comme on avait à manger,

On le laissait crier.

                DEFIER LE DESTIN

             

Textes de Maurice Carême (Wavre 1899-Anderlecht 1978)

se penche sur les écrits des philosophes, les religions, les grandes sagesses orientales.

Sa vision du monde où l’amour, la bonté, l’aspiration au bonheur alternent avec le tragique dont il n’ignore rien(ayant traversé 2 guerres, y côtoyant l’horreur). Dualité qu’il transcrit au sein de sa poésie alors qu’il teinte sa prose d’une profonde gravité.

Il nous construit, à sa manière, un univers qui permettrait aux hommes de dépasser les aspects négatifs de la vie.Il n’ignore rien des drames de l’humanité, mais il sait que la vie n’a de sens que dans la transcendance, le dépassement de soi, l’amour pour autrui.

Le sacre du printemps

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LE SACRE DU PRINTEMPS

Nivôse, Pluviôse, Ventôse se succèdent…

La glace, la neige, les longues nuits excèdent…

Cependant, en Ventôse, le jour croît vite.

La Terre surgelée se débat et s’agite.

… C’est la nuit. Quelque chose semble changer, mais quoi ?

L’aube blan…

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Tout à coup l’équinoxe est franchi.

La nouvelle se répand vite : Germinal.

Le Soleil déjà au-dessus du point vernal.

Les tout petits bourgeons vont pourfendre la glace.

De mystiques adolescentes prennent place,

Les sages font adorer la nouvelle terre,

Les cités rivales en fête jouent à la guerre.

Les jours augmentent, il faut vite les nourrir.

La Terre a besoin de sang pour ne pas mourir.

Alors, on se met à danser quelqu’artifice

Pour apaiser les Dieux avant le sacrifice.

L’Elue avait 17 ans, à la fleur de l’âge.

Monsieur Stravinsky, votre rite est très sauvage.

Rodolphe DUMOUCH,

Prix régional (Bretagne ) du concours de poème la ” fureur de lire “, 1991, sur le thème rimbaldien ” On n’est pas sérieux quand on a 17 ans “.

Saint Valentin,effeuillons l’éphémère éphéméride

Arbres-enlaces

A la Saint Valentin
Certains font les malins
Des cadeaux pleins les mains
des mots en peau de chagrin
Qu’est-ce que cette invention
Acheter sans modération
Bijoux, fleurs ou poisons
Elixirs, philtres et potions
Pour un jour d’attention
Faire oublier la routine
Les coups bas , la cantine
Les insultes en comptines
Les tromperies, les frangines
Elle est belle Valentine
Quand elle se peinturlure
Elle prend une drôle d’allure
Pour faire bonne figure
Un string pour la cambrure
Au champagne , il carbure
Petits fours, canapés
Dérapage contrôlé
Une fête pour pardonner
Et le reste de l’année
Tu peux tout oublier?
Et à la saint Sabine
Tu lui offres ta….
……………bobine ?
Ah tu auras bonne mine
Ce rapiat, scélérat
Ne s’en sortira pas
Cette fois.
Ton honneur est terni
De placide en furie
Tu la rends, par tes cris
Ah ça c’est saint Denis
Tu la veux à genoux
Pour lui chercher des poux
Cailloux, hiboux, choux
C’est la Saint Marilou
Et crème sur le gâteau
Tu la veux ronronnante
Aimante et caressante
Pour toi toujours présente
Là , c’est sainte Amaranthe
Et à la saint Didon
Manon, Ninon
Tu tailles ton crayon
Pour slammer en poème
Car pour dire « je t’aime »
Point besoin de patron
De saint ou de raison
Affute ta passion
Et sans domination
De douleur en plaisir
De larmes en sourires
Fais renaitre le désir
Toujours en point de mire
Celui au quotidien
Qui fait trembler les mains
Plus qu’hier et bien moins que demain
Nourrira chaque instant
La flamme du présent
Le feu sacré, l’amour
D’aout à février
Voici l’éphéméride
Ainsi toute l’année
Afin qu’on le savoure
Sans prendre aucune ride
Valentine, Valentin
Ceints , dessins, desseins
Faire rimer Amour
Avec toujours
De l’aréole des seins
A l’auréolé des saints
Effeuillons alors notre calendrier
De janvier à décembre
Ensemble dans notre chambre.
Je t’aime un peu beaucoup
Passionnément ,j’en tremble
A la folie ou pas du tout ???

 

P.S: De la Saint Valentin, lafraise préfère la Saint Amour à fêter tous les jours.Pour vous ces quelques rimes ; puériles ou enfantines jetées sur l’immensité de la toile comme un fil simple et ténu.Vive l’Amour!