Tuais-Je « Elle » ? Femme plurielle, je, Tu, Elle .

Marie Madeleine Vitrolle - femme unique, femme multiple. sculpture la marche

Quand « je » tue « elle , quand la femme blessée ou simplement égratignée ne dévoile pas  son quant à soi , elle prend alors toutes les nuances, toutes les ressemblances et les différences qui font de la Femme majuscule un être paradoxal . Tu es cette femme aussi , tu te reconnaitras dans ce jeu de miroirs illusions de l’Histoire. Car de l’intemporelle , elle garde du réel ce qui n’est pas fantasmo-fictif, songes ou rêves , faux -semblants et leurres cognitifs .Féminin minéral , végétal ,humaine j’en tuerai ,au-delà des métaphores les blâmes et les coups de plume ou de glaive et forte de mes fragilités, animale instinctive, en images mentales  par le jeu des ailes déployées, je dessinerai ici , pour toi , pour vous, pour elles ce que du moi, sur moi d’habitude est tû.

 

Toujours la petite fille en nous , celle à qui on déchirait les pages de cahier .Apprentissage de l’écriture, pattes de mouche ou trop gros caractère de la cursive si tu ne suis pas la ligne de conduite. Tu deviens insoumise sous tes allures d’élève modèle! Les règles d’orthographe et de grammaire avec cette rengaine de l’exception qui confirme la règle à  française; loi d’exception, de restriction. Exceptionnel oh non! et de cette règle en fer ou double-décimètre , mains tendues , à genoux elle  s’abattait . Ce temps est révolu et du châtiment corporel , écoles et maison familiale seule la fessée coquine n’est pas encore légalisée! Sermon et remontrances, réflexion désobligeante, insulte, humiliation sont désormais légion .Plus cinglants que des coups de fouet mentaux , ils ensanglantent  celle qui ne veut rentrer dans le rang, dans les cases et ne pas brouter avec les rampants, les ventre à terre, les tètes baissées.

 

Je suis adolescente, première cigarette , petit gout d’interdit que l’on fume en cachette . En volute de fumée, je dessine en plein ciel une silhouette d’un seul trait comme alinéa , tatouage éphémère et bulle de savon qui éclate éclaboussant de ses couleurs irisées le plafond d’un château dans les brumes posé sur un nuage d’hormonale tempête. Je suis celle qui ponctue les songes de points de suspension ou dans des parenthèses d’un hypothétique demain zebre alors le ciel d’une exclamation au silence, au vide, au rien . Femme vaurienne, à l’orée de l’adulte adultère, Femme ponctuation

Andriy Dykun-1

Tu es travailleuse acharnée éjectée de l’échiquier d’une pichenette dédaigneuse. Inaptitude, invalidité d’une âme blessée, torturée par l’implacable machine infernale , consumée parles flammes du dragon intérieur. Pour te reconstruire après cette déchirure ,  tu dévoiles parfois dans la nudité du corps les cicatrices charnelles. Tu les livres en images symboliques, en les couvrant de glaise , de couleurs aquarelle, acrylique pour mieux les camoufler  derrière la toile tendue, à quoi elle, à cri lit qui le veux !

 

Une elle crue, du nu à je combien de photos, de lettres, de feuilles de papier griffonnées dans l’urgence d’écrire, de tracer, d’esquisser dans un accès de fièvre de frénésie, de ferveur , de bouffées passionnelles puis effacées, déchirées, brulées qui n’arriveront jamais à leurs destinataires, leurs inspirateurs/trices ? Combien de toiles ne sécheront pas, ni ne s’afficheront sur un mur recouvertes  d’une couche de noirceur. Par lâcheté  ou par pudeur  je suis toi , femme qui retiens tes larmes, tes cris, ton sang, ta sueur et dans un sourire offre ton sourire, tes murmures, tes soupirs .Tu es femme pardon , femme rédemption.

Elle est ange et démon , en accepte l’alternance. C’est ainsi qu’elle est complémentaire et entière  succombant à la douce torture qui lui fait franchir la ligne courbe de l’invisible .De la pleine conscience à l’infernale déraison, elle fait tomber les barrières volontaires et écrouler les briques de votre mur intérieur. Exploration de l’intime, de l’être, de l’essence quand les fibres du tissu charnel se tissent et se dénouent et que la broderie, dentelle complexe du mental  pare d’un fil d’or l’âme . Femme spirit loin du Bien et du Mal, ondulante énergie en vagues de lumière, femme hypnotique aux parfums sonores et saveurs tactiles. Vos sens exacerbés en dupés volontaires par l’anarchique force vitale destructrice de certitude trouvent le chainon manquant, la fission fusionnante nucléaire, cataclysmique. Femme astrale métaphysique , origine du monde, de son humanité, épiphénomène ,endémique. Quand de l’implosion nait un vide sidéral, de la sidération elle devient aspiration, charge électrique et qu’en son noyau, son cœur atomique attire à elle un électron libre .Femme déesse païenne, astronomique , collusion d’univers parallèles.

Alessandro Gatto

Je suis roc, femme château ,citadelle  imprenable. Que la tempête guette et cherche à attaquer mes remparts contre vents et marées.les lames de fonds, vagues déchainées peuvent bien s’acharner .Sur mes parois lisses , elles ne feront que glisser. S’infiltrer peut-être dans les failles, entailles de la femme minérale. Malgré l’érosion les blessures silencieuses , je laisse couler les eaux tumultueuses sans broncher. Piton rocheux aiguisé par le temps, de mon indifférence , je confierai au vent mes grains de sable qui, sur la plage immaculée de la psyché, rejoindront les galets de la sérénité. Femme enceinte de l’humanité, maternelle , protectrice.

 

Tu es ile vierge, collines et vallées, désert aride ou précipice, gorges profondes et lit d’une rivière dont la source secrète cachée dans une grotte désaltère , abreuve et nourricière. Tu es océanique  quand, iodée et saline, tu noies de tes baisers , du flux et du reflux les naufragés égarés, ahuris. Tu es brise légère , tornade , vents déchainés .Tu es foudre guerrière, éruption volcanique, braises incandescentes quand ta langue de lave apporte le fertile limon et tu deviens gonade , grenade ou drapeau blanc quand de l’anthropomorphiste carte du tendre pirates et flibustiers, en preux chevaliers s’y attardent et dessinent de nouveaux chemins sur toi .Un continent contenu tout en toi , Femme géographie du monde.

 

Elle est, tu es, je suis et de suivre les périples et péripéties, les expériences aux confins des parenthèses et points de suspension de la vie quotidienne, elle est escapade, tu es escale, je suis évasion .escalade vers les cieux Liberté .Femme libératrice des prisons dorées, des convenances, des connivences, de l’hypocrisie , des codes et règles et des tabous. Elle est celle salie et trainée dans la boue, dans la fange des fantasmagoriques perversités machistes. Elle est cette femme objet usée et abusée , piétinée et jetée . Tu es celle qui attend les mots, les gestes qui ne viennent jamais , rêveuse éveillée, utopique pacifiste , abyssale entropique .

lady fraisy

Végétale et sucrée, je suis gitane baie rouge. Légèrement acidulée et saveur plus prononcée traversant vos étés. Faisant voleter une jupe d’écailles bien alignés, pâle piteuse quand déconfite, je me tais et me terre, préférant du terre à terre abandonner les sous-bois .Sobre , coiffée du silence de l’indifférence, j’abandonne les griefs  incertains, les non fondés de formes et de matières , les agressions spasmodiques déversant à flots noirs la bile et le fiel. En condiment, je préfère le miel, le vinaigre balsamique et d’un voile poivré en relever ma jupe .Rougir de plaisir  vous voyant saliver , c’est dans vos yeux gourmands que je me sens belle à croquer . Mais ne vous fiez pas à cette brunette fruitée! Gariguette elle se marra lorsqu’à la proue de ma barquette en piment d’Espelette je me métamorphose .Femme fraise, femme poison violent si vous lui montrez les dents. Fatale féminité à la sensualité exacerbée, femme gourmande, convoitise, pèche reste pulpeuse vibration aux parfums capiteux  vénéneux.

Andriy Dykun-2

Du je à elle, du fruit elle a le sexe .gorgé et juteux quand le désir l’emporte et qu’elle s’offre pour être cueillie, dégustée, dévorée. Fente d’abricot, figue  à la peau foncée découvrant cette chair rosée ou pourpre parfumée et humide. Quand l’envie l’envahit et que murie, grandit la vague du plaisir, que les baies dressées des pommes ou des poires ,sous la gourmande bouche ou l’assaut pénétrant d’un sexe turgescent ,elle devient liane sauvage et s’enroule autour de la tige érigée ,qui, dans une jouissance végétale libère sa semence, sève de vie . Femme sexe dévotion, Femme calice, femme charnelle réceptacle, femme offerte  terre fertile.

rose-the-givree

Tu es fleur se fanant inexorablement. Un à un tes pétales s’étiolent , plumes et duvet deviennent mordorés , aux couleurs de l’automne passent les années et se couvrent de givre au frimas d’un hiver annoncé. Pistil et étamines  asséchés et stériles subsiste toujours ton cœur de pollen .Du fruit de tes entrailles ne reste que les entailles de lame biseautée . Et de ces cicatrices du temps, de la vie, tu en fais des atours, des atouts des détours, des croisées de chemin, des carrefours .A l’heure du choix, se découvrir, s’accepter, se reconstruire ,s’instruire sans instrumentaliser, se dématérialiser et du voyage intérieur « re-naitre »,  » re-susciter » les émotions  Femme belle dans toute sa quintessence, Femme mature bientôt en hivernage , Femme sage  porteuse de l’espoir , des connaissances et du savoir .Femme Force et Pouvoir.

 

Courbes et rondeurs, du fruit de l’églantier ,  elle est cynorhodon. Elle peut  être Vitamine  et de ses graines et du poil à gratter  devenir urticaire ou simple démangeaison. Immunisée de longue date par bien d’autres poisons , cachant mes sentiments, d’une pirouette , de la rose canine , végétale, minérale, animale, la femme organique de ramener sa fraise et bien fait pour ta pomme! s’affiche en silhouette et d’un bouton de rose  aux épines de roche, de ses griffes ou ses ailes, elle protège son âme et vous montre son cul !

recyclage -essai style graf sur vieux journal

Texte :Pascale Lafraise

Illustrations : Photo 1 Mari Madeleine Vitrolle-Sculpture; 2-5 Andriy Dykun : 3 Alessandro Gatto ;4 Image du Net envoyé par un ami « lynx »de Lafraise; 6 image du Net;

7 Peinture sur feuille de journal recyclé Acrylique et encre de chine pascale Lafraise

 

Publicités

NOEL-Acte de deces

Never Sleep-Watch Out Cat

Nous sommes au regret de vous annoncer le décès, le 24 Décembre 2015 de Monsieur Chat, le Fraisy cat, mâle dominant de la famille Lafraise mère et fille. Politiquement incorrect, ce matou vu ici déjà,

Cool & Relax

ce matuvu n’attendait pas le jour de Noël pour donner sans rien attendre en retour, tous les jours, le cadeau de l’amour, de la vie.

Preparant Noel2015

Trop peinée pour vous souhaiter de joyeuses fêtes de fin d’année , en toute simplicité , quelques photos parleront mieux qu’avec un chat dans la gorge ou une langue de bois.

1Welcome kitty

De tes nombreuses vies, Monsieur le Chat , il faudra en conter tant , par ta présence, tu nous as enchanté.

Felin

Fidèle félidé, il est temps de se taire .Bientôt ici tu renaitras, mais quand ? j’en donne ma langue au chat !

 

FraisyCat last pic

 

Ciao,Shadow Cat

 

 

Première porte ouverte sur un calendrier de l’ Avent

porte ouverte-plafraise

 

En ce jour Anniversaire inversons les rôles pour une fois . Laissez moi vous faire des petits cadeaux, des tout petits riens, de la musique et des paroles . » Encore heureux » que ces mots résonnent et donnent du sens à ce qui parait ne plus en avoir. En ce 1 er décembre, comme la première case, petite porte à ouvrir du calendrier de l’ Avent, je dis « oui-filles », hymne pour toutes les femmes et les filles, pour vos espoirs, votre force, votre énergie à faire bouger le monde des hommes, pour aller au-delà de vos rêves j’ose dire « I love you all » . 2 morceaux du nouvel album de Zazie  » Encore heureux » . Encore heureux que la langue française , au gré de mélodies puisse faire vibrer des textes. Mots  simples et percutants.

Zazie – Oui-filles
Tous les jours, tout cet amour
Toutes ces femmes comme des soleils
Qui se lèvent
Tous ces défis qu’on relève
Tous ces débats, ces enfants qu’on élève
Tous les jours
Toutes ces femmes, toutes ces mères
Chargent d’un poids lourd qu’on soulève
Tous les jours les mères restent des femmes
Reste à savoir celle dont tu rêves

On est des oui-filles
Oui la mère, la femme, la fille encore
Oui toutes ces elles dans le même corps
Oui c’est le problème, oui d’accord
On est des oui-filles
Oui dure à la peine, fille quand même
Oui le sexe faible, le sexe fort
Oui, quand on nous aime, c’est d’accord

Mais tous les jours, tout cet amour
Si tu savais toutes ces larmes qu’on ravale

Toutes ces tempêtes qu’on essuie
Passer l’éponge et laver le linge sale
Oui tous les jours tout ce qu’on fait bien ou mal
Tout ce qu’on fait c’est déjà pas mal
C’est peut être pas glorieux, pas glamour
Mais l’amour c’est du travail

On est des oui-filles
Oui la mère, la femme, la fille encore
Oui toutes ces elles dans le même corps
Oui c’est le problème, oui d’accord
On est des oui-filles
Oui dure à la peine, fille quand même
Oui le sexe faible, le sexe fort
Oui, quand on nous aime, c’est d’accord

On est des oui-filles
Et alors ?
Quoi encore ?
On est des oui-filles
Oui d’accord
Des oui-filles
Oui-filles

Zazie – I Love You All

A qui le dites vous
A qui le dites vous
A qui le dites vous
??
Où est l’amour ?
Où est l’amour ?
On fabrique les rois et les fous
Tant de débats, de discours
Puisque les hommes dirigent le bal
Ce souffle au coeur, ce serait pas mal
De l’entendre, oui ce coeur tendre
De l’entendre
Mais oui, on sait qu’au fond ça va pas fort
Oui c’est la crise, la crise
On se débat jusqu’à la mort
La bêtise, la bêtise
Vous autres qui dirigez le monde
Pouvez vous prendre quelques secondes
Pour prononcer le discours de l’amour
Annoncer juste
I love you, love you
I love you all

I love you all
I love you, love you
I love you all

Nul n’est prophète en son pays
Oui qu’on soit contre, qu’on soit pour
Ne faisons pas l’économie de l’amour
Oui de l’amour
C’est le seul lien qui nous unit
Autre croyance même pays
Autrement dit, autrement dit
L’autre n’est pas notre ennemi
Oui
I love, love you
I love you all
I love you all
I love you, love you
I Love you all
I love you, love you
I love you all
I love you all

 

Photographie : Porte ouverte, Pascale Lafraise

 

La guirlande de Julie – Extrait de fleurs.

Guirlande-5

La guirlande de Julie est un florilège de madrigaux galants adressés à Julie Lucine D’Angennes, Mademoiselle de Rambouillet, par son amant et futur époux le duc  de Montausier . 90 feuillets le composent : 29 représentations des peintures de fleurs de  Nicolas Robert et 61 pour les madrigaux , en lettres rondes et bâtardes par le calligraphe réputé Nicolas Jarry , sur vélin pour l’un des 3 exemplaires in-folio. Cet ouvrage fut écrit par Mr de Montausier et ses amis poètes , fondateurs de l’ Académie Française, au milieu du XVIIeme  siècle. ( 1634-1641)

En introduction, la miniature de Zephire sur son nuage et ces mots : Zephire à Julie – Charles de Montausier

Recevez, ô nymphe adorable

Dont les cœurs reçoivent les lois,

Cette couronne plus durable

Que celles que l’on met sur la tête des rois;

Les fleurs dont ma main la compose

Font honte à ces fleurs d’or qui sont au firmament;

L’eau dont Permesse les arrose

leur donne une fraicheur qui dure incessamment,

Et tous les jours , ma belle Flore

Qui me chérie et que j’adore

me reproche avec   courroux

Que mes soupirs jamais pour elle

N’ont fait naitre de fleur si belle

Que j’en ai fait naitre pour vous.

nicolas-robert-six-heads-of-old-fashioned-roses

Liste des fleurs chantant les louanges de « l’incomparable Julie » et poètes associés :

La couronne impériale, Chapelain , de Malleville et de Scudery
la rose , Habert , abbé de Cerisy, de Malleville , de Montausier , Colletet
Le narcisse , de Montausier , Habert, capitaine d’artillerie Monmor
L’amarante de Gombaud
L’angelique, de Montausier , de Malleville
L’œillet de montausier
La fleur de thym , Andillly fils
Le jasmin de Montausier
L’anémone de Montausier
La violette Desmaret, de Malleville
Les lys , de Montausier , de Malleville , des Reaux Tallemant, Martin , Conrart, Desmaret
La tulipe , Godeau , Arnaud de Corbeville, Conrart ,de Montausier
La jonquille , de Montausier
L’hyacinthe , de Racant, de Montausier, Conrart
L’héliotrope de Montausier
Le souci de Montausier , Habert, capitaine d’artillerie Monmor, Colleret, de Scudery , de de Malleville
La fleur d’orange Conrart
Le safran de Montausier
La flambe de Malleville , de Montausier
Le muguet de Briottes
La fleur de grenade Conrart , de Briottes
La fleur d’adonis de Malleville
Le pavot de Scudery
L’immortelle de scudery

L’immortelle blanche Conrart , le Meleagre , de Scudery
La description et l’historique de ce petit bijou de galanterie baroque peuvent être retrouvés dans « Essai de curiosités bibliographiques » de Gabriel Peignot- 1804 ( p 62 à 67)

Guirlande1

Réédition moderne préfacée par Irene Frain , éditions Laffont et manuscrit original conservé à Bibliotheque Nationale de France.

2 extraits

La violette – Desmarets de Saint Sorlin

Franche d’ambition , je me cache sous l’herbe,

Modeste en ma couleur, modeste en mon séjour:

Mais  si sur votre front je me puis voir un jour,

La plus humble des fleurs sera la plus superbe;

La rose   Germain Habert de Cerisy

Alors que je me vois si belle et si brillante

Dans ce teint  dont l’éclat fait naitre tant de voeux,

L’exces de ma beauté moi-même me tourmente:

Je languis pour moi-même  et brûle de mes feux,

Et je crains qu’aujourd’hui la rose ne finisse

Par ce qui fit jadis commencer le narcisse.

Les 7 poêmes d’ amour en guerre -1943 Paul &Nusch Eluard

man-ray-et-nuschAu nom du front parfait profond
Au nom des yeux que je regarde
Et de la bouche que j’embrasse
Pour aujourd’hui et pour toujours
Au nom de l’espoir enterré
Au nom des larmes dans le noir
Au nom des plaintes qui font rire
Au nom des rires qui font peur
Au nom des rires dans la rue
De la douceur qui lie nos mains
Au nom des fruits couvrant les fleurs
Sur une terre belle et bonne

collage-NuschEluard
Au nom des hommes en prison
Au nom des femmes déportées
Au nom de tous nos camarades
Martyrisés et massacrés

Pour n’avoir pas accepté l’ombre
Il nous faut drainer la colère
Et faire se lever le fer
Pour préserver l’image haute
Des innocents partout traqués
Et qui partout vont triompher.

Texte:Paul & Nusch Eluard

photos : Man Ray – Collage Nusch Eluard

Torn Apart – Bastille VS. Grades

A tire d’ailes , quand 3 papillons font s’exprimer le  » silencieux » .

12541068-papillon-de-feu

Un jour, un ami turc nous conta une histoire: Assis près d’un feu de camp , lors d’un séjour dans ses chères montagnes, il se met à contempler les flammes t part dans un temps de rêverie et de questionnement ‘intérieur ». Ce qui le sort de sa torpeur est le bruissement d’ailes, ce léger bruit de frémissement dans l’air . Il voit un papillon voleter autour du foyer de pierres où sont posées les buches de bois enflammées. Le paillon se pose sur l’une des pierres, déploie ses ailes somptueuses et s’envole vers les prés. Mon ami se dit alors : « je sais ». Mais un autre papillon s’approche de lui , volète autour de lui. Il se met à tourner autour des flammes et va se poser sur les cendres . Il y reste un petit instant , immobile et reprend son envol .  » Je sais maintenant ! « dit mon ami au vent. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, un troisième papillon apparait et se jette immédiatement dans le cœur du brasier , attiré irrésistiblement par les flammes. Alors mon ami se tourne vers la montagne et dit : « merci vous m’avez donné la réponse à la question que je me posais ». Son récit s’arrête là me laissant plus ou moins perplexe sur le sens à donner et la réponse trouvée dans ses montagnes . Doit-on comme le troisième papillon se jeter dans le feu et se bruler les ailes pour connaitre une vérité? Sait-on, de la vie , de l’amour, de la mort la signification qu’au moment ultime?
Que devais-je savoir de sa question initiale et de la réponse apportée par Mère Nature ? C’est à travers la recherche de traductions en français de poètes turcs dont il indiqua les noms que la clé de l’énigme fut résolue. La parabole des 3 paillons fait partie des poèmes et histoires que l’on répète depuis des millénaires dans le cercle des vrais amants comme le dit Attar, un des vieux sages d’ Orient ;
Une nuit les papillons se réunirent pour apprendre la vérité sur la lumière de la bougie.
Et ils décidèrent que l’un d’entre eux devrait aller recueillir des nouvelles de ce rougeoiement qui les intriguait. L’un d’eux s’envola jusqu’à ce qu’il discerne au loin une bougie brûlant à la fenêtre d’un palais. Il ne s’approcha pas et revint dire aux autres ce qu’il croyait savoir. Le chef des papillons écarta son témoignage en disant : « Il ne sait rien de la flamme. »
Un papillon plus passionné que le précédent partit et franchit la porte du palais. Il voleta à la lueur de la bougie ; confus, désireux d’en savoir plus mais craintif et il s’en retourna pour raconter jusqu’où il avait été et tout ce qu’il avait subi et vu ; après son récit, le mentor dit :
« Tu n’as pas les signes de celui qui sait pourquoi la bougie a une telle lueur. »
Un autre papillon s’envola d’un vol vertigineux, se mit à tournoyer ardemment près de la lumière, il s’élança et plongea dans une transe frénétique vers la flamme, son corps et le feu se mélangèrent. Le feu engloutit le bout de ses ailes, son corps et sa tête. Son être s’embrasa d’un rouge violent et translucide. Et lorsque le mentor aperçut ce flamboiement soudain ainsi que la forme du papillon perdue dans les rayons rougeoyants, il dit alors :
« Il sait, Il sait la vérité que nous cherchons,
Cette vérité cachée dont nous ne pouvons rien dire »

Un poète ,Mevlana Djalâl ad-Dîn Rûmî reprend cette image des 3 papillons dans un poème écrit au XIIIeme siècle.
Les personnes  de ce monde sont comme les 3 papillons devant la flamme d’une bougie .
Le premier s’approcha très prés et dit :  » je sais à propos de l’Amour »
Le second frôla délicatement la flamme de ses ailes et dit :  » je sais comment le feu de l’ Amour peut bruler ». Le troisième se jeta dans le cœur de la flamme et consuma .Lui seul sait ce qu’est l’Amour véritable.

0vdVkMAV

Symbolique du feu , des ailes dont le soufisme et les derviches expriment l’ amour divin. Les ailes coupées, le feu qui ne brule plus mais laisse la place aux cendres dans les périodes de doute , de vide intérieur, de peur , de confusion , de fatigue , ou d’ennui. Des voiles de perception tissés par notre Ego, notre  » moi ». Voiles d’illusion bâtis par le cerveau , ces voiles sont personnalités, concepts, caractères , tempéraments, modèles de fonctionnement , désirs inhérents aux personnes nous entourant de plaire ou au contraire de défier et de se rebeller . Il faut apprendre à se débarrasser de ces voiles obscurs pour retrouver le feu brulant coulant dans les veines pour le Bien aimé , Amour de dieu . Dans l’attente et la recherche nous tournons intérieurement sans cesse comme une toupie( comme le font les derviches dans leur rituel extatique) , nous brûlons intérieurement en fondant comme une bougie consumée par le feu. Rumi y fait référence très souvent .  » La lumière propre du visage vient de la chandelle de l’esprit »
Ne reste que parmi les amoureux, des autres éloigne-toi.
Bien que ta flamme embrase le monde,Le feu meurt par la compagnie des cendres.

Se consumer d’ Amour, Mevlana Rumi et ses 60 000 distiques ( poésie composée d’un groupe de 2 vers) se résumait ainsi :  » J’étais cru, je fus cuit , j’ai brulé » ..Le Khamûch .. Le silencieux tel était son nom de plume.

Feu , soleil et atome reviennent en écho dans les écrits, riches d’enseignement à qui sait s’y plonger comme dans les flammes de la bougie pour en déchirer un voile de perception.

« O jour, lève-toi ! des atomes dansent,
les âmes, éperdues d’extase, dansent :
tous les atomes dans l’air et dans le désert,
sache-le bien sont tels des insensés,
chaque atome, heureux ou misérable,
est épris de ce Soleil dont rien ne peut être dit. »

 » Si tu coupes un atome, tu y trouveras un soleil et des planètes tournant alentour,

et si tu coupes ce soleil, il en résultera un feu capable de réduire la Terre en cendres. »

« Tous les atomes qui se trouvent dans l’air, et dans le désert,
Sache bien qu’ils sont épris comme nous.
Et que chaque atome, heureux ou malheureux,
Est étourdi par Ie Soleil de l’âme inconditionnée. »

« La bien-aimée est devenue pareille au soleil,
L’amoureux, tel un atome, se met à danser.
Lorsque tremblote la brise du printemps d’amour,
Chaque branche qui a quelque feuille se met à danser. »

« Dès l’instant où tu vins dans le monde de l’existence,
Une échelle fut placée devant toi pour te permettre de t’enfuir.
D’abord, tu fus minéral, puis tu devins plante ;
Puis tu devins animal : comment l’ignorerais-tu ?
Puis tu fus fait homme, doué de connaissance, de raison, de foi.
Considère ce corps tiré de la poussière :
quelle perfection il a acquise !
Quand tu auras transcendé la condition de l’homme,
Tu deviendras sans nul doute un ange.
Alors tu en auras fini avec la terre ; ta demeure sera le ciel.
Dépasse même la condition angélique,
Pénètre dans cet océan,
Afin que ta goutte d’eau puisse devenir une mer. »

« Je suis l’Océan tout entier, non pas une goutte !
Je ne suis pas un orgueilleux aux faux regards.
Chaque atome à qui je parle en mon muet langage,
S’exclame sans tarder: « Je ne suis pas un atome! »

Goutte d’eau et océan, atome faisant partie d’un tout , des ailes du papillon à celles des anges , les poèmes persans du silencieux Rumi, d’ Attar ne finissent d’inspirer la plume des poètes orientaux. Et ne dirait-on pas à voir tourner les derviches que leurs longues tenues traditionnelles se déploient telles des ailes? Ange ou papillon , à vous d’en éclairer votre chandelle  et d’y trouver une réponse et dans le doute autour d’un feu de camp interrogez donc Mère Nature ! Le vent ou la montagne la souffleront peut-être…