Nouvelle rubrique : Voyage et partage d’archives photographiques familiales d’une petite fraise pour ne jamais oublier ses racines.

wagon-Histoire_plafraise

Archive-Photos-Histoire-PLafraise

détail-Histoire-Espoir-plafraise

 » Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre ; la France en ce temps là ….. »C. Aznavour

Dans quel état J’erre.

Ahayuasca

Une date anniversaire se profile devant moi. Celle du diagnostic qui est tombé comme un couperet , qui a changé la vie , le sens de la vie, des réflexions, des recherches sur la mort, sur les religions, sur la spiritualité ou comment remplir ce fossé qui s’ouvre à ce moment là , ce présent à l’avenir si incertain voire même sans avenir terrestre. Date anniversaire qui rapproche de la délivrance du cap des 5 ans de rémission pour devenir guérison totale ( tel que la médecine le détermine). Le crabe, le dragon , le cancer . Ce mot qui fait si peur, ce mal qui devient si fréquent dans notre société industrialisée.

 

Cette maladie affecte autant le patient que son entourage. Celui qui le subit de plein fouet est certainement le conjoint, le ou la partenaire et compagnon de vie de couple, les parents, les enfants, les amis, les collègues de travail etc…On ne dira jamais assez le trouble et le désarroi dans lesquels sont plongés alors les personnes autour du patient lorsque celui-ci dévoile sa maladie. Elle est sienne car il l’a vivra activement dans sa lutte, dans les effets secondaires des traitements, dans les bouleversements physiques, psychiques et mentaux qu’il va affronter. Passifs , se sentant démunis, impuissants confrontés à leurs propres représentations mentales de la maladie, l’ invalidité, l’handicap et de la mort , certains fuient non par lâcheté ou par indifférence . Il est parfois difficile de trouver les mots et oser parler de ses propres angoisses, ses peurs, ses démons intérieurs. Quelle attitude adopter? L’établissement qui m’a pris en charge n’était consacré qu’à cette pathologie. Chaque membre du personnel hospitalier y travaillait par sensibilité propre, par choix. L’éducation en Santé et l’éducation du patient et de son entourage n’est pas un vain mot . Une discussion à bâtons rompus avec l’équipe « éducative » , une oncologue, une infirmière cadre, une psychologue a répondu à beaucoup de questionnements anticipant l’aide à l’annonce pour ma fille jeune pre-adolescente . Un livret illustré m’a été remis . Plusieurs chapitres détaillent , dans un vocabulaire adapté à chaque tranche d’âge , les symptômes, les traitements, les effets secondaires afin de préparer et de répondre aux grandes interrogations ou peurs des enfants et adolescents. Nous l’avons lu ensemble sans occulter le sujet de la mort. En toute honnêteté, il faut dire que cela a précipité toutes les démarches d’organisation de tout ce qu’un parent isolé doit prévoir en cas de décès : vérifier ses clauses d’assurance décès, crémation ou enterrement avec la prise en charge financière des frais occasionnés ( he oui , on n’y pense pas lorsqu’on se sent toujours jeune et en pleine santé!) mais surtout sereinement trouver les accords harmonieux pour celui ou celle qui accueillera son enfant, la chair de sa chair , définir ce futur tuteur légal .
Quelle paix intérieure une fois cette étape franchie. L’acceptation de ne pas être immortel , d’appréhender en toute conscience cette possibilité qui étonnamment déclenche une énergie de vie sous toutes ses formes. Un avantage certain de par ma profession para médicale , confrontée à Dame la mort en multiples occasions, les phases d’acceptation de la maladie , de sa morbidité ont été franchies à une vitesse record. Ceux qui ont eu plus de difficulté et certainement de souffrance morale dans cette épreuve sont mes parents . Ce n’est pas dans l’ordre des choses que de concevoir la perte d’un enfant , quelque soit son âge . Il n’y a rien de plus injuste, de plus inhumain . Volontairement, je suis restée géographiquement éloignée d’eux afin de leur éviter la vue d’une déchéance physique occasionnée et par la maladie et par la lourde artillerie mise en œuvre . Certains des lecteurs réguliers de ce blog ont certainement lus entre les lignes ce qui n’arrivait pas à être explicité ouvertement à cette période. Et pourtant , les clés y figuraient. Pudeur ou jardin secret , il en a été ainsi pour les amis, les connaissances.
Esprit positif ou ouverture de conscience, cet accident de parcours de vie m’a emmené et me guide encore sur une route incroyable. Il est devenu comme évidence de ne plus se projeter dans l’avenir mais de vivre pleinement le présent , le ici et maintenant . Sentir comme nécessaire de s’économiser , utiliser autrement son énergie vitale , la canaliser et découvrir en soi des ressources inestimées , des envies non , plus fort en soi des désirs , des forces , des besoins, des aspirations , de l’intention .

Devant une épreuve de vie se pose naturellement la recherche de vérité, la quête de réponse , d’espoir dans la religion ou la spiritualité. Peut-on opposer ces 2 mots alors qu’ils se complètent peut-être? Loin de moi l’idée de demander l’aide d’un dieu, de me mettre à prier , de réclamer un miracle. Les questions essentielles :pourquoi je vis? Y a-t-il un but? Ais je une mission à accomplir? Qu’y a-t-il après la mort? On ressent un sensation de soif de connaissances ou plutôt de décodage , décryptage de ce qui est inscrit au fond de soi même , cette partie d’iceberg immergé qu’est l’inconscient et qui possède tant de réponses, tant de connaissances , tant de savoirs: la sagesse diront certains.
Une personne ordinaire évite de se poser des questions sur la mort , dans ses préoccupations du quotidien. Abreuvée par les images incessantes de carnage, de charniers, de cadavres liés aux guerres, aux épidémies, à la famine et tous les fléaux du Monde clivé entre le Bien et le Mal, l’ Industrialisé, l’Emergent et le laisser pour compte, cette personne ordinaire se réfugie dans les images d’Epinal, les clichés , les représentations mentales( selon sa perception, ses croyances, son éducation, sa religion…) d’un paradis promis en attente d’une rédemption . Recherche d’un absolu d’un sens à l’abstraction : je vais mourir et après ? Ya t’il un après ? . Le fait de régler le « après » pour ma fille a balayé toutes les peurs, toutes les craintes . Et combien même il n’existe rien après , je n’en avais plus peur .Les angoisses centrées sur les mystères entourant le moment du passage de la vie à trépas laissaient place à un esprit serein . Cette quête obsessionnelle lorsqu’on l’arrête , lorsqu’on se pose pour un temps , lorsqu’on saisit sans savoir comment que la réponse ne vient pas de l’extérieur mais de son propre intérieur par un temps hors du Temps et des habitudes du quotidien ( relaxation, exercices respiratoires et d’écoute, méditation…). Ne plus écouter la petit voix intérieure, appelée différemment selon les croyances, les représentations mais s’ouvrir au contraire à un silence intérieur .

C’est la vie et non la mort qui est un défi , qui est une lutte. De patiente passive , je me transforme en guerrière . Concentrer son énergie , vaincre ses peurs , se laisser emportée par les rêves si nombreux en ces périodes de sommeil perturbés. Accepter les gênes, les incapacités , les impossibilités , les transformer en autre chose , faire à chaque instant un apprentissage sur le vif , ressentir une joie de passer chaque jour une marche de plus sur l’escalier de la vie … troubles de sensibilité fines des extrémités (fourmillements des pulpes des doigts empêchant de bien percevoir les objets) chute des ongles , ces magnifiques pinces à épiler naturelles qui vous permettent d’attraper les objets minuscules .. Au quotidien ne plus être capable de boutonner ses habits. Qu’à cela ne tienne , vive les vêtements amples qu’on enfile sans peine . Emprunter les chaussures à velcro de sa fille .. Et vous faites 2 heureuses , l’une se sentant utile à sa manière et l’autre ne faisant pas supporter le poids de la dépendance et ne se lamentant pas sur son sort , passant outre les difficultés du quotidien . Fini de lire compulsivement des écrits, des témoignages, des études scientifiques ou ésotériques mais vivre l’instant au jour le jour dans le « ici » et faire avec, faire autrement ou ne pas faire.
En relisant des écrits, en revoyant les peintures , sculptures , produits en cette période me vient la sensation de m’être échappée volontairement d’une réalité qui n’était plus mienne . Cette énergie créatrice, ce besoin vital d’exprimer , de noter, de métamorphoser une perception différente : sauter dans un espace temps ou sembler agir sous une conscience accrue , un peu comme ces témoignages de voyage psychédélique sous drogue psycho active … C’est parfois avec la sensation bizarre qu’une autre personne , qu’un autre moi-même ait tenue le pinceau ou pianoter sur les touches du clavier informatique. Serait-ce l’ effet des toxiques injectés ou effet rebond de l’organisme , de mon propre système cérébral en ébullition ? Comment expliquer rationnellement cet état de vigilance ou de conscience accrue , cette perception différente des éléments entourant par une sélection des informations comme le besoin d’aller à l’essentiel, de trouver et ressentir l’essence des êtres et des choses comme pour m’en imprégner avant de disparaitre .
Ne pas connaitre les mots pour exprimer les sensations , les émotions éprouvées par ce corps qui n’était plus vraiment le mien , je me vivais comme dépossédée de cette enveloppe de chairs et d’os appartenant désormais à la Médecine , touchée , par les seules mains thérapeutiques . Expérience qui n’avait pas d’écho dans mes souvenirs , mon vécu , mon histoire propre ne pouvant faire appel au cerveau cognitif .. Ce biais artistique , cette flambée intellectuelle était comme l’unique moyen de traduire les émotions, sentiments et pensées . Le corps physique défaillant déplaçait l’énergie vers d’autres modes d’expression, de communication.

sukhi Barber

Narcissique , égocentrée ou au contraire sentiment d’indifférence, c’est un combat des nombreuses facettes du caractère ou de la personnalité qui se sont affrontées dans cette guerre. Ne pouvant faire preuve d’objectivité, seules les personnes de mon entourage, les amis, la famille, les « aidants » et les soignants pourraient décrire celle qu’ils ont entraperçu, « vu » ou ressenti . Non pas une victime qu’il fallait secourir mais plutôt une femme et une mère ne baissant pas les bras face à l’adversité, face à la fatalité cherchant à garder l’expression de son essence, la Femme au sens plein et vrai du terme, dans ses désirs, ses aspirations dans son  » être » et son  » devenir », dans son « intériorité » Un choix s’imposa d’emblée : essayer d’être le stratège pour cette bataille à mener. Privilégiant tant faire se peut l’hospitalisation de journée ( c’est-à-dire le maximum de bilans, de consultations avec les spécialistes, les soins, les interventions chirurgicales en déambulatoire avec le minimum de nuitées passées loin du domicile) le rôle primordial de mère a certainement été l’arme la plus redoutable contre la progression insidieuse du crabe. La volonté de ne pas montrer ou de ne pas laisser place à la souffrance morale afin d’en protéger au mieux celle qui vivait au quotidien, qui risquait de devenir l’éponge à émotions , ma fille .

Incroyable de voir ce que l’être humain est prêt à faire pour lui-même et pour les autres . Il est à la fois capteur et producteur d’énergie. Energie, élan vital , notion difficile à mettre en mot qui se perçoit comme un flux circulant, une pulsation interne qui pousse à agir , à mouvoir une force intérieure plaçant l’organisme en situation holistique, ouvrant une porte à l’auto- guérison . Ce terme ne signifie pas l’abandon des thérapeutiques mais la capacité mise en œuvre par l’individu à mettre en place toutes les ressources physiques, mentales et psychiques pour lutter efficacement contre les facteurs d’agression. L’état de rémission face à la maladie , par le choix en libre arbitre de vivre et non de survivre, d’accepter jusqu’au risque ultime qu’est la mort , d’agir en décisions et actes de responsabilité personnelle a ouvert des dimensions , des passages vers d’autres réalités , un autre état de conscience , un processus de changements dans les comportements et habitudes de vie (extérieur), une grande période d’errements intellectuel et spirituel menant à une voie de guérison. Dans quel état j’erre, sur quelle étagère de la bibliothèque intérieure que chacun a au fond de soi, se trouve une encyclopédie de connaissances dont on semble en ignorer l’existence et qui se manifeste pourtant au moment opportun en nous ouvrant un de ces volumes reliés à l’humanité toute entière. Dévoilant les capacités adaptatives à une situation ou l’influence du mental, de l’esprit, de l’émotion, de la pensée pouvant modifier complètement une expérience. Colère, peur, haine laissent place à une sérénité, une joie de profiter de chaque petit instant . Ces livres de sagesse posés comme autant de marches d’escalier s’ouvrent à nous cycliquement au travers des expériences, des accidents de parcours, des chutes sur le sentier tortueux de la vie. Schizophrénie, crise mystique ou crise de foi chacun y pose un nom . Dans la quête spirituelle, difficile de ne pas noter les lacunes dans nos connaissances actuelles des bases et fondements des religions. L’histoire ancienne par transmission orale puis écrites est déformée plus ou moins volontairement par le truchement des traductions approximatives ou d’interprétations de maitres à penser, la destruction ou la disparition pour censure de textes anciens . Il y a cependant beaucoup de vérité contenues dans les doctrines de toutes les religions, malgré les distorsions et les pures inventions narrées dans un mode de récit. Surprenant lorsqu’on s’y plonge de noter des points communs dans des événements « retranscris » comme l’épisode du déluge, des similitudes de symboles se retrouvant encore de nos jours dans des objets aussi anodins que peut l’être un chapelet catholique , tchotki ou lestovka pour les orthodoxes, le sabha ou misbaha des musulmans, lesbih turc, màlà ou nenju juzu ou yu dsu selon qu’il soit bouddhiste, hindouiste, amidiste ou sikhiste. Une corde, un collier , des grains et perles pour autant de prières. L’ère de la communication sous toutes ses formes, les gurus , faux prophètes, les bonnes âmes prêchent leur bonne parole et vous ouvrent les bras , à vous les victimes en vous promettant la félicité. Attention à l’embrigadement sectaire. Sous couvert d’un développement personnel , vous devenez soumis et esclave consentant soulageant votre porte-feuille plus que vos troubles de santé ou votre psyché.
Lecture conférence , discussions sont les bienvenues pour ouvrir des pistes de réflexions qu’il faut explorer ensuite en solitaire. C’est votre responsabilité personnelle que de mener ce voyage intérieur. La spiritualité , spiritus signifiant le souffle : trouver le souffle de vie intérieure. J’ai ressenti ce souffle , cette source d’énergie en contact avec la Nature mais ceci est une autre histoire. Elle est codée et répertoriée sur l’étagère  « jardin secret » .A vous d’en trouver et d’entrouvrir le livre.

Photographies :1 Alex Grey – 2 Sukhi Barber

 

Solitude – Du sociopolitique à la métaphysique, réflexions sur la solitude de l’homme contemporain

abstract-computers-glowing-keyboards-men-photo-manipulation-sitting-thinking-waiting-300x168

« La grandeur d’un métier est peut-être avant tout, d’unir les Hommes.
Il n’est qu’un luxe véritable et c’est celui des Relations Humaines.
En travaillant pour les seuls biens matériels,
nous bâtissons nous-mêmes notre prison,
avec notre monnaie de cendre
qui ne procure rien qui vaille de vivre. »
Antoine de Saint Exupéry
Dans le monde occidental où n’ont jamais autant existé de moyens diverses de communication entre les hommes, existe le paradoxe de s’y sentir parfois tres seul. La solitude , acte volontaire ou subi n’a pas le même sens , les mêmes conséquences. Les nouvelles technologies relayant les réseaux sociaux et les centaines de contacts, « d’amis » permettant de rester connectés quelque soit l’heure ou le lieu avec la multitude (près d’ 1 milliard d’inscrits sur Facebook) ne nous rendent – elles pas prisonniers d’un virtuel monde social, d’une pseudo réalité ? Se sentir seul ou être solitaire , notions totalement différentes…

La définition du mot Solitude : état ponctuel ou durable d’un individu seul qui n’est engagé dans aucun rapport avec autrui.Elle est vécue différemment selon qu’elle est choisie ou subie.Lorsqu’elle devient synonyme d’isolement, séparation, éloignement, absence et perte, elle s’associe au manque , au refus de relation sociale ou à l’absence physique d’autrui.Parfois, elle est choisie intentionnellement suite à une épreuve de vie, perte d’un proche, maladie, divorce, séparation amoureuse, perte d’emploi ou besoin de se retrouver, d’avancer dans une introspection.
Elle est réponse psychologique à la perte d’un être cher . On se sent seul face à cette épreuve même au sein de son entourage . Elle est cheminement personnel face à la mort. La peine ou la souffrance de la perte d’un proche ne semble pas pouvoir être partagée ou soulagée par l’empathie de « l’autre » . Comprendre sans s’approprier cette douleur, cette souffrance, cette expérience. Isolé dans sa bulle, les mots, les gestes ne peuvent consoler ou aider .Faire son deuil, accepter le départ « définitif », l’absence, l’envol de l’être aimé se vit individuellement. La solitude est aussi une période nécessaire ou dictée par les us et coutumes socioculturels.

La solitude : conscience douloureuse de l’absence matérielle d’autrui autour de soi ou sentiment intérieur d’être seul . Il est ainsi possible de se sentir seul dans une foule ou au sein même de sa famille, de son couple. Abandon , délaissement, l’impression de n’exister pour personne : tels sont les termes que l’isolement de l’homme moderne face à des idéaux extérieurs, à sa superficialité et son narcissisme . Le monde occidental est le reflet d’une société oubliant de vivre dans le présent , aliénée au passé ou au futur où le dernier gadget high-tech est érigé en idole. Loin du sens profond de l’existence il présente, dans cette solitude, les signes d’un syndrome d’irréalité : plus individualiste, égocentrique angoissé, dépressif ou en confusion intérieure, manque de confiance en autrui et en soi-même. Devenu machine à gagner d l’argent pour réponde à de faux besoins, c’est dans cet isolement qu’il mène une course effrénées après une continuelles insatisfaction. Notre société industrielle d’hyperconsommation où la domination économique prévaut sur celle de la politique ( au sens général du terme) et de la culture est une société de masse urbanisée ayant perdu les racines du clan , de la famille ou de la tribu. C’est dans l’anonymat que cohabitent des personnes ayant quitté leur région d’origine pour répondre à la mobilité professionnelle . Famille éclatée devenue nucléaire, population vieillissante dont leurs descendants rejettent la prise en charge , lors de leur perte d’autonomie, couple ne vivant pas sous le même toit en grand principe de ne pas tuer le « capital amour » par l’usure du quotidien…Les socionautes, tels qu’ils sont appelés , utilisateurs des réseaux du Net ont tendance à modifier leurs usages et leurs comportements. L’utilisation  » intime » laisse place à un profil « Socio-Conso « . Plutôt que d’échanger des événements de la sphère privée, les français , en ligne, se mettent à  » liker », à suivre une marque, une entreprise ouvrant les portes vers les webs vendeurs. Un clic pour annoncer à la terre entière être le nouvel acquéreur d’un livre, d’une voiture, d’un appartement au même titre que la naissance d’une idylle ou d’un enfant n’empêche pas cependant d’ignorer jusqu’à l’identité même de ses voisins de palier. Qui sait si un des 1500 (ou plus) individus , en France, surveillés et suspectés d’appartenir à la mouvance Djihadiste n’est pas l’un d’entre eux???

1x_com-Bubble-by-Tommy-Ingberg

Des études contradictoires sur les internautes vivant par réseaux sociaux, jeux en lignes etc. montrent soit l’image d’ isolés volontaires , prisonniers dans une geôle de la virtualité ( hors de la vie quotidienne réelle, les No-Life à l’instar des Hikikomoris japonais), soit au contraire enrichis d’une ouverture sur le monde en interaction avec d’autres . Certains mettent en avant la richesse de leurs échanges, de la communication avec des personnes qu’ils ne pourraient rencontrer dans leur village , localité où ils résident . Loin des zones urbanisées, en déplacement perpétuel au sein d’une famille nomade ou rendue comme telle par des mutations professionnelles régulières ou par les aléas de la vie ( déplacés climatiques, réfugiés, émigrés ou voyageurs volontaires ) se sent ainsi citoyen du monde . De sa propre initiative, il se connecte ou non avec ses semblables ou , au contraire, avec des êtres totalement différents de lui apprenant au travers d’une amitié dûment choisie une langue, une culture, une pensée, une philosophie et un mode de vie lui permettant d’appréhender et de chercher à mieux comprendre autrui, l’Humain, lui-même.
Le temps solitaire n’est pas synonyme d’enfermement volontaire dans une cellule d’isolement carcérale ou psychiatrique lorsqu’elle est période de méditation, temps de réflexion . Il est nécessaire de s’isoler dans sa bulle, son jardin secret, son espace encore plus intime et privé . Temps d’introspection , de prise de recul pour mieux analyser ou ressentir (selon l’ utilisation du raisonnement ou de l’intuition), il ouvre tres souvent la voie à une production personnelle de songes, de pensées constructives , de désirs. Il peut alors se traduire par un besoin créatif d’expression ( écrits, photographiques, picturaux ou des formes plus singulières « artisanales » de bricolage voire même culinaires. A chacun sa recette ! Ce n’est pas devenir misanthrope en rejetant et en détestant le genre humain ou se croire au dessus de tous , un peu comme un dieu ou un monstre ( Aristote). Inverse du temps de fuite née d’attentes ou d’espoirs déçus ou de pessimisme excessif. Ce solitaire volontaire, est vécu comme suspect, comme pathologique ou « anormal ». Il est pourtant , par son autonomie, plus sociable et plus libre, loin de la massification de nos sociétés. Rien ne l’empêche d’aider les autres lorsqu’il le peut, d’offrir une qualité d’écoute sans aucun jugement, d’être en connexion étroite et profonde au travers d’une neutralité bienveillante. Loin de proposer un bien matériel ou financier, le solitaire philanthrope s’octroie d’abord un temps pour lui , un voyage intérieur de lucidité, de paix et de sérénité , ouverture vers la pleine conscience, aux confins du royaume de la sagesse . C’est cette piste, ce sentier qu’il peut alors donner comme un trésor, une lumière, une chaleur humaine, un réconfort, une source d’inspiration aux autres.

Pink-Floyd-The-Endless-River-cover-art

Certaines activités demandent à être solitaire. Il en est ainsi de la lecture. Certes, les lectures publiques revêtent une autre dimension mettant en action les zones cérébrales liées à l’audition (temporale). Le ton , le phrasé, l’accent du « lecteur » donnent une version subjective, une interprétation. La lecture solitaire est un acte d’identification ou d’analyse en comprenant ce qui est lu révélateur des sentiments et pensées exprimées qui existent déjà (partagées ou non ). Cette solitude intérieure se peuple et s’aménage d’autant de source de plaisir, petits bonheurs, richesse, foisonnement de questions.. Les autres moyens éducatifs ou distractifs télévision , conférences, spectacles, jeux ne sauraient remplacer cette nourriture de l’esprit. Elle est moment propice à la pensée, la créativité, le rêve, la lucidité ou le délire. La solitude est toujours accompagnée de folie ( Marguerite Duras). La dépendance systématique à autrui, le besoin en permanence du regard, de l’avis, de l’approbation d’une tierce personne proche ou étrangère voire quasi anonyme n’en serait-il pas plutôt un signe?

photomontage-Joachim-Beyrowski-wikilinks-1

La solitude revêt donc plusieurs dimensions, une sociopolitique, métaphysique et pratique. Destructive, pouvant mener à une traversée de désert social (dépression, troubles psychologiques et psychiatriques, addictions toxicologiques ou médicamenteuses, suicide), elle est constructive , nécessaire dans les étapes d’acquisitions, d’engrangement et de mémorisation Elle n’est donc pas vécue comme un cachot, un malheur , une pénitence. Cette mise en relation avec soi-même pour apprendre, comprendre, créer, innover permet alors une mise en relation de qualité avec autrui pour échanger, communiquer, partager . Elle n’est ni individualisme, ni indépendance, ni indifférence, ni désordre, ni marginalité avec lesquelles elle est souvent associée ou confondue. Elle est autonomie : gestion de soi, dans nos relations avec notre environnement et avec nous-mêmes ce qui suppose la capacité de gérer nos propres actions dans notre durée et dans notre espace , de nous auto-positionner , de nous auto-évaluer , d’être responsable du sens que nous donnons au réel.

Réflexions sur la solitude, les relations humaines suite à la lecture d’articles ou de remarque sur le thème de la solitude de l’homme moderne , d’une enquête de société sur l’influence des réseaux sociaux ( enquête menée en France en 2013 par l’institut Harris interactive sur le baromètre des réseaux sociaux en France)

Photos:1 trouvée sur le Net- 2 Tommy Ingberg-3 Ahmed Emad Eldin(illustration pour pochette de l’album The Endless River-Pink Floyd)-4 Joachim Beyrowski

With a little help from my friends.. un petit clic , amis ? :)

Ils ont besoin d’une petite aide , J’ai besoin, vous aussi ? Soyons des  » little helpers » .Il ne reste que quelques heures pour basculer d’un aujourd’hui à un demain nouveau . Faisons notre présent .Un petit clic  …. help , I need someone  , Help … Qui mieux que joe Cocker, Les Beatles, Les Rolling Stones et .. clin d’oeil à un site musical où nous avions aidé ces  » little helpers » à arriver en Home page .. :).

https://chiarasolere.wordpress.com/2014/12/30/nous-avons-besoin-de-vous/

Noël, du coeur au ventre.

162990_178428098854219_3125774_nIl flotte dans l’air comme des petites rengaines de chants d’enfants , des lumières et décorations, des peintures aux vitres des commerçants, des flocons de neige, une étoile brillante au firmament.
Il flotte comme un vent mélancolique et un peu hystérique. Noël approche, Noël arrive et son chargement de bons sentiments, de joie, de paix et de renouveau, de prières, de bras chargés de cadeaux. Mais il y a aussi la misère, la solitude, le ventre vide, le ventre creux, le ventre qui crie famine, celui qu’on empoisonne et assassine. Il y a des ventres et des nœuds , ceux des emballages de surprises qu’on prépare et qui gonfleront les poubelles .

192111_195188157178213_6816217_oIl y a les ventres de ceux et celles qui se taisent à jamais .des ventres stériles qui n’enfanteront pas, ceux qui ont vu germé quelque espoir, ceux qui ont refusé la maternité, ceux qui ont donné du bonheur aux autres , ceux qui ont vu germé la différence , la tolérance. Il y a des « pourquoi? », des  » comment? », des « pour qui? » sans réponse.
Il ya des ventres et des cœurs. Des cœurs qui battent à tout rompre, qui donnent, qui aiment sans rien vouloir, sans rien attendre en retour . Il y a ce monde avec des ventres et des cœurs qui disent :  » j’ai ou je veux… » et qui ne savent plus qui ils sont. Il y a ce paraitre au lieu d’être, ce avoir au lieu de ressentir, cette haine au lieu de la compassion, consommation ou religion .
child2 (2)

Il y a ce conte de Noel qui ne peut plus s’écrire .Qui y croirait encore? Noël …Joie, amour et paix ? Il y a cette trêve peut-être , dans une autre réalité d’un enfant qui nait …il y a ses yeux qui s’ouvre, son premier souffle, son premier cri, sa découverte du monde , de notre monde. Qu’allez-vous lui offrir à ce petit d’homme, son ici et maintenant , un monde frelaté, pollué, trafiqué, génétiquement modifié? Où est donc passé le sens de pureté, d’innocence pour ce nouveau-né? Il y a ses interrogations et déjà il pense …..il y a l’inachevé, il y a ….. le silence !

Inachevés-PLafraiseTexte et photographies : Pascale Lafraise

MANTRA-OM GURVAY NAMAHA-VYANAH

Gratiferia , qu’es aco ?

gratiferia, sourire

Né dans la capitale argentine, le concept de la gratiferia fait fureur et a déjà conquis de nombreuses villes à travers toute la France depuis plus d’un an. Qu’es aco, qu’est-ce que c’est ?L’idée est simple, il s’agit de donner le superflu sans rien attendre en retour, pour que plaisir d’offrir ne rime pas avec consommation effrénée. Ariel Bosio, initiateur de la Gratiferia( néologisme de langue espagnole) en a lancé le mouvement en Argentine, il y a 4 ans:  » j’ai découvert que je pouvais vivre avec moins d’affaires que ce que je possédais et que c’était surtout une question d’habitude.[..] Chaque jour , nous sommes un peu plus nombreux à adopter cette nouvelle forme de partage  » . Le marché gratuit festif fait des émules dans de nombreux pays. Altermondialistes ou simples citoyens cherchant à partager une autre vision que celle de notre société de surconsommation font des émules dans de grandes villes de France mais aussi dans de petites communes de moins de 250 habitants. Les « mauvais voisins » , traduction de l’occitan de Mauvaisin, en Haute Garonne (218 âmes au dernier recensement ) voue convie chaque premier dimanche du mois à découvrir, hormis son château, sa gratiferia.
Ni troc, ni vide-grenier ( fort prisé dans la région), l’échange marchand systématique n’existe pas . Chacun vient avec des objets ou avec rien et repart avec ce qui lui plait ou ce qui lui est utile. On donne et on se sert en toute gratuité. Les participants déposent des  » biens » en bon état ( livres, vêtements, jouets, appareils électroménagers, vaisselle, petits mobiliers, légumes et fruits du potager ou proposent des services ( séance de massage, cours de cuisine, de couture, d’informatique…) , aide ponctuelle en don de compétence . « Un moment de gratuité où vous pouvez apportez ce qui vous plait et repartir avec ce qui vous fait plaisir » . Démarche anti-conso que de mettre à disposition par un système alternatif, la gratuité relançant la circulation de biens dans un cadre non marchand. Objets en tout genre devenus inutiles, superflu pour les personnes prenant de la distance avec les possessions matérielles circulent ainsi et profitent à d’autres.

Pas de buvette ou de stands de restauration, le principe de l’auberge espagnole ( apporter plats et boisson et mettre à disposition en geste de partage ). Plaisir et rencontre sont les maitres mots en ce lieu et est l’occasion de discuter, de nouer des relations. » Amenez votre sourire et votre envie de rencontrer les autres » en et l’invitation .
La Gratiferia de Mauvaisin a vu le jour à l’occasion de manifestations culturelles en milieu rural organisées par Un dimanche à la campagne. Spectacles, ateliers, concerts, expositions, débats, journée à thème, festival, résidence d’artistes etc… La prochaine a lieu dimanche 11 octobre , dans le cadre de : Y’en a marre d’attendre ! Où toute la famille est conviée à des ateliers surprenant comme le tirage photo au café et à la vitamine C, spectacles et concerts au prix libre d’entrée.

Une seule ombre au tableau: comme pour ces marchés , les vide- greniers, bourses d’échanges , le risque de retrouver l’objet sur un site de vente d’occasion . Les professionnels de la brocante, du profit ne sont jamais loin. Une charte est parfois instituée . Ne pas venir avec un véhicule utilitaire, rester raisonnable dans ce que l’on prend. On en repart souvent les mains vides mais le cœur rempli de chaleur humaine, d’idées nouvelles et la preuve d’une étape franchie vers la transition.
Il n’a fallu que quelques années pour que ce concept se répande de pays en pays, de la ville à la campagne et qu’un évènement annuel devienne une institution sur la commune de Mauvaisin . Ces « mauvais voisins » ont décidément un savoir- être qu’ils transmettent : le plaisir d’offrir dans un sourire, une simplicité volontairement 100% gratis rompant ainsi les dogmes de la société de consommation.