Baobab -Film animation 3D (Supinfocom, Arles 2012)

A tire d’ailes , quand 3 papillons font s’exprimer le  » silencieux » .

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Un jour, un ami turc nous conta une histoire: Assis près d’un feu de camp , lors d’un séjour dans ses chères montagnes, il se met à contempler les flammes t part dans un temps de rêverie et de questionnement ‘intérieur ». Ce qui le sort de sa torpeur est le bruissement d’ailes, ce léger bruit de frémissement dans l’air . Il voit un papillon voleter autour du foyer de pierres où sont posées les buches de bois enflammées. Le paillon se pose sur l’une des pierres, déploie ses ailes somptueuses et s’envole vers les prés. Mon ami se dit alors : « je sais ». Mais un autre papillon s’approche de lui , volète autour de lui. Il se met à tourner autour des flammes et va se poser sur les cendres . Il y reste un petit instant , immobile et reprend son envol .  » Je sais maintenant ! « dit mon ami au vent. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, un troisième papillon apparait et se jette immédiatement dans le cœur du brasier , attiré irrésistiblement par les flammes. Alors mon ami se tourne vers la montagne et dit : « merci vous m’avez donné la réponse à la question que je me posais ». Son récit s’arrête là me laissant plus ou moins perplexe sur le sens à donner et la réponse trouvée dans ses montagnes . Doit-on comme le troisième papillon se jeter dans le feu et se bruler les ailes pour connaitre une vérité? Sait-on, de la vie , de l’amour, de la mort la signification qu’au moment ultime?
Que devais-je savoir de sa question initiale et de la réponse apportée par Mère Nature ? C’est à travers la recherche de traductions en français de poètes turcs dont il indiqua les noms que la clé de l’énigme fut résolue. La parabole des 3 paillons fait partie des poèmes et histoires que l’on répète depuis des millénaires dans le cercle des vrais amants comme le dit Attar, un des vieux sages d’ Orient ;
Une nuit les papillons se réunirent pour apprendre la vérité sur la lumière de la bougie.
Et ils décidèrent que l’un d’entre eux devrait aller recueillir des nouvelles de ce rougeoiement qui les intriguait. L’un d’eux s’envola jusqu’à ce qu’il discerne au loin une bougie brûlant à la fenêtre d’un palais. Il ne s’approcha pas et revint dire aux autres ce qu’il croyait savoir. Le chef des papillons écarta son témoignage en disant : « Il ne sait rien de la flamme. »
Un papillon plus passionné que le précédent partit et franchit la porte du palais. Il voleta à la lueur de la bougie ; confus, désireux d’en savoir plus mais craintif et il s’en retourna pour raconter jusqu’où il avait été et tout ce qu’il avait subi et vu ; après son récit, le mentor dit :
« Tu n’as pas les signes de celui qui sait pourquoi la bougie a une telle lueur. »
Un autre papillon s’envola d’un vol vertigineux, se mit à tournoyer ardemment près de la lumière, il s’élança et plongea dans une transe frénétique vers la flamme, son corps et le feu se mélangèrent. Le feu engloutit le bout de ses ailes, son corps et sa tête. Son être s’embrasa d’un rouge violent et translucide. Et lorsque le mentor aperçut ce flamboiement soudain ainsi que la forme du papillon perdue dans les rayons rougeoyants, il dit alors :
« Il sait, Il sait la vérité que nous cherchons,
Cette vérité cachée dont nous ne pouvons rien dire »

Un poète ,Mevlana Djalâl ad-Dîn Rûmî reprend cette image des 3 papillons dans un poème écrit au XIIIeme siècle.
Les personnes  de ce monde sont comme les 3 papillons devant la flamme d’une bougie .
Le premier s’approcha très prés et dit :  » je sais à propos de l’Amour »
Le second frôla délicatement la flamme de ses ailes et dit :  » je sais comment le feu de l’ Amour peut bruler ». Le troisième se jeta dans le cœur de la flamme et consuma .Lui seul sait ce qu’est l’Amour véritable.

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Symbolique du feu , des ailes dont le soufisme et les derviches expriment l’ amour divin. Les ailes coupées, le feu qui ne brule plus mais laisse la place aux cendres dans les périodes de doute , de vide intérieur, de peur , de confusion , de fatigue , ou d’ennui. Des voiles de perception tissés par notre Ego, notre  » moi ». Voiles d’illusion bâtis par le cerveau , ces voiles sont personnalités, concepts, caractères , tempéraments, modèles de fonctionnement , désirs inhérents aux personnes nous entourant de plaire ou au contraire de défier et de se rebeller . Il faut apprendre à se débarrasser de ces voiles obscurs pour retrouver le feu brulant coulant dans les veines pour le Bien aimé , Amour de dieu . Dans l’attente et la recherche nous tournons intérieurement sans cesse comme une toupie( comme le font les derviches dans leur rituel extatique) , nous brûlons intérieurement en fondant comme une bougie consumée par le feu. Rumi y fait référence très souvent .  » La lumière propre du visage vient de la chandelle de l’esprit »
Ne reste que parmi les amoureux, des autres éloigne-toi.
Bien que ta flamme embrase le monde,Le feu meurt par la compagnie des cendres.

Se consumer d’ Amour, Mevlana Rumi et ses 60 000 distiques ( poésie composée d’un groupe de 2 vers) se résumait ainsi :  » J’étais cru, je fus cuit , j’ai brulé » ..Le Khamûch .. Le silencieux tel était son nom de plume.

Feu , soleil et atome reviennent en écho dans les écrits, riches d’enseignement à qui sait s’y plonger comme dans les flammes de la bougie pour en déchirer un voile de perception.

« O jour, lève-toi ! des atomes dansent,
les âmes, éperdues d’extase, dansent :
tous les atomes dans l’air et dans le désert,
sache-le bien sont tels des insensés,
chaque atome, heureux ou misérable,
est épris de ce Soleil dont rien ne peut être dit. »

 » Si tu coupes un atome, tu y trouveras un soleil et des planètes tournant alentour,

et si tu coupes ce soleil, il en résultera un feu capable de réduire la Terre en cendres. »

« Tous les atomes qui se trouvent dans l’air, et dans le désert,
Sache bien qu’ils sont épris comme nous.
Et que chaque atome, heureux ou malheureux,
Est étourdi par Ie Soleil de l’âme inconditionnée. »

« La bien-aimée est devenue pareille au soleil,
L’amoureux, tel un atome, se met à danser.
Lorsque tremblote la brise du printemps d’amour,
Chaque branche qui a quelque feuille se met à danser. »

« Dès l’instant où tu vins dans le monde de l’existence,
Une échelle fut placée devant toi pour te permettre de t’enfuir.
D’abord, tu fus minéral, puis tu devins plante ;
Puis tu devins animal : comment l’ignorerais-tu ?
Puis tu fus fait homme, doué de connaissance, de raison, de foi.
Considère ce corps tiré de la poussière :
quelle perfection il a acquise !
Quand tu auras transcendé la condition de l’homme,
Tu deviendras sans nul doute un ange.
Alors tu en auras fini avec la terre ; ta demeure sera le ciel.
Dépasse même la condition angélique,
Pénètre dans cet océan,
Afin que ta goutte d’eau puisse devenir une mer. »

« Je suis l’Océan tout entier, non pas une goutte !
Je ne suis pas un orgueilleux aux faux regards.
Chaque atome à qui je parle en mon muet langage,
S’exclame sans tarder: « Je ne suis pas un atome! »

Goutte d’eau et océan, atome faisant partie d’un tout , des ailes du papillon à celles des anges , les poèmes persans du silencieux Rumi, d’ Attar ne finissent d’inspirer la plume des poètes orientaux. Et ne dirait-on pas à voir tourner les derviches que leurs longues tenues traditionnelles se déploient telles des ailes? Ange ou papillon , à vous d’en éclairer votre chandelle  et d’y trouver une réponse et dans le doute autour d’un feu de camp interrogez donc Mère Nature ! Le vent ou la montagne la souffleront peut-être…

Plume d’ ange – Claude Nougaro


Vous voyez cette plume ?
Eh bien, c’est une plume…d’ange.
Mais rassurez vous, je ne vous demande pas de me croire, je ne vous le demande plus.
Pourtant, écoutez encore une fois, une dernière fois, mon histoire.

Une nuit, je faisais un rêve désopilant quand je fus réveillé par un frisson de l’air.
J’ouvre les yeux, que vois-je ?
Dans l’obscurité de la chambre, des myriades d’étincelles…Elles s’en allaient rejoindre, par tourbillonnements magnétiques, un point situé devant mon lit.
Rapidement, de l’accumulation de ces flocons aimantés, phosphorescents, un corps se constituait.
Quand les derniers flocons eurent terminé leur course, un ange était là, devant moi, un ange réglementaire avec les grandes ailes de lait.
Comme une flèche d’un carquois, de son épaule il tire une plume, il me la tend et il me dit :

 » C’est une plume d’ange. Je te la donne. Montre-la autour de toi.
Qu’un seul humain te croie et ce monde malheureux s’ouvrira au monde de la joie.
Qu’un seul humain te croie avec ta plume d’ange.
Adieu et souviens toi : la foi est plus belle que Dieu.  »

Et l’ange disparut laissant la plume entre mes doigts.
Dans le noir, je restai longtemps, illuminé, grelottant d’extase, lissant la plume, la respirant.
En ce temps là, je vivais pour les seins somptueux d’une passion néfaste.
J’allume, je la réveille :
 » Mon amour, mon amour, regarde cette plume…C’est une plume d’ange! Oui ! un ange était là… Il vient de me la donner…Oh ma chérie, tu me sais incapable de mensonge, de plaisanterie scabreuse… Mon amour, mon amour, il faut que tu me croies, et tu vas voir… le monde !  »
La belle, le visage obscurci de cheveux, d’araignées de sommeil, me répondit:
 » Fous moi la paix… Je voudrais dormir…Et cesse de fumer ton satané Népal !  »
Elle me tourne le dos et merde !

Au petit matin, parmi les nègres des poubelles et les premiers pigeons, je filai chez mon ami le plus sûr.
Je montrai ma plume à l’Afrique, aux poubelles, et bien sûr, aux pigeons qui me firent des roues, des roucoulements de considération admirative.
Je sonne.
Voici mon ami André.
Posément, avec précision, je vidai mon sac biblique, mon oreiller céleste :
 » Tu m’entends bien, André, qu’on me prenne au sérieux et l’humanité tout entière s’arrache de son orbite de malédiction guerroyante et funeste. À dégager ! Finies la souffrance, la sottise. La joie, la lumière débarquent !  »
André se massait pensivement la tempe, il me fit un sourire ému, m’entraîna dans la cuisine et devant un café, m’expliqua que moi, sensible, moi, enclin au mysticisme sauvage, moi devais reconsidérer cette apparition.
Le repos… L’air de la campagne… Avec les oiseaux précisément, les vrais !

Je me retrouvai dans la rue grondante, tenaillant la plume dans ma poche.
Que dire ? Que faire ?
 » Monsieur l’agent, regardez, c’est une plume d’ange. »
Il me croit !
Aussitôt les tonitruants troupeaux de bagnoles déjà hargneuses s’aplatissent. Des hommes radieux en sortent, auréolés de leurs volants et s’embrassent en sanglotant.
Soyons sérieux !
Je marchais, je marchais, dévorant les visages. Celui ci ? La petite dame ?
Et soudain l’idée m’envahit, évidente, éclatante… Abandonnons les hommes ! Adressons-nous aux enfants ! Eux seuls savent que la foi est plus belle que Dieu.
Les enfants…Oui, mais lequel ?
Je marchais toujours, je marchais encore. Je ne regardais plus la gueule des passants hagards, mais, en moi, des guirlandes de visages d’enfants, mes chéris, mes féeriques, mes crédules me souriaient.
Je marchais, je volais… Le vent de mes pas feuilletait Paris…Pages de pierres, de bitume, de pavés maintenant.
Ceux de la rue Saint-Vincent… Les escaliers de Montmartre. Je monte, je descends et me fige devant une école, rue du Mont-Cenis.
Quelques femmes attendaient la sortie des gosses. Faussement paternel, j’attends, moi aussi.
Les voilà.
Ils débouchent de la maternelle par fraîches bouffées, par bouillonnements bariolés. Mon regard papillonne de frimousses en minois, quêtant une révélation.
Sur le seuil de l’école, une petite fille s’est arrêtée. Dans la vive lumière d’avril, elle cligne ses petits yeux de jais, un peu bridés, un peu chinois et se les frotte vigoureusement.
Puis elle reprend son cartable orange, tout rebondi de mathématiques modernes.
Alors j’ai suivi la boule brune et bouclée de sa tête, gravissant derrière elle les escaliers de la Butte.
À quelque cent mètres elle pénétra dans un immeuble.
Longtemps, je suis resté là, me caressant les dents avec le bec de ma plume.
Le lendemain je revins à la sortie de l’école et le surlendemain et les jours qui suivirent.
Elle s’appelait Fanny. Mais je ne me décidais pas à l’aborder. Et si je lui faisais peur avec ma bouche sèche, ma sueur sacrée, ma pâleur mortelle, vitale ?
Alors, qu’est-ce que je fais ? Je me tue ? Je l’avale, ma plume ? Je la plante dans le cul somptueux de ma passion néfaste ?
Et puis un jeudi, je me suis dit : je lui dis.
Les poumons du printemps exhalaient leur première haleine de peste paradisiaque.
J’ai précipité mon pas, j’ai tendu ma main vers la tête frisée… Au moment où j’allais l’atteindre, sur ma propre épaule, une pesante main s’est abattue.
Je me retourne, ils étaient deux, ils empestaient le barreau
 » Suivez nous « .

Le commissariat.
Vous connaissez les commissariats ?
Les flics qui tapent le carton dans de la gauloise, du sandwich…
Une couche de tabac, une couche de passage à tabac.
Le commissaire était bon enfant, il ne roulait pas les mécaniques, il roulait les r :
 » Asseyez vous. Il me semble déjà vous avoir vu quelque part, vous.
Alors comme ça, on suit les petites filles ?
Quitte à passer pour un détraqué, je vais vous expliquer, monsieur, la véritable raison qui m’a fait m’approcher de cette enfant.
Je sors ma plume et j’y vais de mon couplet nocturne et miraculeux.
– Fanny, j’en suis certain, m’aurait cru. Les assassins, les polices, notre séculaire tennis de coups durs, tout ça, c’était fini, envolé !
Voyons l’objet, me dit le commissaire.
D’entre mes doigts tremblants il saisit la plume sainte et la fait techniquement rouler devant un sourcil bonhomme.
– C’est de l’oie, ça… me dit il, je m’y connais, je suis du Périgord
Monsieur, ce n’est pas de l’oie, c’est de l’ange, vous dis je !
Calmez vous ! Calmez vous ! Mais vous avouerez tout de même qu’une telle affirmation exige d’être appuyée par un minimum d’enquête, à défaut de preuve.
Vous allez patienter un instant. On va s’occuper de vous. Gentiment, hein ? gentiment.  »

On s’est occupé de moi, gentiment.
Entre deux électrochocs, je me balade dans le parc de la clinique psychiatrique où l’on m’héberge depuis un mois.
Parmi les divers siphonnés qui s’ébattent ou s’abattent sur les aimables gazons, il est un être qui me fascine. C’est un vieil homme, très beau, il se tient toujours immobile dans une allée du parc devant un cèdre du Liban. Parfois, il étend lentement les bras et semble psalmodier un texte secret, sacré.
J’ai fini par m’approcher de lui, par lui adresser la parole.
Aujourd’hui, nous sommes amis. C’est un type surprenant, un savant, un poète.
Vous dire qu’il sait tout, a tout appris, senti, perçu, percé, c’est peu dire.
De sa barbe massive, un peu verte, aux poils épais et tordus, le verbe sort, calme et fruité, abreuvant un récit où toutes les mystiques, les métaphysiques, les philosophies s’unissent, se rassemblent pour se ressembler dans le puits étoilé de sa mémoire.
Dans ce puits de jouvence intellectuelle, sot, je descends, seau débordant de l’eau fraîche et limpide de l’intelligence alliée à l’amour, je remonte.
Parfois il me contemple en souriant. Des plis de sa robe de bure, il sort des noix, de grosses noix qu’il brise d’un seul coup dans sa paume, crac ! pour me les offrir.

Un jour où il me parle d’ornithologie comparée entre Olivier Messiaen et Charlie Parker, je ne l’écoute plus.
Un grand silence se fait en moi.
Mais cet homme dont l’ange t’a parlé, cet homme introuvable qui peut croire à ta plume, eh bien, oui, c’est lui, il est là, devant toi !
Sans hésiter, je sors la plume.
Les yeux mordorés lancent une étincelle.
Il examine la plume avec une acuité qui me fait frémir de la tête aux pieds.
 » Quel magnifique spécimen de plume d’ange vous avez là, mon ami.
Alors vous me croyez ? vous le savez !
Bien sûr, je vous crois. Le tuyau légèrement cannelé, la nacrure des barbes, on ne peut s’y méprendre.
Je puis même ajouter qu’il s’agit d’une penne d’Angelus Maliciosus.
Mais alors ! Puisqu’il est dit qu’un homme me croyant, le monde est sauvé…
Je vous arrête, ami. Je ne suis pas un homme.
Vous n’êtes pas un homme ?
Nullement, je suis un noyer.
Vous vous êtes noyé ?
Non. Je suis un noyer. L’arbre. Je suis un arbre.  »

Il y eut un frisson de l’air.
Se détachant de la cime du grand cèdre, un oiseau est venu se poser sur l’épaule du vieillard et je crus reconnaître, miniaturisé, l’ange malicieux qui m’avait visité.
Tous les trois, l’oiseau, le vieil homme et moi, nous avons ri, nous avons ri longtemps, longtemps…
Le fou rire, quoi !

Livre ouvert en suspension

jpg_CPLartangage3W« Je lis en toi comme dans un livre ouvert » m’a t’il dit. Se pourrait-il qu’une personne puisse vous connaitre à ce point alors que vous-même , vous ne vous connaissiez pas . Le Connais-toi toi même socratien , inscrit sur le fronton du temple de Delphes : connais toi toi-même et tu connaitras l’univers et les dieux. Toi qui pense tout lire en moi quel langage y vois -tu? Quel alphabet, quels signes, quels hiéroglyphes? Le corps parcheminé de cicatrices te livre des clés pour un des nombreux chapitres de cette biographie. Saurais-tu en le palpant, le caressant y décrypter en braille les passages raturés, censurés , omis volontairement ou cachés dans l’inconscient? Serais-tu plus clairvoyant pour prétendre ainsi savoir qui je suis? Aurais-tu ce sixième sens , un don de double-vue?
Alors uniquement pour toi, aujourd’hui, là, maintenant ,en cet instant je tourne la page et j’ouvre un nouveau chapitre. Il est sans titre puisque tu le connais déjà. Anticipation ou science- fiction, roman de gare ou bande- dessinée, je te laisse seul juge, seul critique pour le ranger dans le rayonnage de ta bibliothèque ou le garder un peu sur tes genoux avant de le jeter .

Lucynda LuIl était une fois …et c’est un conte, un mythe, une légende qui apparait entre les lignes. Toi qui connait l’histoire des divinités à travers les écritures anciennes et oubliées, à travers celles cachées, codées mais inscrites pour toujours dans les espaces incommensurables de l’ univers. Femme sans visage mais piolée de grains de beauté à la signification qui n’a pas de secret pour tes yeux, au parfum connu et reconnu par tes narines, aux murmures et bruits de respiration enregistrés dans ton lobe temporal, cette femme n’a plus de trait ou plus d’attrait. Elle peut pourtant lever le masque et te montrer parfois l’une de ses nombreuses expressions faciales. Méfie-toi cependant : son sourire a le gout salé des larmes si tu y poses tes lèvres, ses larmes celui du sang. Ses cils portent encore la trace d’une goutte de sueur. Qui est-elle ? Aphrodite, Barbara,Chloé,Desdémone,Electre,Fortuna, Gaia,Hélène,Iris,juliette,Kali, Lilith,Mélusine, Némesis,Ophélie, Psyché, Queen, Rhea, Salomé, Thérèse, Ursuline, Victoire, Wanda, Xanthia, Yolande, Zita.
Drôle d’énumération que les facettes et les risettes, les grimaces et les mimiques comme autant de personnages issus d’un opéra bouffe écrit par un compositeur mi profane mi sacré tombant dans la spirale d’un mélimélo chaotique sans fondement, sans règle ni loi.

KYUNGDUK-KimTu les vois , bien sûr ? Tu t’en rappelles sur le bout de tes doigts. Et pourtant, les mots s’effritent au fur et à mesure que tu les lis. Les lettres alphabétiques glissent du sablier de ton temps. Ils sont sans dessus -dessous, ils n’ont plus de sens. Ils sont exsangues. Ils ont perdu l’art et la manière de faire sourire et rire son auteur qui les a couché là par fatigue, par ennui, par dédain. Les phrases s’effacent et celle que tu pensais tenir au creux de la paume se joue de tout, de la ponctuation, de l’orthographe et de la grammaire. Ne restent que des illustrations, des enluminures majuscules, des entêtes, des épithètes, des peut-être. Etre ou croire que tu connais son être, son âme, son existant, son histoire , son présent, son passé. Etre ou ne pas être, vivre ou survivre, exister.
Oui elle existe pourtant cette femme, dans le livre que tu crois maitriser. Au cours de la lecture , tu y retrouveras quelques onces de toi, dans la strophe d’un poème, un paragraphe fantasque , dans le pied de nez d’une métaphore, un oxymore .
Elle est oxymore, antinomie, contradictoire. En voici , livrés clés en main quelques portraits .

B_fR3Oqw2kjYp6O0kjy-Ra_m3o0@800x795Assourdissante dans mes silences,je suis  inculte en le sachant, stérile dans l’humour grinçant, cinglante dans l’autodérision sans être dominante, je manie le fouet culinaire. Du martinet encore appelé le chat à neuf queues, je ne côtoie que l’ apus apus proche de l’hirondelle. J’en pince pour celles à molette et resserre les boulons plutôt que les tétons et si je frappe, ce n’est qu’en bagarre de polochon et d’oreiller. Griffer la terre du potager ça je sais faire, la bécher, mordre la vie à pleines dents.
Les larmes versées sont celles des fous rires qui me prennent en catimini. Chatouilleuse , je l’avoue sous cette douce torture , à toi, à vous , j’avoue ma culpabilité dans cette fragilité charnelle . Tombe alors en lambeau ma cuirasse protectrice, mon bouclier anatomique , je ne suis pas une bombe atomique, rien de nucléaire si ce n’est les noyaux, les protons, électron libre oui je le suis.
Page blanche qui se noircit , crayon graphite et graffiti, tatouage dans la marge , je copie et recopie, m’inspire et m’exaspère de mots des autres , de clichés et déjà vu, de buzz, de base, de data. Joli cet autoportrait, non? Le livre , sur tes genoux n’est pas une autobiographie ou alors le nègre n’a rien compris aux notes , aux émotions, aux sentiments. Il n’a pas su retranscrire les anecdotes, les détails, les descriptions des lieux, les ambiances. Il doit souffrir d’un Alzheimer précoce ou du syndrome de la crampe de l’écrivain.
Un corps qui se dessine ou se peint à coups de pinceau sensuels, sans queue ni tête et un visage qui devient blême, dont les traits disparaissent, qui se taisent . Ces lèvres dont tu connais la suavité et qui susurrent des mots qui ravissent ton âme, peut -être. Il ya des endroits, des coins et des recoins qui prennent la tangente. Cela devient mathématique, géométrique entre nous. Loin de la romance que la trigonométrie, les rappels des axiomes , loin la magie d’une poésie. Suis -je donc femme rebelle, qui en veut aux féministes destructrices , à ces femmes infidèles à leur propre parfum, à leur propre essence de la féminité et qui arborent des slogans agressifs et répulsifs contre la gente masculine ?
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Tu as de quoi en perdre ton latin . Tu as de quoi aller te réfugier dans de virtuels fantasmes machistes et te contenter d’onomatopées sexuées, stéréotypées, pixélisées.. Contente- toi d’un son mono, la stéréo n’est pas gravée entre les mots, entre les lignes de ce livre. Effet rétro , comme pour l’attaque d’une bille ( on ne dit pas boule, on n’est pas au bowling!) de carambole, de billard avec ou sans poche ; ta queue , de poudre bleue, sur ton procédé devra enduire pour mesurer la juste quantité, la force et le point d’impact, question de pente , d’angle d’attaque . Un massé, queue verticale, un coulé, horizontale et ce point c’est certainement par la bande que tu dois le viser. A toi d’en apprécier l’angle et le rebond!
Les pages se tournent et s’arrachent une à une . Elles s’envolent ? Tu le connais toujours , ce livre ouvert ? Point de mensonges, point de duperie, de cachoterie. Des cachots et pourquoi pas des cachalots ? Les seules baleines sont celles d’un parapluie qui se métamorphosent en ballerines..Une baleine rit , échappée au massacre organisé par nos amis , les japonais. Ni en soupe, ni en cosmétique, elle finira. Baleine sous caillou, anguille sous roche à la mode du Sud Ouest , oui, là bas tout devient disproportionné. Trop , c’est trop et même en visée anamorphique , le cylindre ne vous dévoilera pas l’harmonie du yin-yang , du sourire ou de la moue d’un enfant, pas laid, même s’il ment.

J’ai le cœur sur la main ; je l’ai parfois au bord des lèvres. J’ai un cœur qui bat la chamade, qui chavire, qui chaloupe dans un charivari. J’ai un chat dans la gorge, comme une boule de poils qui ne veut pas sortir, qui m’étouffe parfois. Besoin d’un shaman, d’éviter le chaland qui passe , je suis chafouin et même un cha-cha entre tes bras n’y pourra rien. Les chats de gouttière, les chats huants et les chats perchés pourront bien chercher à transformer des chapiteaux en château, sache que ce livre risque de disparaitre sous une chape de béton armé, de bâtons armant les chasseresses à la recherche des chamois. Arrête ton char, ton charabia et chavire moi plutôt avant la 4éme de couverture. 677ddec56af212ac59c8098d69f22317Sois charmant , je te laisse être le narrateur ou le lecteur. A toi le libre arbitre d’écrire , dans ce livre de la vie , le prologue ou l’épilogue, la préface. Tu seras l’épigraphe , mon homme objet, mon homme esprit de ce livre ouvert dont tu déchiffres en braille les silences délibérés dans toutes mes pages blanches . A toi d’interpréter .N’est pas encore posé le point final, laissons planer le doute . Points de suspension …..

De la mouche à la bouche – au revoir à revoir.

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On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Quand on essaye de leur en faire voir de toutes les couleurs ou au contraire quand on veut les engluer (papier tue-mouche), elles s’envolent à tire d’aile . Plus résistantes que les abeilles qui meurent mystérieusement en ce moment dans les Pyrénées, les ariègeois peuvent le confirmer , elles n’ont pas pris la poudre d’escampette profitant des températures douces de cet hiver qui n’en est pas un .Y a plus de saison disent les anciens.

Je me sens mouche , drosophile… Je prends de la couleur , de la hauteur et me voile la face ou fais face à ce voile qui m’enveloppe , m’absorbe et va faire disparaitre les contours et les bords, les pleins et les déliés d’une calligraphie d’esthète. Je me tâte pour vous dire « Au revoir ». Oh voir , quelle richesse ! c’est lorsqu’on perd un sens , que nous saute enfin au yeux son importance. Je ne vous raconterai pas d’histoire. La vision , je la perds peu à peu. La chambre devient noire et même les lentilles n’y peuvent rien changer. Laconique attente d’une greffe hante ce présent , ici et maintenant. c’est en incapacité prochaine que je me plonge, séants, dans ces derniers instants . Du pinceau, du crayon, sanguine et fusain , j’occupe l’oisiveté qui devient ma compagne. Lire et entrer en conversation intime avec les auteurs en plongeant aveuglément entre les lignes avant que le flou me rende folle. Se mentir, s’interdire de vivre ses rêves , ne pas chercher à parer les coups du sort , mais plutôt comprendre d’où ils viennent autant de paradoxes jetés à la face du monde. Maitre de son destin , de ses choix, je ne serai point servante , esclave ou futile frivole. Apprécier le burlesque de la situation débridée , désinhibée de toutes les conventions, de toute concertation. Gardez tous vos conseils, vos prêches, vos chantages et même vos menaces . La courbe de la vie m’envoie dans cette direction, ce tournant et regardant par dessus une épaule, serrant les omoplates , non pas un négatif ou tout autre cliché mais bien l’opportunité de  mettre enfin à nue, montrer les cicatrices, les empreintes des abus, les mensonges et fausses promesses.

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C’est parfois très gouteux le vinaigre ! Tout comme le pain, il demande un levain , une mère nourricière dont les bonnes bactéries , dans la fermentation réveillent la texture , une mère qui en déclenche  la transformation . Le mot est lâché . Transformer ses fragilités en force, puiser avec douceur et lenteur toute son énergie, se libérer du joug ou de tout autre chaine, ne plus être le boulet d’une société de merde, le couillon de la farce , le pigeon d’argile sur lequel on tire en visée de le faire exploser en milliers de fragments. Pour moi c’est déjà fait . Merci beaucoup la Vie , tu m’enseignes à loisir qu’on ne sait jamais rien sur tout et jamais tout pour rien . Quitter le monde du travail , et comme en liturgie y faire une retraite. Retraite aux flambeaux , c’est la circonstance que de dévaler les pentes enneigées de nos belles montagnes que sont les Pyrénées . Des bougies allumées , des torches ou des lampions  comme autant de lucioles baignent alors les pistes et les skieurs gelés par la froidure nuit , avec un bon vin chaud finiront le cortège.

Il était mille fois l’envie d’écrire, de peindre et de sculpter. Il était cent fois l’envie de publier, d’afficher, de montrer … Il était une fois d’autres couleurs du cœur à jeter sur la toile ou bien sur le papier… me mettre à nue et dévoiler le « moi intérieur », pourquoi pas?

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Chrysalide, papillon, mouche ou insecte kafkaïen, absurde réalité ou éphémère pensée, avant que cet écran ne s’éteigne, que le disc dur ne me laisse en rade, vous offrir quelques mots, quelques tâches, quelques bribes , mes bouées de sauvetage du naufrage de la vue qui se brouille, ce sera à tâtons, pour vous toucher peut-être , moins souvent mais toujours avec cette flamme qu’est la déraison , la dérision et sans aigre rancœur mais plus acidulée et moins édulcorée. Qu’on ne s’y trompe pas , c’est bien un au revoir , un à revoir bientôt quand, de la pupille, non plus en orpheline maladie, munie d’une rustine je referai surface de l’abyssale plongée  . Un peu d’huile de coude et de térébenthine , un peu d’huile de noix pour cette vinaigrette, un nouveau maillot pour une mayonnaise…Mieux que la chantilly pour mieux se régaler . De la mouche à la bouche ,au coin des lèvres se poser et à pleines dents on va croquer la Vie .

Mais, mais , mais …Ceci n’est pas une poésie

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Quand les abeilles disparaissent le reste suit.

Quand le silence se pose

Et que dans la cheminée

Ne reste que la suie

Le vent a-t-il éteint les braises de l’ amour?

Brindilles trop humides , tempêtes enchainées

Malgré tous les efforts de la communauté

Cherchant des solutions inlassablement expose

Des  » et si .. » ,  » oui mais … »

Le brouillard happe tout, efface les contours

Délave les couleurs et tue au fond des cœurs

Le pollen, la semence divine

l’espoir du renouveau

La beauté, le sacré.

L’essence même

Se tarit.

Le sel,

La vie,

Se meurt

S’oublie.

La muse

N’amuse plus.

Sa musette est vide,

Plus de sens.

Où puiser l’énergie?

Il y a des jours sans fin,

Il y a des défunts,

Il y a des insatisfactions

Qui sont de vraies victoires.

Inassouvie sa faim,

Sacrifice inutile ?

Tout le porte à le croire.

S’oublier dans son labyrinthe intime,

Lâcher le fil d’ Ariane ainsi que la raison

Oser périr avec le minotaure

Avoir tors, tors?

Tord du verbe tordre?

Tors du torse ?

Ou torsade?

Et que dire alors du Dieu Tor?

Non ! c’est le T

Qui me tord

Et qui , science infuse

Me donne tous les torts.

Celui de la tortue,

Celui de ma torture,

Celui de ton silence,

Celui du mot absence,

Celui qui n’y est pas

Dans nos mots

Dans nos maux.

Nos ? Mais, mais, mais

Je divague.

Le T de temps

De tant, de tenter

De tempo

De tant pis

Du temps zéro

De SepTembre

De je T’aime,

T perdu à Art.

Qu’est ce que l’ art

s’il a perdu son T ?

Uvée, double vais

Hic se tait.

Y de gré ou de force

Ypsilon, illggnga

Doppiavou

X et kappa…

2,3 ou 4 g,

Impie, 2 π doux

Ok, j’avoue!

Comme les lettres manquantes

Aux latines racines,

Lacunaire victime

Ou otage consentante,

Abeille qui se meurt

De ne pas butiner,

On m’a empoisonné

D’un magique nectar

Qui s’appelle amour,

Qui dans son alphabet

Du K, du W

Du Y et du X

se joue tour à tour

Avec d’autres , peut-être

XX, XY, YY.

C’est ça, théorie des genres?

Basta cosi !

Est-il encore l’heure

De dire , l’amour se meurt

La planète étouffe

De tous ces ego Y stes ?

Etre lu, to be read

Je deviens polyglotte

To be rid

Quand j’entre dans la grotte.

Etre débarrassé de tout cet inutile

De tout ce qui pollue

Mais oui , bien sûr

Déjà..île

Je n’ai plus;

D’aile d’ange

Heureux « il »,

Depuis

Que du puits

La vérité jaillit

Une seule bouche à nourrir

Quelle chance!

Je vais crever la dalle

Du plancher  ou du toit

Du lino(leum),Valentin

Valentine,

Peinture indienne

Tatouage sur mes doigts.

Tu ne dois rien , Pascale.

Ton saint patron ,

Berger et transhumance

Trans-humain!

Tends la main,

Ne sois jamais mesquine.

N’avoue rien ou sinon

Malgré ta transparence,

Amour anti social,

On te vouera la haine

D’être tellement banale

De faire du ba bla bla..

Mais c’est tes rêves

Ce sont, dois- tu écrire

Pour ne pas être mal

Jugée, une fois de plus

Par la majorité.

Manquer de motivation

Jamais! vous m’entendez?

Mais , j’ai été jugée

Et on m’a condamné

Par contumace

Par absence

Par oubli

Je m’efface.

Si un seul mot

Surgit,

Je gis

Sur

Le gîte et le couvert.

Du pain , un toit

Vais-je l’avoir encore?

Pire que ça , serait mon sort

Sortilège! Sortir du cœur

De toi si tu me dis « dehors! »

« hors de ma vue , de mes rêves et de mes fantaisies ! »

Toi , TU … mon tout, mon roi !

La dame de cœur ,dans son château de carte

A perçu , un jour celui pour qui , her heart..

Pouvait comme au poker subir un full

Emportée par la foule…

Môme Piaf

Edith …

Et comme chantait Leo

Le grand , le vrai Ferré

« T’es toute nue sous ton pull

Jolie môme

Y a la rue qu’est maboule

Jolie môme.. »

Désolée Mr Ferré !

J’ai pas fait l’école de la poésie

Et vous appeler à la rescousse

Pour sauver une petite abeille.

Ok , je me mets toute nue

Tant pis pour le coq ou la poule

Je suis maboule!

Tant pis pour la secousse

Si elle est sismique

Alors…

On attend les répliques !

Kronos et Kairos- toi , le Temps , tu ne perds rien pour attendre.

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                                 Le temps s’égrène à la vitesse d’un escargot sur le fil du rasoir ou à celui d’un cheval au galop, selon les circonstances .Kronos ,  quantifié par les mesures montres, horloges, sablier, calendrier . Dates et événements ponctuent cette dimension , date anniversaire de naissance , de mariage, de mort … semaine ponctuée par les jours de labeur et ceux de repos. Quand la vie vous retire de ce système, les jours se ressemblent tant que cette notion d’appartenir au temps physique du chronos s’estompe et vous file entre les doigts . Le temps se dématérialise et ne se mesure plus que dans le ressenti. Relativité de la sensation de temps écoulé comme si parfois les aiguilles semblent paralysées et n’avancent plus.

     Lorsque l’inaction et l’attente alourdissent de leur poids les ailes des heures, que le sommeil n’est pas entré en gare et vous laisse sur le quai à attendre le train suivant. Au contraire, pris dans la passion et la joie , les heures filent et paraissent des secondes denses d’émotions intenses, danse envoutante où l’instant présent devient une éternité sans avant ni après, sans début ni fin, sans vide et sans plein à l’inverse de l’ aïon . Non point de destinée mais c’ est l’opportunité qu’on saisit   .Loin du linéaire Mr Kronos, la sensation d’avoir quitté son enveloppe charnelle et d’être passé de l’autre coté du miroir et c’est à travers la porte ouverte d’une autre perception que l’être profond se sent aspiré.

                Kairos vous fait quitter le monde cloisonné de la mémoire épisodique encodant les évènements vécus. Il vous projette dans l’univers de la mémoire sémantique. Un mot, une image, un parfum , un son , quelque soit la source de la stimulation, le voyage intérieur vous porte sur son flot d’associations d’idées, dans l’abstraction , l’extraction du tic tac obsédant du raisonné, du monde moderne qui courre sans arrêt, le nez sur la pendule qui se conforme aux règles établies, aux normes , à la morale du dictateur  Kronos . Fidèle à lui-même , le temps des rendez-vous, des heures de travail , obligatoire , à respecter. Toujours précis cet homme  qui met de l’ordre et qui régit ainsi le  fonctionnement de la société moderne ( toujours plus, produire plus, vendre plus, consommer plus , plus vite, plus fort …) . Pied de nez du jeune Kairos à la houppette de cheveux sur son crane rasé. La saisir prestement avant qu’il ne vous offre que  sa peau glissante et que ne s’échappe alors l’occasion , l’opportunité. Il ne faut pas la rater. Elle ne se présente parfois qu’une seule fois  ou alors ce sera à grand peine , dans un temps relatif et non plus de plaisir. Les aiguilles reprennent alors leur course incessante et saupoudrent les tempes de blancs flocons. Le glas de la mort hivernale sonne , monotone  métronome.

    Kronos, Chronos, Aïon, Kairos .Cliquetis du tic- tac ou tactique de l’instant à saisir, le temps suspend son vol et plonge dans un autre univers loin de l’asservissement lorsqu’il lui pousse des ailes. Tiré par les cheveux avant qu’il ne s’échappe, du crâne de Kairos, elle a tendu la main et en prenant son temps os, os, os , elle ose et lui dit  » toi , mon petit, tu ne perds rien pour attendre. »