Tuais-Je « Elle » ? Femme plurielle, je, Tu, Elle .

Marie Madeleine Vitrolle - femme unique, femme multiple. sculpture la marche

Quand « je » tue « elle , quand la femme blessée ou simplement égratignée ne dévoile pas  son quant à soi , elle prend alors toutes les nuances, toutes les ressemblances et les différences qui font de la Femme majuscule un être paradoxal . Tu es cette femme aussi , tu te reconnaitras dans ce jeu de miroirs illusions de l’Histoire. Car de l’intemporelle , elle garde du réel ce qui n’est pas fantasmo-fictif, songes ou rêves , faux -semblants et leurres cognitifs .Féminin minéral , végétal ,humaine j’en tuerai ,au-delà des métaphores les blâmes et les coups de plume ou de glaive et forte de mes fragilités, animale instinctive, en images mentales  par le jeu des ailes déployées, je dessinerai ici , pour toi , pour vous, pour elles ce que du moi, sur moi d’habitude est tû.

 

Toujours la petite fille en nous , celle à qui on déchirait les pages de cahier .Apprentissage de l’écriture, pattes de mouche ou trop gros caractère de la cursive si tu ne suis pas la ligne de conduite. Tu deviens insoumise sous tes allures d’élève modèle! Les règles d’orthographe et de grammaire avec cette rengaine de l’exception qui confirme la règle à  française; loi d’exception, de restriction. Exceptionnel oh non! et de cette règle en fer ou double-décimètre , mains tendues , à genoux elle  s’abattait . Ce temps est révolu et du châtiment corporel , écoles et maison familiale seule la fessée coquine n’est pas encore légalisée! Sermon et remontrances, réflexion désobligeante, insulte, humiliation sont désormais légion .Plus cinglants que des coups de fouet mentaux , ils ensanglantent  celle qui ne veut rentrer dans le rang, dans les cases et ne pas brouter avec les rampants, les ventre à terre, les tètes baissées.

 

Je suis adolescente, première cigarette , petit gout d’interdit que l’on fume en cachette . En volute de fumée, je dessine en plein ciel une silhouette d’un seul trait comme alinéa , tatouage éphémère et bulle de savon qui éclate éclaboussant de ses couleurs irisées le plafond d’un château dans les brumes posé sur un nuage d’hormonale tempête. Je suis celle qui ponctue les songes de points de suspension ou dans des parenthèses d’un hypothétique demain zebre alors le ciel d’une exclamation au silence, au vide, au rien . Femme vaurienne, à l’orée de l’adulte adultère, Femme ponctuation

Andriy Dykun-1

Tu es travailleuse acharnée éjectée de l’échiquier d’une pichenette dédaigneuse. Inaptitude, invalidité d’une âme blessée, torturée par l’implacable machine infernale , consumée parles flammes du dragon intérieur. Pour te reconstruire après cette déchirure ,  tu dévoiles parfois dans la nudité du corps les cicatrices charnelles. Tu les livres en images symboliques, en les couvrant de glaise , de couleurs aquarelle, acrylique pour mieux les camoufler  derrière la toile tendue, à quoi elle, à cri lit qui le veux !

 

Une elle crue, du nu à je combien de photos, de lettres, de feuilles de papier griffonnées dans l’urgence d’écrire, de tracer, d’esquisser dans un accès de fièvre de frénésie, de ferveur , de bouffées passionnelles puis effacées, déchirées, brulées qui n’arriveront jamais à leurs destinataires, leurs inspirateurs/trices ? Combien de toiles ne sécheront pas, ni ne s’afficheront sur un mur recouvertes  d’une couche de noirceur. Par lâcheté  ou par pudeur  je suis toi , femme qui retiens tes larmes, tes cris, ton sang, ta sueur et dans un sourire offre ton sourire, tes murmures, tes soupirs .Tu es femme pardon , femme rédemption.

Elle est ange et démon , en accepte l’alternance. C’est ainsi qu’elle est complémentaire et entière  succombant à la douce torture qui lui fait franchir la ligne courbe de l’invisible .De la pleine conscience à l’infernale déraison, elle fait tomber les barrières volontaires et écrouler les briques de votre mur intérieur. Exploration de l’intime, de l’être, de l’essence quand les fibres du tissu charnel se tissent et se dénouent et que la broderie, dentelle complexe du mental  pare d’un fil d’or l’âme . Femme spirit loin du Bien et du Mal, ondulante énergie en vagues de lumière, femme hypnotique aux parfums sonores et saveurs tactiles. Vos sens exacerbés en dupés volontaires par l’anarchique force vitale destructrice de certitude trouvent le chainon manquant, la fission fusionnante nucléaire, cataclysmique. Femme astrale métaphysique , origine du monde, de son humanité, épiphénomène ,endémique. Quand de l’implosion nait un vide sidéral, de la sidération elle devient aspiration, charge électrique et qu’en son noyau, son cœur atomique attire à elle un électron libre .Femme déesse païenne, astronomique , collusion d’univers parallèles.

Alessandro Gatto

Je suis roc, femme château ,citadelle  imprenable. Que la tempête guette et cherche à attaquer mes remparts contre vents et marées.les lames de fonds, vagues déchainées peuvent bien s’acharner .Sur mes parois lisses , elles ne feront que glisser. S’infiltrer peut-être dans les failles, entailles de la femme minérale. Malgré l’érosion les blessures silencieuses , je laisse couler les eaux tumultueuses sans broncher. Piton rocheux aiguisé par le temps, de mon indifférence , je confierai au vent mes grains de sable qui, sur la plage immaculée de la psyché, rejoindront les galets de la sérénité. Femme enceinte de l’humanité, maternelle , protectrice.

 

Tu es ile vierge, collines et vallées, désert aride ou précipice, gorges profondes et lit d’une rivière dont la source secrète cachée dans une grotte désaltère , abreuve et nourricière. Tu es océanique  quand, iodée et saline, tu noies de tes baisers , du flux et du reflux les naufragés égarés, ahuris. Tu es brise légère , tornade , vents déchainés .Tu es foudre guerrière, éruption volcanique, braises incandescentes quand ta langue de lave apporte le fertile limon et tu deviens gonade , grenade ou drapeau blanc quand de l’anthropomorphiste carte du tendre pirates et flibustiers, en preux chevaliers s’y attardent et dessinent de nouveaux chemins sur toi .Un continent contenu tout en toi , Femme géographie du monde.

 

Elle est, tu es, je suis et de suivre les périples et péripéties, les expériences aux confins des parenthèses et points de suspension de la vie quotidienne, elle est escapade, tu es escale, je suis évasion .escalade vers les cieux Liberté .Femme libératrice des prisons dorées, des convenances, des connivences, de l’hypocrisie , des codes et règles et des tabous. Elle est celle salie et trainée dans la boue, dans la fange des fantasmagoriques perversités machistes. Elle est cette femme objet usée et abusée , piétinée et jetée . Tu es celle qui attend les mots, les gestes qui ne viennent jamais , rêveuse éveillée, utopique pacifiste , abyssale entropique .

lady fraisy

Végétale et sucrée, je suis gitane baie rouge. Légèrement acidulée et saveur plus prononcée traversant vos étés. Faisant voleter une jupe d’écailles bien alignés, pâle piteuse quand déconfite, je me tais et me terre, préférant du terre à terre abandonner les sous-bois .Sobre , coiffée du silence de l’indifférence, j’abandonne les griefs  incertains, les non fondés de formes et de matières , les agressions spasmodiques déversant à flots noirs la bile et le fiel. En condiment, je préfère le miel, le vinaigre balsamique et d’un voile poivré en relever ma jupe .Rougir de plaisir  vous voyant saliver , c’est dans vos yeux gourmands que je me sens belle à croquer . Mais ne vous fiez pas à cette brunette fruitée! Gariguette elle se marra lorsqu’à la proue de ma barquette en piment d’Espelette je me métamorphose .Femme fraise, femme poison violent si vous lui montrez les dents. Fatale féminité à la sensualité exacerbée, femme gourmande, convoitise, pèche reste pulpeuse vibration aux parfums capiteux  vénéneux.

Andriy Dykun-2

Du je à elle, du fruit elle a le sexe .gorgé et juteux quand le désir l’emporte et qu’elle s’offre pour être cueillie, dégustée, dévorée. Fente d’abricot, figue  à la peau foncée découvrant cette chair rosée ou pourpre parfumée et humide. Quand l’envie l’envahit et que murie, grandit la vague du plaisir, que les baies dressées des pommes ou des poires ,sous la gourmande bouche ou l’assaut pénétrant d’un sexe turgescent ,elle devient liane sauvage et s’enroule autour de la tige érigée ,qui, dans une jouissance végétale libère sa semence, sève de vie . Femme sexe dévotion, Femme calice, femme charnelle réceptacle, femme offerte  terre fertile.

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Tu es fleur se fanant inexorablement. Un à un tes pétales s’étiolent , plumes et duvet deviennent mordorés , aux couleurs de l’automne passent les années et se couvrent de givre au frimas d’un hiver annoncé. Pistil et étamines  asséchés et stériles subsiste toujours ton cœur de pollen .Du fruit de tes entrailles ne reste que les entailles de lame biseautée . Et de ces cicatrices du temps, de la vie, tu en fais des atours, des atouts des détours, des croisées de chemin, des carrefours .A l’heure du choix, se découvrir, s’accepter, se reconstruire ,s’instruire sans instrumentaliser, se dématérialiser et du voyage intérieur « re-naitre »,  » re-susciter » les émotions  Femme belle dans toute sa quintessence, Femme mature bientôt en hivernage , Femme sage  porteuse de l’espoir , des connaissances et du savoir .Femme Force et Pouvoir.

 

Courbes et rondeurs, du fruit de l’églantier ,  elle est cynorhodon. Elle peut  être Vitamine  et de ses graines et du poil à gratter  devenir urticaire ou simple démangeaison. Immunisée de longue date par bien d’autres poisons , cachant mes sentiments, d’une pirouette , de la rose canine , végétale, minérale, animale, la femme organique de ramener sa fraise et bien fait pour ta pomme! s’affiche en silhouette et d’un bouton de rose  aux épines de roche, de ses griffes ou ses ailes, elle protège son âme et vous montre son cul !

recyclage -essai style graf sur vieux journal

Texte :Pascale Lafraise

Illustrations : Photo 1 Mari Madeleine Vitrolle-Sculpture; 2-5 Andriy Dykun : 3 Alessandro Gatto ;4 Image du Net envoyé par un ami « lynx »de Lafraise; 6 image du Net;

7 Peinture sur feuille de journal recyclé Acrylique et encre de chine pascale Lafraise

 

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Alerte sirène, marée noire!

1.tomek setowski

La marée était en noir

En eaux troubles et boueuses

Désarroi de langueur et naufrage d’espoir

Roches fracassées par des vagues impétueuses

Acerbes et aiguisées comme autant de brise l’âme

Colérique femme-tempête éclatant les miroirs

new5Redmer Hoekstra

Pirate et flibustier

Plutôt que l’allumette

Briquet temps ,pétard mouillé

Amadouer les creux, les crêtes

Regardez le plonger

Sa mèche d’âme à doux

Pécheur de l’éternel féminin

Surcouf rescousse malgré tous les remous

Etincelle aquatique, lui l’enflammé

Joaillier des mers en gemme de joie allié

Cynique quand est silex

Tranchant comme diamant

Du Carbone atomique

Il devient aimant

Capitaine au sextant

Parfois déboussolé

Quand loin du pittoresque

Guette alors les sirènes

Au chant polyphonique

Largue les amarres vers

Ces femelles oniriques

Unies vers le fantasmagorique

Illustrations-Bizarres-par-Redmer-Hoekstra-06

Leur tornade sensuelle dans la cale l’a jeté

En attente d’un demain pour que la galère

Par l’océan absorbée et les marins noyés

Abyssale destinée; Bienvenu en enfer

D’un naufrageur en pleine mer

A l’allumeur de réverbères

De l’échoueur d’épave en flamme

L’ironique sauveur d’âme

Réanimateur de vie par la pensée

Chahutant le chalut et jetant les filets

Attraper coquilles de désir en toute volupté

Fruits de mer défendu d’un paradis liquide

Crustacés crus et nus

Mi femme  mi poisson,

Apparence trompeuse d’appâts poison

Anthropomorphique

Et maléfique

 

Faire couler les encres sans jamais les jeter

Médusé des radeaux, épiant les sirènes

Les naïades, cheveux algues épiques

L’aventurier des mondes métaphysiques

Provocateur poches vides et mains pleines

Réchauffe l’atmosphère et comme brise -glace

Cherche à dévoiler des icebergs immergés

Les traits de caractère et personnalités

Alerte sirene ,marée noire-p Lafraise

Il appâte, il sourit il taquine gougeât la passion

Baleine, anguille, ablette ou thon

Frétillant à sa ligne ayant gobé l’hameçon

Tate du cachalot à grand coup de harpon

Portant sur son dos fin cicatrices d’écaille

Tatouage d’un fer rougi aux braises d’un feu de paille

Quand la passion n’a rien d’alimentaire

Ou  , que du fruit, la cueillette éphémère

Transforme la symbolique

Et comme un incendiaire

Jette l’huile sur le feu et la fumée sur l’eau

Marchant alors sur l’air et volant dans les flots

 

 

Un don , deux mains , des ailes ou des nageoires

Que serait ce pirate , crochet ostentatoire

Une arête dans la gorge après une queue de poisson

De couler sans sombrer jette l’ancre de raison

Si de ses périples il ne faisait escale

Et n’accostait qu’à des iles sans « elles

Esseulé, harcelé par les vents et marées

Redmer Hoekstra-im3

Peaux de nacre, lèvres de corail

Vêtues de plumes et d’écailles

Tentacules et algues mouvantes

Anguilles électriques glissantes

Charment le marin hébété, égaré

Par la voix dans la brise qui susurre

Dans chaque goutte d’écume elle murmure

Elle chantonne et étonne

Quand en tonnerre gronde et entonne

Avec se mythiques sœurs des flots

Un chœur, un cantique  païen qui résonne

« Balloter par le cœur, le pieux navigateur

Démâter et couler son frêle bateau »

Torpillé par cette vibration d’âme

Esprit vrillé, corps chaviré

Entrainé par les fonds encre noire des abysses

Vers un dernier soupir aux portes du silence

Bulles d’air microscopiques

S’échappant de sa bouche

En points de suspension

Parenthèse qu’il touche

La fin des temps, moment critique

Il perçoit enfin l’éphémère infini

Les poumons écrasés par toute cette pression

Tandis que son vaisseau , coquille de noix vide

Essuyant le flux et le reflux de l’oubli

Bouteille sans message se tord, se bride

Le hurlement, le cri primal

L’expression crue et animale

De ses lèvres scellées par un baiser létal

En vain ne peut s’en échapper

Happé par ses propres chimères

Ses leurres, ses images  » éclairs »

Blessé, meurtri, mourant une fois de plus

Expiation d’une légende, d’un rituel

Attraction fatale, homme aux sens corrompus

Désir de puissance de mâle sempiternel

Pitre éternel en sacrifice stérile

Faiblesse de la chair, s’y brule les ailes

Surreal-Iliustrations-redmer-Hoekstra-25

Que n’effleure du mâle que l’amer

Du chaos ne perce la lumière

De la peur du vide et du vertige

Prisonnier des algues callipyges

Femmes végétales remontant des abimes

Charmantes et envoutantes supplice sublime

l’enchainent vers le mystère des profonds précipices

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La marée était en noir

Mais comme elle était belle

Sur la plage brillant comme un miroir

La ligne d’horizon ,océanique ciel

Et juste un grand livre ouvert, échoué..

… L’Odyssée

Illustrations : 1,7- Tomek Setowski   2,3,5,6 -Redmer Hoekstra    4-original du texte illustré P Lafraise

Texte : P Lafraise

Téléportation sur un chemin musical de vie: Chris Hernandez aka Offerus Fouquet

road-guitar-rail

Lafraise continue, de temps en temps à promener ses pixels d’avatar dans des univers paralleles , réseaux sociaux ou plateformes de partage créatifs.C’est Via Second life qu’elle y a entendu un musicos francophone présentant la particularité de jouer et chanter ses propres compositions. Endossant pour un instant le rôle de journaliste, sans se prendre au sérieux ( Incarner un personnage virtuel , vivre une seconde vie .. Tel est le concept de ce métaverse en 3D), elle vous livre l’interview de Christophe hernandez plus connu dans le monde SL comme Offerus Fouquet

PL( Pascale Lafraise) :Quand, comment, pourquoi ..La genèse de ton aventure musicaletes racines, influences?

OF(Offerus Fouquet aka Christophe Hernandez) :Génèse :C’est vers l’age de 14 ans que j’ai demandé à mes parents une guitare en cadeau. Je n’en avais jamais fait et personne de mon entourage n’en jouait. Ils ont cru à un caprice mais y ont cédé… Je pense que c’est en écoutant l’énergie que dégageait la musique de Elvis Presley, que j’écoutais en boucle, que l’idée d’en faire m’a prise… On est au tout début des années 80, et toute l’influence des 60’s et 70’s bouillonnait en moi.Je n’ai pas pris de cours, les tutos d’internet n’existaient pas… Pour apprendre, j’allais dans les bals de villages avec mes copains et nos mobylettes, et là, au lieu de draguer comme les autre, je me plantais devant la scène, et je repérais 2 ou 3 plans que faisait le guitariste, que je passais ensuite à reproduire les jours suivants… Au bout d’un moment, ça a commencé à sonner.En fin d’année scolaire au collège, j’emmenais la guitare pour gratouiller entre midi et 14h, histoire de rattraper le temps perdu à apprendre et charmer quelques demoiselles 😉 J’avais un professeur de Français qui avait édité 2 recueils de Poésie, et qui m’a demandé si je voulais bien mettre une de ses poésie en musique. Avec les 4 ou 5 accords que je connaissais, j’ai choisi un de ses textes et en ai fait une chanson qui s’intitule « Jean la déprime » et je chante toujours plus de 35 ans après.Comme ça sonnait et que ça plaisait, il m’a demandé si je voulais bien la chanter dans un bar ou il devait y avoir une soirée avec d’autres poètes. Comme à cet âge on a peur de rien, j’ai accepté… je n’avais jusqu’à présent chanté et joué que pour des amis très indulgents :-)Quand je suis entré dans ce bar, mes jambes ont commencé à trembler, la peur au ventre m’a prise et pour la première fois j’ai ressenti ce malaise qu’on appelle le trac… Dès le premier accord, il a disparu, j’ai fermé les yeux et chanté la chanson… Ce qui s’est passé à ce moment là, ce moment de grâce, est l’expérience la plus puissante que j’ai vécu… La chanson a eu du succès et on m’a encouragé à poursuivre dans cette voie, ce que je fais depuis…

Plus tard j’ai eu des groupes avec lesquels on se produisait sur scène, j’ai fait du café-concert, et pendant 1 an, j’ai accompagné une troupe de théâtre qui se produisait tous les week end au profit des Resto du Cœur. Pendant qu’ils changeaient de décors, je chantais mes chansons…

Influences : Au début des années 80, la mode était au retour des 60’s. A cette époque j’écoutais beaucoup de Rock N Roll : surtout Presley, Jerry Lee Lewis, Eddy Cochrane, Chuck Berry, Bill Haley, etc… Mais aussi des chansons françaises comme, Ferret, Férat, Brel, Brassens… Je pense être issu de ces 2 écoles (US pour la musique et Français pour les paroles). c’était aussi la fin des années 70 avec sont foisonnement de groupes Rock et Hard Rock, et de nouveaux courants musicaux comme le Reggae et le Punk par exemple. Tout cela a donc fait parti de mon éveil musical… Sans parler de la musique classique qu’écoutait ma mère dès qu’elle le pouvait…

Un jour, pendant les vacances, un animateur d’un centre ou je passais 1 mois, a mis un 45 tour de Springsteen sur le tourne disque. Le morceau, c’était « The River »… J’ai laissé tombé ce que je faisais à ce moment et j’ai été emporté par la chanson… Je n’avais jamais entendu rien de tel… C’était mélodieux, ça racontait une histoire et il y avait une énergie contenue phénoménale qui m’a fait hérissé tous les poils de mon corps. Je venais de trouver celui qui allait me guider dans mon parcours musical, mon modèle : Bruce Springsteen. Il m’a ouvert à la Folk, à Dylan, Joan Baez, Simon & Garfunkel, à la Country… Il m’a montré à travers ces chansons, une Amérique plus vrai, plus humaine, plus réaliste que l’image toute faite des chansons de Presley par exemple…

Plus tard il y a eu l’influence des Artistes français comme Balavoine, Berger, Cabrel, Goldman, Téléphone et bien d’autres… De la chanson populaire avec des textes forts, bien faits…Ce que j’essai de faire depuis toujours…

PL :Tes sources d’inspiration?

OF: L’amour, la vie… Dans sa biographie, Springsteen parle d’autobiographie sentimentale. C’est tout à fait ça. Même si mes chansons ne parlent pas forcement de moi, je puise dans mes sentiments pour raconter des histoires, décrire un état, extérioriser un sentiment…

PL: Ton mécanisme de création ..musique ou texte en premier?

OF: D’abord, une mélodie… Je grattouille jusqu’ à trouver des accords qui vont bien ensembles et me donne une mélodie que je mets de côté. Puis il y a une accroche. Ce peut être une phrase ou un sentiment fort dont je veux parler. Je met ça de côté aussi… Puis un jour, je prends la guitare, un bloc note et un stylo et la chanson sort toute seule, d’elle même… Je garde ou je ne garde pas. Si je la garde, je la travaille ensuite, je corrige un mot, une phrase et je la fait tourner jusqu’à ce qu’elle devienne naturelle pour moi… C’est assez magique et difficilement explicable. C’est comme un fil qui dépasse d’une pelote de laine et qu’on tire. Si j’arrive à démmeller la pelote, une chanson est née.

PL: Offerus, le bon géant avant de devenir Saint Christophe, faisant traverser un enfant- le monde sur son dos ..De cette rivière , quelle destination de voyage proposes-tu via tes compositions?

OF:A travers mes chansons, j’essai d’embarquer les personnes avec moi, sur un chemin sentimental dans lequel ils peuvent se retrouver, retrouver des états… Je mets des mots et des notes sur ce qu’on vie tous, l’amour, l’échec, l’envie, le bohneur, la tristesse, etc… Je n’ai aucun message, je n’essai pas de convaincre. Je raconte tout simplement ce que je vois sur mon chemin et je demande : avez vous vu la même chose ?

PL:Tes rêves, tes envies, tes projets?

OF:Je n’ai jamais vécu de ma musique et je n’ai jamais voulu en vivre… C’est quelque chose de complètement détaché.. j’ai fait de la scène, du café concert… Aujourd’hui je diffuse mes chansons à travers Internet et je joue en live sur une plate forme qui est Second Life.

Mon projet immédiat est de faire un live sur les réseaux sociaux moins fermé que Second Life et jouer en réel dans des bars près de chez moi..A moyen terme ce serait d’enregistrer une dizaine de chanson sur un CD avec des musiciens de Studio et des arrangements plus sophistiqués.

PL: Liens pour te découvrir , t’écouter

OF:On peut écouter mes titres sur ma page Facebook : @hernandezsongs / Sur ma chaine Youtube : https://www.youtube.com/user/OfferusFouquet

sur Soundcloud : https://soundcloud.com/chris-hernandez-71

Sur Second Life on peut m’écouter en live. Le nom de mon avatar : Offerus Fouquet.

PL : Dressons un portrait chinois.SI tu étais un animal … Un ….

OF :Si tu étais un animal : Le loup, je suis fasciné par cet animal et son mode de vie.

Un végétal : Un arbre, ancré dans la terre et ouvert sur le ciel…

Un minéral : Un galet. Le genre de pierre qui n’a pas de valeur, mais qu’on ramasse n’importe ou parce que la forme plait.

Un titre de livre : Dalva de Jim Harrison, une magnifique histoire.

Un titre de film : Breaking Heart avec Jeff Bridges.

Un album ou un morceau musical : Born to be run de Springsteen, le Rock à l’état pur.

Une peinture, sculpture ou photographie d’art : La fameuse photo ou Brel, Brassens et Ferre sont assis autour d’une table

Un personnage fictif : Robin des bois qui prends aux riches pour donner aux pauvres.

Un personnage réel : Mandela. Un modèle d’humanité pour l’humanité.

La qualité de tes défauts : Faire de moi un être humain imparfait

Le défaut de tes qualités : Vouloir tendre vers la perfection. Ce qui est vain.

Une phrase célèbre ou dicton ou maxime : Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnait (Audiard)

Un concept : La téléportation. qu’est ce que ça serait bien…

Ce pour quoi tu te bats ou te battrais : contre l’injustice sous toute ses formes.

 

PL : merci d’avoir pris le temps de  répondre .Je te laisse  conclure

Offerus Fouquet :

Conclusion : La musique est comme la vie. Ce n’est pas une fin en soi mais un chemin qui nous transporte, où l’on donne et on reçoit, où on apprend à connaitre et où les rencontres peuvent être magiques.

Derniere vidéo mise en ligne le 26 Juin 2017 : Ecris -moi ( accoustic session)

 

Donner la main et entre ses doigts…La femme

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De la main d’un artiste , de sa dextérité à modeler les maux, malaxer ses idées,tel un dieu créateur, il ébauche la silhouette dessein d’y ajouter des traits de caractère, d’un soyeux polissage en porter la douceur du grain de peau. La main se fait caresse. Elle suit les lignes et les courbes s’attarde, hésite et continue le lustrage . Femme de terre, c’est en l’humidifiant  de toute son attention éviter les fissures , et qu’en la chauffant une bulle se forme  dans le mystère de l’intériorité et que montée à température de fournaise  elle n’éclate en milliers de fragments .

Femme de pierre, la main devient râpeuse. Elle abrase, elle use sans concession l’enveloppe externe afin de dévoiler la couleur , les veines de cette enveloppe charnelle. De la glaise, elle s’anime et donne trait et vie à son modèle. De la masse, elle donne corps ; elle malaxe, elle explore, s’insinue dans les courbes arrondissant les angles d’un ébauchoir ou d’une mirette, affinant la silhouette, couvrant d’un fin linceul ou d’un voile drapé , réchauffant l’âme , le noyau de la terre qui s’offre et s’abandonne sous les gestes précis , méticuleux quasi affectueux du sculpteur maitre d’œuvre.

Mais il arrive qu’un coup d’ongle malencontreux dénature la nudité offerte. Et de cette  éraflure, griffure comme autant de morsures, cicatrice d’une plaie superficielle ou plus béante comme une fente laisse échapper alors pour un regard  inquisiteur quelque maléfique  malfaçon de l’ouvrage  ou grossier orifice   naissant  en toute impudeur pour une transgression du voyeur .

Dans la paume de main déployée en corolle , la frêle demoiselle aux pieds d’argile semble si fragile . Le froissé du drapé, par le pouce enfoncé crochète et agrippe toute sa féminité. Mâle domination quand la terre a durci mais qui par les yeux clos de paupières ourlées, par le dard des pointes de seins dressés est contrebalancée dans cet air d’abandon réfléchissant sur cette peau diaphane une lumière paradoxale .Force  et faiblesse est-ce la main qui donne, qui empoigne ou saisit? Est-ce en écho à l’eternel combat de s’extraire d’un bloc, de trancher dans le vif, de mettre l’âme à nu sans donner de réponse . Faire naitre des émotions que ce travail d’artiste  en ciselant les lignes des deux caractères opposés et si complémentaires .De la terre à la pierre, seuls les outils différent. Les caresses de la glaise molle font place aux coups de burin et ciseaux dans la masse avant que d’être polie, lustrée et qu’une patine en donne tout l’éclat . De l’éphémère image mentale, de la représentation à la conception , donner de cette main un sens, donner à cette femme naissance .Harmonique équilibre tout en contraste . Comme un autre monument ciselé par un sculpteur de mots et de son Alain Bashung dans Malaxe :

« Entre tes doigts l’argile prend forme

L ‘homme de demain sera hors norme

Un peu de glaise avant la fournaise

Qui me durcira

Je n’étais qu’une ébauche au pied de la falaise

Un extrait de roche sous l’éboulis

Dans ma cité lacustre à broyer des fadaises

Malaxe…….. »

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Texte 😛 Lafraise

Sculpture : Wolfgang Alexander Kossuth

Beyond Rituals – Au Delà des Rites, vers l’ Avant- Garde Carnatique de Gokul Salvadi

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Dans le domaine musical, de l’ Inde nous connaissons Ravi Shankar et ses nombreux Ragas, la cithare et les influences pour John Lennon, les bandes sons des films bollywoodiens, les danses Bharata Natyam  rythmées par les grelots portés aux chevilles .

Des stages d’initiation et de formation ainsi que des spectacles  ouvrent leur porte au chant , à la musique carnatique  en France, essentiellement dans les grandes villes ,  pour partager et faire connaitre la culture , donner des valeurs aux membres de la communauté indienne expatriée en France et aux générations n’ayant pas la chance de retourner au pays de leurs racines . Certes, La France n’est pas le pays les  accueillant le plus . Il ne faut cependant pas oublier les liens particuliers tissés par la présence des comptoirs français ( Pondichéry, Chandernagor, Karikal, Yanaon et Mahé.), les « coolie » débarquant aux Antilles et créant cette riche mixité à travers les générations.

L’occident connait, de l’Inde les musiques et danses issues de la culture du Nord: l’hindoustanie et s’ouvre à celles du Sud: musique et chant carnatiques. Il est utile d’ expliquer la construction, l’importance de la rythmique et La sargam, c’est-à-dire, le solfège de la musique carnatique.  Les bases de cette fondation sont :  « sa-ri-ga-ma-pa-da-ni » (comparez avec l’hindoustanie au Nord « sa-re-ga-ma-pa-dha-ni »). Ces notes représentent les noms ṣaḍjam, ṛṣabham, gāndhāram, madhyamam, pañcamam, dhaivatam, et niṣādam, l’ensemble étant appelé Sapta svaras. Chaque note, nommée « svara », peut avoir jusqu’à trois variétés. Les exceptions sont ṣaḍjam et pañcamam, qui sont des notes fixes, et madhyamam qui a deux variétés. Les notes fixes (sa-pa) sont appelées prakṛti svaras et celles présentant des variétés (ri-ga-ma-da-ni) sont appelées vikṛti svaras. Dans un mode, un rāga, il n’y a généralement qu’une seule variété de chaque svara. Certains râgas, comme Bihag, peuvent avoir une variété ascendante dans l’échelle musicale (dans l’ ārohaṇam), et une autre descendante (dans l’avarohaṇam). Un rāga peut avoir cinq, six, ou sept svaras dans l’ārohaṇam et cinq, six, ou sept dans l’avarohaṇam. Quelquefois un artiste chantera une svara qui ne sera ni dans l’ārohaṇam ni dans l’avarohaṇam. De telles svaras sont appelées anya svaras.

Tous ces ragas sont dérivés d’une échelle mère de 72 ragas de base et de là une multitude de variétés phoniques peuvent naitre. Malgré toutes ses codifications, la place de l’improvisation , lors du processus créatif est immense ouvrant les portes à l’émotion , à un ressenti constamment renouvelé lors des spectacles et des partages en  » Live ».

Les instruments les plus utilisés sont :

: le nadasvaram, ou nagasvaram, sorte de hautbois très sonore d’environ 90 cm de long. C’est l’un des instruments essentiels en Inde du Sud car il est utilisé lors de tous les mariages, ainsi que dans les rituels des temples. Il fait partie de la famille des instruments connus sous le nom de Mangala Vadya, de bonne augure, (de mangala, auspicieux, et vadya, instrument).

 la flûte murali (flûte de bambou utilisée en musique carnatique), 

 Le vina, sorte de luth  ou de cithare  au très long manche,( ( joué d’une main  » mudras » tandis que l’autre bat la mesure , exprime et transcrit en langage corporel  la signification profonde des paroles) considéré comme un instrument divin car il est joué par la déesse Sarasvati, maîtresse des arts et du savoir.

Le mirudhangam (principal instrument de percussion dédié au carnatique alors que le Tabla est plus spécifique à l’hindoustani ) et le violon sont incontournable pour porter la rythmique et toute la spiritualité dans cette musique née pour bercer les Dieux.

De cette musique traditionnelle découlent des inspirations aux subtiles mélanges de sonorités plus worldmusic, plus jazzy, plus avant-gardistes tel Gokul Salvadi et son avant-garde carnatique ( définition qu’il donne à son style musical). En partage « Beyond  Rituals » et ses musiques que vous pouvez découvrir sur son site http://gsalvadi.com/  Souncloud, Reverbnation, itunes etc….Les synthés et effets sonores renforcent les messages , les images qui vous assailliront à son écoute, transcendant la ligne mélodique, la rythmique des instruments traditionnels. Que ce soit un extrait d’une bande son (là vous vous ferez votre propre film et plus que bollywoodien ), brique à brique il construit un palais tel le Taj Mahal, vous transporte dans la zénitude, dans une extatique attitude ou dans un plus funky indian mood. Les atmosphères se succèdent comme autant d’expérience et d’immersion dans les saveurs, les parfums, l’histoire même de son pays. Il  convie à un voyage initiatique au-delà des rites. Se laisser porter et s’imprégner des images mentales qui  éveillent vers une autre dimension. La technologie, l’utilisation de sons électroniques et le groove associés aux éléments Voix et instruments ne retirent en rien les bases de la culture traditionnelle, des racines dont sont empreints les compositions d’ avant-garde de Gokul.  Une pierre de gemme , multi facettes dans un écrin made in « South India »

Kanakaangi The Soundtrack

Bio de Gokul :

Gokul a été initié la musique Carnatique avec le violon à l’âge de  14 ans, se tourne vers le chant et devient  compositeur. Il produit des morceaux instrumentaux à la saveur indienne  et des bandes sonores

Gokul Salvadi nous vient  d’Inde. Il est  compositeur, chanteur et  multi-instrumentiste, mais ceux dont il joue avec le plus grand professionnalisme sont ses cordes vocales. Il a commencé comme  Chanteur Carnatique ( Musique traditionnelle, classique et  dévotionnelle originaire du Sud de l’ Inde). Plus tard, comme  compositeur, iil   développe sa passion pour explorer le monde merveilleux de la  Musique.

 La musique exprime ce qui ne peut pas s’exprimer avec des mots et sur quoi il est impossible de se taire. (Victor Hugo)

La musique est universelle et il n’y a pas de territoire dans ce  monde . Les créations de Salvadi sont porteuses du sens de son style musical dans sa totalité. Il aime faire équipe avec  les personnes qui travaillent et jouent avec le son.. L’avenir du monde éclot dans son laboratoire. D’Isaac Newton à Albert Einstein, d’Antonio Russolo John Cage, l’innovation est un esprit éternel pour nous. Salvadi aime explorer le monde de la musique et est curieux de voir où cela le mènera dans l’avenir. Quand on lui demande son genre musical, il préfère l’appeler « l’avant-garde Carnatique ».

N.B : le titre de l’ album « Beyond  Rituals » peut amener à la lecture d’écrits de sri Sri Ravi Shankar ( décrié par certains, ce n’est pas l’homme mais la philosophie, les actions , les écrits qui portent à méditer)

tel  » Au-delà des rituels et des symboles » :

Nous nous sommes habitués à observer et considérer le autres comme différents sur la base de la religion ou les coutumes et rites. Cependant, derrière les symboles extérieurs , il y a  le même coeur de conscience, le cœur doux qui unit le monde au lieu de le diviser. Sri Sri Ravi Shankar touche à travers cette vérité de la grâce et la simplicité, parlant à chaque personne intimement. Comme  l’écoute d’un  vieil ami en qui on a confiance, ces mots sur la spiritualité, la lumière, l’amour et l’observation au-delà de la surface des choses guident celui ci directement de l’extérieur dans le royaume de paix du cœur.

15 Juillet : Bon Anniversaire Louis Lavelle !

14 Juillet , bof ! 15 Juillet oui , une date anniversaire : celle de la naissance de Louis Lavelle ( 15 Juillet 1883 – 1er Septembre 1951). Né dans le Lot et Garonne ( 47) à Saint Martin de Villeréal, il est le métaphysicien majeur du XX ème siècle. Mais qu’est-ce que la métaphysique? c’est une des branches de la philosophie . Cet arbre  possède 3 grandes branches :

.La théologie : étude de Dieu

La psychologie : étude de  l’âme

La  cosmologie : étude du monde

A l’origine de la métaphysique , on trouve Parménide ( philosophe grec  vers – 500 à -445 ) Né à Elée, ville du Sud de l’Italie ( donnant  naissance à l’école éléatique et aux bases de l’ontologie. Le seul état qui se pose est l’étude de l’ être. l’être est sans négation et sans attention   Le doxa  et son opinion changeante et confuse nous écarte de la vérité faisant croire ce qui n’est pas ; Heidegger parle du Dasein ( l’être là). Un être fini qui n’a  d’autre destination que la mort.  L’être met alors en question son être parfois dans le paraitre( schein) pour se jouer de cette finitude.

Pour Lavelle , l’être au départ vague et indéterminé doit être participé et se présente comme un horizon que l’on ne peut pas perdre de vue sans s’annuler soi même. Intuition participative de l’être est partout présent  tout entier en chaque point de l’univers. Louis Lavelle développe la philosophie de l’esprit, le spiritualisme existentiel. Son œuvre en 5 volets ( dont le dernier qu’il n’a pu finir ) est  » La dialectique de l’éternel présent.  »

  • I er volume :  de l’être  ( 1928)
  • 2eme  :       de l’acte (1937)
  • 3eme  :du temps et de l’éternité (1945)
  • 4eme : de l’âme ( 1951)
  • 5eme  qui était prévu , mais n’est jamais paru      : de la sagesse

Louis Valette  partage avec Bergson et   Brunschvicg l’idée d’une  suprématie de l’esprit riche et créatrice .

« La conscience n’est pas seulement l’unité de tous les faits qui naissent en elle à un moment donné, elle peut-être l’unité de tous les états qui se sont succédés en elle. Elle est toute dans le présent ; mais à chaque instant elle ramasse sa vie entière, elle devient capable de la revivre. »

Il ne s’agit pas pour Lavelle de développer un idéalisme, mais bien de constituer une philosophie posant l’être avant le connaître. Chez Lavelle, l’être est « l’objet universel »  (il ne faut pas entendre ici le terme « objet » au sens de « chose »), c’est-à-dire premier, univoque, et présent tout entier en chaque point de l’univers. Cette thèse de l’univocité ontique, dépassant le distinction classique entre sujet et objet, est soutenue par l’affirmation que l’être est acte, ce qui met d’emblée le sujet en rapport avec la totalité de l’univers :

« L’identification de l’être et de l’acte nous permettra de définir notre être propre par la liberté. Nous créons notre personne spirituelle comme Dieu crée le monde. Mais il faut que nous fassions partie du monde comme une chose avant de pouvoir nous unir à Dieu par un libre choix. L’acte pur ne comporte aucun choix ; mais il rend possible tous les choix chez un sujet qui, participant à sa nature, peut s’attacher, par un consentement qui fonde sa personne même, au principe intérieur qui l’anime et le fait être, ou bien s’abandonner à la nécessité par laquelle l’ensemble de tous les être finis, déterminés par leurs bornes mutuelles, exprime encore la suffisance de l’être pur »

Ce principe intérieur, c’est l’acte de la conscience, l’opération par laquelle l’individu se donne l’être à lui-même : c’est par l’acte personnel que je me figure être à la fois uni et distinct de l’être pur. J’y suis relié par la participation, qui est un thème central de l’ontologie dialectique de Lavelle : participer, c’est prendre part à l’être par le biais de mon activité réflexive.

Ce concept de participation prend source, chez Lavelle, dès son premier ouvrage La Dialectique du monde sensible, dans lequel il propose une étude systématique des qualités sensibles : la donnée, la force, l’étendue, etc. Il montre alors que c’est par une confrontation au « monde sensible » que l’activité créatrice, et plus précisément analytique de l’esprit se révèle .

L’acte de participation, en me posant moi-même comme être particulier, c’est-à-dire capable de réflexion, pose par conséquent le monde comme porteur de sens. C’est justement dans notre expérience quotidienne du monde, par l’analyse que nous en faisons, que la valeur nous est témoignée. Ainsi, pour Lavelle, le point de départ de la métaphysique est concret : le réel suscite une émotion, un « frémissement » qui révèle une intuition de l’être, une expérience pure. Cette dernière est le témoignage, pour Lavelle, de la participation à l’absolu, qui est un acte toujours renouvelé, consenti et creusé par la réflexion.

Textes inédits mis en ligne par l’ association Lavelle sur les thèmes suivants  :

1) Le corps

2)La conscience et l’inspiration

3)La simplicité

4)Amour et émotion

5)La mort

6) Le désir

7)La conscience de soi

 Le corps :

C’est la présence du corps qui va nous permettre de pénétrer dans le mystère de l’intimité. Car il est contenu dans l’univers dont il est une partie ; et c’est cette partie d’univers qui paraît seule nous appartenir en propre ; c’est sur elle que nous régnons ; c’est d’elle que nous tenons notre nature originale et notre existence même. Il ne faut donc pas être surpris que celui qui confond l’être avec le donné ne voie rien de plus dans le moi que dans le corps. Mais encore faut-il qu’il le voie. Et si l’empirisme est une position intenable, c’est qu’il n’y a point de donné sans un acte qui se le donne. Or cet acte, à partir du moment où je ne me borne pas à l’accomplir, mais où je sens que je l’accomplis, paraît constituer l’essence du moi d’une manière beaucoup plus profonde que le corps. Bien plus, le corps est dorénavant relégué à l’état de chose : seulement cette chose ne peut pas être sans relation avec l’acte qui la saisit et c’est pour cela que j’en ferai une représentation qui n’a plus de sens que par rapport à moi. Ainsi, tandis que mon corps me permettait de m’inscrire dans l’univers, ma pensée, sans laquelle mon corps n’existerait pas comme donnée, inscrit en elle cette donnée avec toutes les autres. Il y a donc bien dans cette pensée elle-même une infinité qui lui permet de se reconnaître immédiatement comme adéquate au Tout ; mais, pour qu’elle soit nôtre, il faut qu’elle contienne le Tout seulement en puissance, c’est-à-dire qu’elle rencontre toujours de nouvelles données qui, sans elle, ne seraient rien et qu’elle actualise tour à tour.

(Version inédite de De l’Acte, texte dactylographié sans date, p. 239)

La philosophie donne une forme rationnelle et humaine à une vérité dont la source est au-dessus de l’homme et même au-dessus de la raison.

Mais elle transforme en ténèbres la lumière divine dès qu’elle entreprend de l’éclairer par une lumière humaine. C’est renverser l’ordre véritable.

Il suffit de se détacher du corps et de toutes les préoccupations de l’amour-propre pour être dans un état constant d’inspiration et de grâce. La simple purification intérieure réussit à produire toute seule cet effet, car notre essence est toute spirituelle. C’est elle qui reste quand on s’est dépouillé de tout et non point le néant.

La conscience et l’inspiration :

Le travail intellectuel ne consiste pas à tendre son effort pour inventer quelque idée nouvelle et inattendue, ni seulement à attendre qu’elle vienne nous visiter. Il consiste dans une attention purificatrice qui chasse de la conscience tous les mouvements du désir, toutes les préoccupations du souci et de la vanité, jusqu’au moment où nous trouvons en nous ces pures opérations de la pensée, dont on ne sait, au moment où on les rencontre, tant elles paraissent se faire d’elles-mêmes, si on les découvre en soi comme des choses ou si c’est la volonté qui les produit.

Il y a une dualité qui est inséparable de la conscience, qui oppose le moi et le monde, de telle sorte que le moi n’est, semble-t-il, que le pur pouvoir de penser et de juger et le monde une matière inerte incapable de lui répondre et de le satisfaire. Mais le moi et le monde se détachent l’un de l’autre à l’intérieur du même Tout, de telle sorte qu’en s’opposant ils doivent s’accorder comme les deux bords d’une déchirure.

Mais c’est au-dessus de la conscience que l’on trouve l’unité qu’elle rompt et qu’elle cherche sans cesse à restituer, comme on le voit dans la spontanéité de la nature, dans les mouvements de l’inspiration ou de la grâce. Le rôle de la conscience n’est pas de les produire ou de s’y substituer, mais seulement de ne point les empêcher et d’en recueillir le fruit. […]

Il ne faut jamais solliciter les idées : elles n’acceptent pas d’être forcées. Il nous est assez difficile de savoir les reconnaître et les accueillir quand elles viennent. Et le vide de ma pensée est lui-même creusé par toutes les idées qui m’ont une fois traversé l’esprit et que j’ai laissé passer sans être capable de les retenir.

Il ne faut jamais méconnaître en soi ce très léger avertissement toujours présent et à peine sensible par lequel j’apprends à discerner le réel derrière l’apparence, la valeur derrière le désir, le vœu secret du cœur derrière tout ce qui peut m’être imposé ou commandé.

Nul ne manque jamais d’idées. Mais elles ne surgissent pas à propos. Il semble qu’elles se présentent à nous quand nous n’en avons que faire et qu’elles fuient quand nous en avons besoin (quand nous les appelons). Cependant si l’esprit était assez désintéressé et assez pur le besoin naîtrait en lui quand l’idée se présente, de telle sorte que l’idée ne serait jamais sans emploi, ni le besoin sans nourriture.

La moindre pensée, comment viendrait-elle de nous ? Elle nous est toujours donnée. C’est une expérience, mais spirituelle.

Être au bord de l’inspiration, où la conscience, au lieu de se refermer sur soi par la réflexion, est en rapport avec la puissance créatrice.

Se maintenir dans un état permanent d’inspiration c’est-à-dire de réceptivité intérieure pure (non pas d’effort vers l’enthousiasme) de confiance et de foi.

Trouée et continuité de l’inspiration : instant et temps. Le surréalisme est une théorie de l’inspiration mais qui, pour nier le rôle de la volonté et de la raison, accorde tout au hasard.

On ne fait rien de grand que si on ne se rappelle rien. Là est l’inspiration qui est le contraire de la mémoire et qui lui est pourtant identique.

L’inspiration peut être définie comme une subordination du temps à l’éternité qui se réalise dans l’instant par une sorte de rupture de l’ordre du devenir. Il faut être dans un état permanent de rupture.

La simplicité :

Le point le plus haut où nous puissions atteindre est celui où nous obtenons cette parfaite simplicité dans laquelle l’amour-propre ne pénètre plus, où aucune action ne laisse sur la langue le moindre dégoût. Le dégoût, c’est un arrière-goût de l’amour-propre dans ce que nous venons de faire. Mais un acte accompli avec simplicité est immédiatement reçu par Dieu et trouve place dans la lumière de l’éternité sans y laisser paraître aucune tache d’ombre.

Il ne faut chercher ni la nouveauté qui nous fait perdre le contact avec les réalités les plus familières, ni la totalité qui nous fait perdre le contact avec la situation où nous sommes placés, mais une pureté intérieure qui illumine quelques vérités très simples avec lesquelles toutes les tâches que nous avons à accomplir se trouvent, sans que nous l’ayons cherché, naturellement accordées.

La Simplicité est toujours un dépouillement intérieur par lequel, cessant d’être attentif à l’apparence même que l’on donne de ce que l’on est, on obtient sans le vouloir une exacte coïncidence entre ce que l’on montre et ce que l’on est.

Il n’y a de véritable acquisition que dans le retranchement de tout ce qui jusque-là nous asservissait. C’est pour cela que le progrès intérieur ressemble à l’œuvre du sculpteur qui détache et rejette toujours du marbre quelque nouvel éclat, plutôt qu’à l’œuvre du peintre qui ajoute toujours quelque nouveau trait à la toile.

Celui qui cherche toujours quelque richesse nouvelle, même la connaissance, disperse et aliène en elle toutes les puissances intérieures dont il dispose. Le propre de la simplicité, c’est de nous replier sur elles, c’est de leur laisser leur jeu le plus pur, le plus souple et le plus innocent.

Le difficile est de maintenir toujours une parfaite simplicité dans l’accueil que nous faisons à tout ce qui peut nous être donné. Quelques-uns n’ont de regard que pour quelques mouvements sublimes qui produisent dans l’âme une exaltation d’un instant. Mais l’âme ne doit pas les désirer. Elle pense que quand ils lui manquent elle n’a plus rien. Le véritable sublime est quotidien ; il ne produit en nous aucun ébranlement : il n’est pas ressenti.

La parfaite simplicité qui est aussi la parfaite innocence est incapable de tromper, mais contrairement à l’opinion commune, elle est aussi impossible à tromper. Elle déçoit le plus habile dont les manœuvres, en retombant dans le vide, se découvrent aussitôt à la lumière.

La simplicité n’exclut pas l’instinct avec lequel on la confond souvent : mais l’instinct ne devient un péché qu’après la naissance de la réflexion, c’est-à-dire au moment où l’amour-propre le met à son service.

La simplicité de l’âme lui donne une transparence si parfaite qu’on ne la remarque plus ; mais c’est alors que dans ce clair miroir les choses nous révèlent leur vérité. On ne parvient à la simplicité que par le dépouillement. Elle ne fait qu’un avec cette sublimité intérieure que l’on se représente presque toujours tout autrement.

La simplicité c’est d’être ce que nous sommes, sans vouloir être autre, dans ce grand tout dont nous faisons tous partie. Elle est une réconciliation de l’individuel et de l’universel. Elle est l’acte le plus pur que l’individu soit capable d’accomplir mais où il semble qu’il disparaisse pour rendre visible l’ordre qui règne dans l’univers dont il participe, sans rien faire pour le troubler. Elle est ce regard direct que nous jetons sur le réel qui est libre de toute préoccupation et de toute arrière-pensée et qui seul est capable de nous livrer cet ordre avec lequel d’avance il est accordé. Dès que la simplicité manque, cet ordre est méconnu. Mais ce simple regard que ne ternit aucun désir embrasse le monde tout entier dans sa lumière. C’est un regard qui descend du ciel et qui vient toucher la terre.

C’est cette unité parfaite considérée dans son infinie richesse, et qui n’a pas conscience d’être riche. Elle contient les contraires, mais elle en est la paix, contrairement à cette tension qui les force à demeurer ensemble, mais dans une unité toujours prête à se rompre.

La simplicité ne se pose pas de problèmes : elle est cette lumière naturelle qui devance leur solution. C’est une innocence qui ne peut jamais être trompée, une liberté sûre d’elle-même qui ne connaîtra jamais ni l’hésitation ni le choix.

La simplicité nous affranchit de la complication de nos connaissances, de nos besoins, de nos ressources, elle réside dans un accord avec l’existence qui surpasse l’ingéniosité de l’intelligence et les artifices du vouloir (c’est l’intelligence la plus pénétrante, le vouloir le plus parfait et le plus pur).

Amour , émotion :

L’homme est ainsi fait qu’il n’est capable de rien là où il ne ressent aucune émotion, mais qu’il n’est capable de rien non plus s’il s’attarde et se complaît dans l’émotion, si elle ne se change pas pour nous en une lumière tout intérieure, en un acte déjà naissant.

Il s’agit toujours de retrouver ce point d’émotion sans lequel je ne découvre au fond de ma conscience qu’ennui et que temps perdu. Mais l’émotion n’est rien de plus qu’un signe, le signe que le réel est là. Cette émotion est difficile à reconnaître. Elle ne me trouble pas, elle apaise mon trouble. Elle est une promesse de lumière et de vie, elle est leur présence même qui se découvre et qui se donne. Il faudrait que cette émotion fût constante, ou du moins qu’elle fût toujours là prête à surgir, toujours identique et toujours nouvelle.

Il y a une brume des sentiments dans laquelle la conscience aime parfois à s’attarder et à se complaire : il semble que l’existence pure s’y trouve enveloppée avec toutes les possibilités qui sont en elle, sans qu’aucune d’elles se réalise ni se perde. Mais il y a en elle une lumière diffuse qui, dès qu’elle perce, nous révèle toute la beauté du monde.

Il y a une timidité, une hésitation, qui sont la rançon d’une complexité intérieure à laquelle il faut que je demeure toujours attentif pour n’en rien laisser perdre et la dépasser plutôt que l’abolir.

En présence d’un acte a accomplir, on peut bien demander à la réflexion quel est le meilleur qui est aussi le plus raisonnable. Cela ne nous donnera pas la force de l’accomplir. Il faudrait faire naître au fond de soi un sentiment de pur amour et s’aider du moins de l’imagination en se demandant comment agirait le pur amour. Car il est latent en chacun de nous et toujours prêt à surgir si l’amour de soi ne lui fait pas trop obstacle. Alors peut-être découvrirait-on qu’il y a une extrémité où l’amour et la raison se rejoignent, où la raison exige de nous dans le domaine de la connaissance ce que l’amour exige de nous dans le domaine de l’existence. Mais la raison n’a de pouvoir que dans les rapports que nous établissons entre les choses, et l’amour que dans les rapports qui s’établissent entre les personnes. C’est pour cela que l’on éprouve toujours tant de difficulté à accorder la raison théorique de Kant avec la raison pratique. C’est qu’il n’y a qu’un nom de la raison pratique qui est l’amour.

En présence du moindre événement il faut garder vive et présente cette émotion métaphysique que nous donne l’attente d’une révélation surnaturelle. Car la nature, c’est le surnaturel qui se montre.

La nature, c’est l’habitude qui est en nous et l’habitude aussi qui est dans les choses. Dès que cette habitude se rompt, l’intimité même de l’être se découvre : c’est l’œuf qui éclôt, c’est la fleur qui éclate.

La mort :

La mort donne à la vie un visage grave et immobile : elle retrouve le masque éternel que, dans l’instant, le passage de l’émotion altère toujours ; jusque dans la corruption du corps elle cherche l’impérissable, le squelette, la pincée de cendres.

Nous tombons dans la fosse à reculons comme on l’a dit et nous avons alors devant les yeux le spectacle de ce que nous avons accompli, c’est-à-dire la totalité même de notre passé.

Vouloir demeurer jeune et ne point vieillir ou ne point mourir, c’est vouloir toujours attendre de vivre sans avoir jamais vécu. C’est préférer le possible à l’être, c’est craindre le réalisé et l’accompli et n’avoir point la force suffisante pour en supporter la vue et accepter d’en prendre possession.

L’homme jeune désire, c’est le vieillard qui possède.

La seule intention qui puisse donner à la vie sa gravité, mais aussi son innocence, son désintéressement et son plein jet, c’est de produire notre être et non pas de le contempler ou d’en jouir. Telle est la promesse que nous fait la mort. Mais elle ne pourra pas la tenir, elle n’aura rien à nous donner si nous avons voulu devancer l’heure et cueillir dès cette vie des fruits prématurés.

La pensée de la mort devrait donner à l’homme le plus craintif la tranquillité et la lumière. Elle suffit à nous établir dès cette vie dans un monde de vérité pure où le corps n’est plus rien, où nous voyons les choses telles qu’elles sont et non plus dans leur rapport avec nous ; elle nous place tout à coup avec elle sous le clair regard de Dieu.

On croit presque toujours que la mort interrompt notre vie et l’anéantit, alors qu’elle la consomme et l’achève. Au moment où notre œuvre se termine, elle n’est point détruite : elle est accomplie. Ainsi, l’œuvre se détache de l’ouvrier qui l’a faite, mais celui-ci se survit en elle, trouve en elle sa propre raison d’être, la justification de son effort et le salaire de tous les soins qu’il lui a donnés. Presque toujours elle le surpasse, car l’homme n’est que dans l’instant qui passe au lieu que son œuvre porte en elle tous les instants de sa vie à la fois. Et il arrive presque toujours que l’homme qui meurt est indigne de survivre à son œuvre. Le plus souvent, il serait incapable d’y ajouter pour l’embellir : il court seulement le risque de la corrompre. Chacun de nous est un artiste dont Dieu interrompt la carrière au point qu’il a jugé le meilleur. Aussi faut-il moins se préoccuper du dernier état de l’ouvrage que de la perfection même de chaque geste qui le modèle. Dira-t-on que quand je meurs je deviens absent de cet ouvrage qui est le mien, où j’ai mis le meilleur de moi-même, qui est offert désormais à tous et dont la volonté qui l’a produit ne paraît s’être retirée que parce qu’elle s’est enfin incorporée en lui à travers beaucoup d’essais et beaucoup d’échecs ? Quand il y va de la vie, l’œuvre et l’ouvrier ne font qu’un et mon œuvre, c’est moi-même, c’est ma volonté la plus profonde qui a réussi enfin à s’exprimer et à se faire jour. Aussi, par opposition à l’ouvrage de mes mains, qui subsiste au moment où je meurs, dès qu’il s’agit de moi, ce sont tous les ouvrages que j’ai pu faire qui disparaissent comme des instruments ou des témoins et qui ne laissent subsister que mon être même qui sort enfin libre et nu de tant de travaux et de tant d’épreuves.

On n’est pas immortel, mais on le devient quand on a reconnu sa vocation et qu’on l’a remplie, c’est-à-dire quand on a découvert et réalisé son identité avec une parcelle de la puissance créatrice, quand on est parvenu à coïncider avec sa propre essence à l’intérieur de l’essence divine.

Le désir :

Il est dangereux de vouloir arracher de l’amour la pointe du désir pour le rendre plus pur. Alors nous risquons de l’anéantir. Le désir doit être contenu et non point étouffé. Il meurt quand il est satisfait, mais il devient plus fort en changeant d’objet et il ne cesse de produire de nouveaux fruits pour l’éternité quand il ne cherche pas son terme dans une satisfaction d’un instant.

L’amour résume de la manière la plus claire et la plus vive tous les traits de notre conscience. C’est en lui que l’on voit le mieux notre pensée osciller tout entière du souvenir au désir, réveiller le souvenir par le désir, alimenter son élan vers l’avenir avec les images du passé et chercher sans y parvenir un état stable dans lequel le désir et le souvenir viendraient s’identifier, le souvenir suffisant à la fois à éveiller le désir et à le satisfaire : cette satisfaction aurait triomphé du temps, de la résistance et même de la dualité de l’objet et du sujet. Elle serait sinon permanente, du moins disponible, elle serait devenue spirituelle.

Refus du désir

Celui dont on dit qu’il se contente de peu n’est pas toujours un aveugle insensible à toutes les possibilités qui pourraient lui être données : c’est souvent un esprit lucide et vigoureux capable de découvrir dans ce qui lui est offert infiniment plus de richesse que dans toutes les suggestions d’une imagination incertaine et volage qui fuit sans cesse le réel et reste toujours incapable de s’y poser.

Le désir le plus profond

Lorsque nous avons fait naître en nous ce désir qui est le plus profond de tous les désirs, il ne se distingue plus de sa propre satisfaction. En lui le mouvement et le repos se confondent ; c’est un acte qui est devenu un état. Il n’a pas besoin de sortir de lui-même et pourtant il est tout entier hors de lui-même et déjà présent dans ce qui le comble.

Tout l’effort de notre vie tend à abolir tous les désirs particuliers pour faire naître en nous un désir sans objet et constant ; ce qui donne à chacune de nos actions une signification absolue et une valeur infinie.

Ce que l’on appelle en soi le désir le plus profond, c’est aussi ce qu’on appelle le devoir lorsqu’on subit le tourment des désirs particuliers.

Il ne peut y avoir une possession de soi qui ne soit aussi exigence de la possession du monde. La sagesse est de se contenter de ce qui nous est demandé (comme participation) et d’être capable d’accomplir à l’égard de tout le reste un acte d’acceptation.

On condamne souvent le désir en pensant que nous ne faisons que le subir. Mais il faut encore l’accepter et y consentir. C’est lui qui crée le lien entre la nature et le monde en maintenant à la fois notre sujétion et notre indépendance. C’est un don qu’il dépend de nous d’accepter, un manque auquel il faut consentir pour que les choses elles-mêmes se chargent de le remplir.

Conscience de soi :

Pour être capable de se connaître et de se guérir, il faut être sans amour-propre et sans honneur comme le malade devant le médecin. Encore le malade a-t-il toujours peur que le médecin ne découvre pas la totalité du mal qui est en lui. Ce qui arrive parfois au pénitent : mais c’est presque toujours par un amour-propre plus subtil.

La dualité constitutive de la conscience n’est pas celle du moi et de ses états, c’est celle du moi et de l’univers. Car c’est sur cet univers que nous agissons et non pas sur nos propres états ; et nos états supposent toujours une réaction de l’univers sur nous-mêmes, ce qui explique assez bien pourquoi on veut transformer le monde pour obtenir précisément ces états auxquels l’homme prétend se réduire. C’est pour cela qu’on peut dire due la conscience est toujours récompense (ou châtiment). Elle récolte et cueille les résultats de l’activité.

L’univers est donc essentiel à la constitution de la conscience ; c’est parce qu’il est spectacle qu’il est aussi objet de l’action et qu’il produit dans la conscience le reflet même de l’action.

Il y a identité pour le moi entre prendre conscience de lui-même et acquérir la connaissance de l’univers.