Chapelier Fou – Philemon ( Nouvel album Muance, sortie en octobre 2017)

Chapelier Fou – Luggage (Live Pompidou )- G Tintinnabulum- Tea Tea Tea


Album 613


Album Deltas -Septembre 2014

Chapelier Fou – Cyclope&Otello / Echonova

Paysage anthropomorphe, voyage intérieur

Albrecht-Durer/Vue-du-Val-d'Arco(1495)

Il est un voyage qui ne peut être que solitaire. Destination finale souvent ignorée mais dont chaque étape, chaque escale se grave d’une pierre, d’un petit caillou( comme ce sacré Petit Poucet). Parfois suivre les berges d’un ruisseau , le voir grossir et se retrouver en haut de chutes infranchissables ou seul le cours indomptable de eaux vives peuvent dévaler en cascade folle. Un amoncellement de troncs, branchages arrachés par le travail inexorable du vent, érosion du temps, intervention de castors bricoleurs inlassables, en retient le flux. Elle s’échappe, se glisse entre les moindres interstices, s’infiltre et déborde de son lit. Eternelle force de sa jeunesse sans cesse renouvelée, cercle magique de vie que l’eau vive d’un torrent.

La végétation , soudain, s’épaissit. Broussailles, haies de ronces aux épines acérées font place à un mur enchevêtré de verdure luxuriante, plantes gigantesques aux feuilles toit du monde, arbres cathédrales où la faune de pèlerins  se presse en procession. Ca grouille , ça rampe, ça se traine, ça bruisse , ça volète…insectes, oiseaux, reptiles et mammifères se donnent rendez-vous pour une orchestration incroyable d’un hymne à la vie. Les termites n’en finissent pas d’élever des totems, architecture torturée en flamme irisant le ciel pour en atteindre les nuages.

De l’Eden aux jardins suspendus de Babylone, de ceux à la française au zen japonais, ce sont les jardins ouvriers qui attirent les promeneurs , sortis de leur rêve éveillé. Petit lopin de terre en location pour pouvoir s’aérer, oublier les clapiers dressés en vertical ou barres bétonnées horizontales, planter et collecter, bouger et réfléchir, partager et communiquer cette même passion verte qui les anime pour se sentir vivant un peu hors du temps de la modernité qui broie les individualités, pour se donner le droit de voir pousser enfin les fruits du labeur volontaire, pour mettre des épinards sans le beurre , la crème et le sourire de la crémière industrielle agro -alimentaire. Composter autre chose que son ticket de train , métro-boulot-dodo.

Parfums et couleurs en palette, florilège et message codé qui d’une graine, d’un bulbe, d’un rhizome  étendra ses racines jusqu’à enlacer ses voisines en vague souterraine . Mais du germe, le jeune plant , seul forçant la terre pour s’en extraire, doit déployer sa fine tige, se parer d’ailes éventail, éolienne, véritable usine photovoltaïque, énergétique. Métamorphose en solitaire en se parant d’une jupe multicolore, corolle offerte au vent, aux butineuses pour espérer dans cet acte d’amour , avant la mort ultime ,donner la vie .

Il est un voyage solitaire  , biologique, temporel, saisonnier, métaphysique et solaire. Il est un jardin, oasis dans le désert où je viens me poser et laisser voleter alors des graines de pensées, d’immortelles, coquelicots et chèvrefeuilles, de véroniques et de violettes. Sur les sentes de la rivière ou de flancs de montagne, loin de la jungle , vers une  clairière, ce voyage intérieur, dieu seul sait où il me portera.