Alerte sirène, marée noire!

1.tomek setowski

La marée était en noir

En eaux troubles et boueuses

Désarroi de langueur et naufrage d’espoir

Roches fracassées par des vagues impétueuses

Acerbes et aiguisées comme autant de brise l’âme

Colérique femme-tempête éclatant les miroirs

new5Redmer Hoekstra

Pirate et flibustier

Plutôt que l’allumette

Briquet temps ,pétard mouillé

Amadouer les creux, les crêtes

Regardez le plonger

Sa mèche d’âme à doux

Pécheur de l’éternel féminin

Surcouf rescousse malgré tous les remous

Etincelle aquatique, lui l’enflammé

Joaillier des mers en gemme de joie allié

Cynique quand est silex

Tranchant comme diamant

Du Carbone atomique

Il devient aimant

Capitaine au sextant

Parfois déboussolé

Quand loin du pittoresque

Guette alors les sirènes

Au chant polyphonique

Largue les amarres vers

Ces femelles oniriques

Unies vers le fantasmagorique

Illustrations-Bizarres-par-Redmer-Hoekstra-06

Leur tornade sensuelle dans la cale l’a jeté

En attente d’un demain pour que la galère

Par l’océan absorbée et les marins noyés

Abyssale destinée; Bienvenu en enfer

D’un naufrageur en pleine mer

A l’allumeur de réverbères

De l’échoueur d’épave en flamme

L’ironique sauveur d’âme

Réanimateur de vie par la pensée

Chahutant le chalut et jetant les filets

Attraper coquilles de désir en toute volupté

Fruits de mer défendu d’un paradis liquide

Crustacés crus et nus

Mi femme  mi poisson,

Apparence trompeuse d’appâts poison

Anthropomorphique

Et maléfique

 

Faire couler les encres sans jamais les jeter

Médusé des radeaux, épiant les sirènes

Les naïades, cheveux algues épiques

L’aventurier des mondes métaphysiques

Provocateur poches vides et mains pleines

Réchauffe l’atmosphère et comme brise -glace

Cherche à dévoiler des icebergs immergés

Les traits de caractère et personnalités

Alerte sirene ,marée noire-p Lafraise

Il appâte, il sourit il taquine gougeât la passion

Baleine, anguille, ablette ou thon

Frétillant à sa ligne ayant gobé l’hameçon

Tate du cachalot à grand coup de harpon

Portant sur son dos fin cicatrices d’écaille

Tatouage d’un fer rougi aux braises d’un feu de paille

Quand la passion n’a rien d’alimentaire

Ou  , que du fruit, la cueillette éphémère

Transforme la symbolique

Et comme un incendiaire

Jette l’huile sur le feu et la fumée sur l’eau

Marchant alors sur l’air et volant dans les flots

 

 

Un don , deux mains , des ailes ou des nageoires

Que serait ce pirate , crochet ostentatoire

Une arête dans la gorge après une queue de poisson

De couler sans sombrer jette l’ancre de raison

Si de ses périples il ne faisait escale

Et n’accostait qu’à des iles sans « elles

Esseulé, harcelé par les vents et marées

Redmer Hoekstra-im3

Peaux de nacre, lèvres de corail

Vêtues de plumes et d’écailles

Tentacules et algues mouvantes

Anguilles électriques glissantes

Charment le marin hébété, égaré

Par la voix dans la brise qui susurre

Dans chaque goutte d’écume elle murmure

Elle chantonne et étonne

Quand en tonnerre gronde et entonne

Avec se mythiques sœurs des flots

Un chœur, un cantique  païen qui résonne

« Balloter par le cœur, le pieux navigateur

Démâter et couler son frêle bateau »

Torpillé par cette vibration d’âme

Esprit vrillé, corps chaviré

Entrainé par les fonds encre noire des abysses

Vers un dernier soupir aux portes du silence

Bulles d’air microscopiques

S’échappant de sa bouche

En points de suspension

Parenthèse qu’il touche

La fin des temps, moment critique

Il perçoit enfin l’éphémère infini

Les poumons écrasés par toute cette pression

Tandis que son vaisseau , coquille de noix vide

Essuyant le flux et le reflux de l’oubli

Bouteille sans message se tord, se bride

Le hurlement, le cri primal

L’expression crue et animale

De ses lèvres scellées par un baiser létal

En vain ne peut s’en échapper

Happé par ses propres chimères

Ses leurres, ses images  » éclairs »

Blessé, meurtri, mourant une fois de plus

Expiation d’une légende, d’un rituel

Attraction fatale, homme aux sens corrompus

Désir de puissance de mâle sempiternel

Pitre éternel en sacrifice stérile

Faiblesse de la chair, s’y brule les ailes

Surreal-Iliustrations-redmer-Hoekstra-25

Que n’effleure du mâle que l’amer

Du chaos ne perce la lumière

De la peur du vide et du vertige

Prisonnier des algues callipyges

Femmes végétales remontant des abimes

Charmantes et envoutantes supplice sublime

l’enchainent vers le mystère des profonds précipices

beautiful-arts-by-tomek-setowski-18

La marée était en noir

Mais comme elle était belle

Sur la plage brillant comme un miroir

La ligne d’horizon ,océanique ciel

Et juste un grand livre ouvert, échoué..

… L’Odyssée

Illustrations : 1,7- Tomek Setowski   2,3,5,6 -Redmer Hoekstra    4-original du texte illustré P Lafraise

Texte : P Lafraise

Case 3 – Morice Bénin « Jeux » du je (Paroles à découvrir)

Rien n’est pire que les prévisions prévisionnelles

Qui nous font quadriller la vie, la compartimenter comme un théorème

Jeux d’homme, je donne

 

Rien n’est pire que de sentir la marée montante comme une sève qui coule en soi et d’ avoir toujours peur de la faire voir

Jeu de femme , jeu de femme

voici les jeux d(homme, voici les jeux de femme

Engeance de nos décompositions  comme un sapin dégénéré

Nos rites et nos jeux nous ressemblent d’une complexité rare

Rien n’est pire que de brouiller cette vision d’homme que dans la chaleur maternelle qu’elle concède à son petit garçon

Jeu d’homme, jeu d’homme

Rien  n’est pire qu’au nom de libération sexuelle des femmes se laissent baiser par des hommes comme elles feraient faire pipi à leur chien

Je femme, jeu de femme

Voici les jeux d’homme, voici les jeux de femme  et ainsi aeternam qualifiés pour la coupe des enfants rois et des mamans  sauvages le chassé croise entre homme et femme

Jeu de maman cocon et de papa  guerriers  d’une complexité rare

 

Rien n’est pire que la fascination de la machine mégalomanies infantiles  que nourrit l’homme envers tout ce qui vit

Jeu d’homme et de zizi

Rien n’est pire que la tentaculeuse matrice carte maitresse des génitrices , noyau de l’homme qui le noie et le fascine

Jeu de femme et de niche

Voici les jeux d’homme, voici les jeux de femme

Ce monde est triste mais il s’acharne à paraitre joyeux

ce monde est laid mais il s’identifie tant bien que mal à ces vitrines , ces modes, ces imageries d’une complexité rare

Rien n’est pire que de  se vivre que   point  unique , sans règle, sans nom , sans emprise se croire être libre et vouloir s’en sortir

Jeu d’indigestion apoplectique

Rien n’est pire que de considérer la société comme une araignée carnivore tissant sa toile en nous empêchant d’éclore

Jeu d’homme et de martyre

Car notre prison c’est nous-mêmes aux jeux du je, nos théorèmes , nos cocons soyeux pour nous satisfaire , nous ne pissons plus sous les réverbères mais nous gardons tout en nous-mêmes pour l’hypothétique prothèse

Mais il arrive celui que t’ais choisi et qui te choisit  et vous êtes nus comme des vers luisants relié à l’autre puisque  coupés jeu même particules de l’univers télescope de l’autre mer

Il vient  jusqu’à toi et tu vas jusqu’à lui rencontre au milieu de la rivière

Chacun laisse son rivage derrière  passage du fleuve jouissance pour une mutation de voyance; voilà qu’il t’ouvre ses yeux , voilà qu’il te tend son sexe si tu veux pendre vers lui tes yeux  si tu le reçois en ouvrant ton sexe circuit de corps et de matiere

Union de l’esprit, de la chair  incarnation terrestre , puissance de ta flèche, archer qui pince la corde du réel comme un signe de vers l’éternel

Comme 2 aimants qui rejoignent leur matrice

Comme 2 feuilles au bout d’une branche reliée à l’arbre universel

jeu tel ….; je te l’ai  , les  …..lis..

A tire d’ailes , quand 3 papillons font s’exprimer le  » silencieux » .

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Un jour, un ami turc nous conta une histoire: Assis près d’un feu de camp , lors d’un séjour dans ses chères montagnes, il se met à contempler les flammes t part dans un temps de rêverie et de questionnement ‘intérieur ». Ce qui le sort de sa torpeur est le bruissement d’ailes, ce léger bruit de frémissement dans l’air . Il voit un papillon voleter autour du foyer de pierres où sont posées les buches de bois enflammées. Le paillon se pose sur l’une des pierres, déploie ses ailes somptueuses et s’envole vers les prés. Mon ami se dit alors : « je sais ». Mais un autre papillon s’approche de lui , volète autour de lui. Il se met à tourner autour des flammes et va se poser sur les cendres . Il y reste un petit instant , immobile et reprend son envol .  » Je sais maintenant ! « dit mon ami au vent. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, un troisième papillon apparait et se jette immédiatement dans le cœur du brasier , attiré irrésistiblement par les flammes. Alors mon ami se tourne vers la montagne et dit : « merci vous m’avez donné la réponse à la question que je me posais ». Son récit s’arrête là me laissant plus ou moins perplexe sur le sens à donner et la réponse trouvée dans ses montagnes . Doit-on comme le troisième papillon se jeter dans le feu et se bruler les ailes pour connaitre une vérité? Sait-on, de la vie , de l’amour, de la mort la signification qu’au moment ultime?
Que devais-je savoir de sa question initiale et de la réponse apportée par Mère Nature ? C’est à travers la recherche de traductions en français de poètes turcs dont il indiqua les noms que la clé de l’énigme fut résolue. La parabole des 3 paillons fait partie des poèmes et histoires que l’on répète depuis des millénaires dans le cercle des vrais amants comme le dit Attar, un des vieux sages d’ Orient ;
Une nuit les papillons se réunirent pour apprendre la vérité sur la lumière de la bougie.
Et ils décidèrent que l’un d’entre eux devrait aller recueillir des nouvelles de ce rougeoiement qui les intriguait. L’un d’eux s’envola jusqu’à ce qu’il discerne au loin une bougie brûlant à la fenêtre d’un palais. Il ne s’approcha pas et revint dire aux autres ce qu’il croyait savoir. Le chef des papillons écarta son témoignage en disant : « Il ne sait rien de la flamme. »
Un papillon plus passionné que le précédent partit et franchit la porte du palais. Il voleta à la lueur de la bougie ; confus, désireux d’en savoir plus mais craintif et il s’en retourna pour raconter jusqu’où il avait été et tout ce qu’il avait subi et vu ; après son récit, le mentor dit :
« Tu n’as pas les signes de celui qui sait pourquoi la bougie a une telle lueur. »
Un autre papillon s’envola d’un vol vertigineux, se mit à tournoyer ardemment près de la lumière, il s’élança et plongea dans une transe frénétique vers la flamme, son corps et le feu se mélangèrent. Le feu engloutit le bout de ses ailes, son corps et sa tête. Son être s’embrasa d’un rouge violent et translucide. Et lorsque le mentor aperçut ce flamboiement soudain ainsi que la forme du papillon perdue dans les rayons rougeoyants, il dit alors :
« Il sait, Il sait la vérité que nous cherchons,
Cette vérité cachée dont nous ne pouvons rien dire »

Un poète ,Mevlana Djalâl ad-Dîn Rûmî reprend cette image des 3 papillons dans un poème écrit au XIIIeme siècle.
Les personnes  de ce monde sont comme les 3 papillons devant la flamme d’une bougie .
Le premier s’approcha très prés et dit :  » je sais à propos de l’Amour »
Le second frôla délicatement la flamme de ses ailes et dit :  » je sais comment le feu de l’ Amour peut bruler ». Le troisième se jeta dans le cœur de la flamme et consuma .Lui seul sait ce qu’est l’Amour véritable.

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Symbolique du feu , des ailes dont le soufisme et les derviches expriment l’ amour divin. Les ailes coupées, le feu qui ne brule plus mais laisse la place aux cendres dans les périodes de doute , de vide intérieur, de peur , de confusion , de fatigue , ou d’ennui. Des voiles de perception tissés par notre Ego, notre  » moi ». Voiles d’illusion bâtis par le cerveau , ces voiles sont personnalités, concepts, caractères , tempéraments, modèles de fonctionnement , désirs inhérents aux personnes nous entourant de plaire ou au contraire de défier et de se rebeller . Il faut apprendre à se débarrasser de ces voiles obscurs pour retrouver le feu brulant coulant dans les veines pour le Bien aimé , Amour de dieu . Dans l’attente et la recherche nous tournons intérieurement sans cesse comme une toupie( comme le font les derviches dans leur rituel extatique) , nous brûlons intérieurement en fondant comme une bougie consumée par le feu. Rumi y fait référence très souvent .  » La lumière propre du visage vient de la chandelle de l’esprit »
Ne reste que parmi les amoureux, des autres éloigne-toi.
Bien que ta flamme embrase le monde,Le feu meurt par la compagnie des cendres.

Se consumer d’ Amour, Mevlana Rumi et ses 60 000 distiques ( poésie composée d’un groupe de 2 vers) se résumait ainsi :  » J’étais cru, je fus cuit , j’ai brulé » ..Le Khamûch .. Le silencieux tel était son nom de plume.

Feu , soleil et atome reviennent en écho dans les écrits, riches d’enseignement à qui sait s’y plonger comme dans les flammes de la bougie pour en déchirer un voile de perception.

« O jour, lève-toi ! des atomes dansent,
les âmes, éperdues d’extase, dansent :
tous les atomes dans l’air et dans le désert,
sache-le bien sont tels des insensés,
chaque atome, heureux ou misérable,
est épris de ce Soleil dont rien ne peut être dit. »

 » Si tu coupes un atome, tu y trouveras un soleil et des planètes tournant alentour,

et si tu coupes ce soleil, il en résultera un feu capable de réduire la Terre en cendres. »

« Tous les atomes qui se trouvent dans l’air, et dans le désert,
Sache bien qu’ils sont épris comme nous.
Et que chaque atome, heureux ou malheureux,
Est étourdi par Ie Soleil de l’âme inconditionnée. »

« La bien-aimée est devenue pareille au soleil,
L’amoureux, tel un atome, se met à danser.
Lorsque tremblote la brise du printemps d’amour,
Chaque branche qui a quelque feuille se met à danser. »

« Dès l’instant où tu vins dans le monde de l’existence,
Une échelle fut placée devant toi pour te permettre de t’enfuir.
D’abord, tu fus minéral, puis tu devins plante ;
Puis tu devins animal : comment l’ignorerais-tu ?
Puis tu fus fait homme, doué de connaissance, de raison, de foi.
Considère ce corps tiré de la poussière :
quelle perfection il a acquise !
Quand tu auras transcendé la condition de l’homme,
Tu deviendras sans nul doute un ange.
Alors tu en auras fini avec la terre ; ta demeure sera le ciel.
Dépasse même la condition angélique,
Pénètre dans cet océan,
Afin que ta goutte d’eau puisse devenir une mer. »

« Je suis l’Océan tout entier, non pas une goutte !
Je ne suis pas un orgueilleux aux faux regards.
Chaque atome à qui je parle en mon muet langage,
S’exclame sans tarder: « Je ne suis pas un atome! »

Goutte d’eau et océan, atome faisant partie d’un tout , des ailes du papillon à celles des anges , les poèmes persans du silencieux Rumi, d’ Attar ne finissent d’inspirer la plume des poètes orientaux. Et ne dirait-on pas à voir tourner les derviches que leurs longues tenues traditionnelles se déploient telles des ailes? Ange ou papillon , à vous d’en éclairer votre chandelle  et d’y trouver une réponse et dans le doute autour d’un feu de camp interrogez donc Mère Nature ! Le vent ou la montagne la souffleront peut-être…

Plume d’ ange – Claude Nougaro


Vous voyez cette plume ?
Eh bien, c’est une plume…d’ange.
Mais rassurez vous, je ne vous demande pas de me croire, je ne vous le demande plus.
Pourtant, écoutez encore une fois, une dernière fois, mon histoire.

Une nuit, je faisais un rêve désopilant quand je fus réveillé par un frisson de l’air.
J’ouvre les yeux, que vois-je ?
Dans l’obscurité de la chambre, des myriades d’étincelles…Elles s’en allaient rejoindre, par tourbillonnements magnétiques, un point situé devant mon lit.
Rapidement, de l’accumulation de ces flocons aimantés, phosphorescents, un corps se constituait.
Quand les derniers flocons eurent terminé leur course, un ange était là, devant moi, un ange réglementaire avec les grandes ailes de lait.
Comme une flèche d’un carquois, de son épaule il tire une plume, il me la tend et il me dit :

 » C’est une plume d’ange. Je te la donne. Montre-la autour de toi.
Qu’un seul humain te croie et ce monde malheureux s’ouvrira au monde de la joie.
Qu’un seul humain te croie avec ta plume d’ange.
Adieu et souviens toi : la foi est plus belle que Dieu.  »

Et l’ange disparut laissant la plume entre mes doigts.
Dans le noir, je restai longtemps, illuminé, grelottant d’extase, lissant la plume, la respirant.
En ce temps là, je vivais pour les seins somptueux d’une passion néfaste.
J’allume, je la réveille :
 » Mon amour, mon amour, regarde cette plume…C’est une plume d’ange! Oui ! un ange était là… Il vient de me la donner…Oh ma chérie, tu me sais incapable de mensonge, de plaisanterie scabreuse… Mon amour, mon amour, il faut que tu me croies, et tu vas voir… le monde !  »
La belle, le visage obscurci de cheveux, d’araignées de sommeil, me répondit:
 » Fous moi la paix… Je voudrais dormir…Et cesse de fumer ton satané Népal !  »
Elle me tourne le dos et merde !

Au petit matin, parmi les nègres des poubelles et les premiers pigeons, je filai chez mon ami le plus sûr.
Je montrai ma plume à l’Afrique, aux poubelles, et bien sûr, aux pigeons qui me firent des roues, des roucoulements de considération admirative.
Je sonne.
Voici mon ami André.
Posément, avec précision, je vidai mon sac biblique, mon oreiller céleste :
 » Tu m’entends bien, André, qu’on me prenne au sérieux et l’humanité tout entière s’arrache de son orbite de malédiction guerroyante et funeste. À dégager ! Finies la souffrance, la sottise. La joie, la lumière débarquent !  »
André se massait pensivement la tempe, il me fit un sourire ému, m’entraîna dans la cuisine et devant un café, m’expliqua que moi, sensible, moi, enclin au mysticisme sauvage, moi devais reconsidérer cette apparition.
Le repos… L’air de la campagne… Avec les oiseaux précisément, les vrais !

Je me retrouvai dans la rue grondante, tenaillant la plume dans ma poche.
Que dire ? Que faire ?
 » Monsieur l’agent, regardez, c’est une plume d’ange. »
Il me croit !
Aussitôt les tonitruants troupeaux de bagnoles déjà hargneuses s’aplatissent. Des hommes radieux en sortent, auréolés de leurs volants et s’embrassent en sanglotant.
Soyons sérieux !
Je marchais, je marchais, dévorant les visages. Celui ci ? La petite dame ?
Et soudain l’idée m’envahit, évidente, éclatante… Abandonnons les hommes ! Adressons-nous aux enfants ! Eux seuls savent que la foi est plus belle que Dieu.
Les enfants…Oui, mais lequel ?
Je marchais toujours, je marchais encore. Je ne regardais plus la gueule des passants hagards, mais, en moi, des guirlandes de visages d’enfants, mes chéris, mes féeriques, mes crédules me souriaient.
Je marchais, je volais… Le vent de mes pas feuilletait Paris…Pages de pierres, de bitume, de pavés maintenant.
Ceux de la rue Saint-Vincent… Les escaliers de Montmartre. Je monte, je descends et me fige devant une école, rue du Mont-Cenis.
Quelques femmes attendaient la sortie des gosses. Faussement paternel, j’attends, moi aussi.
Les voilà.
Ils débouchent de la maternelle par fraîches bouffées, par bouillonnements bariolés. Mon regard papillonne de frimousses en minois, quêtant une révélation.
Sur le seuil de l’école, une petite fille s’est arrêtée. Dans la vive lumière d’avril, elle cligne ses petits yeux de jais, un peu bridés, un peu chinois et se les frotte vigoureusement.
Puis elle reprend son cartable orange, tout rebondi de mathématiques modernes.
Alors j’ai suivi la boule brune et bouclée de sa tête, gravissant derrière elle les escaliers de la Butte.
À quelque cent mètres elle pénétra dans un immeuble.
Longtemps, je suis resté là, me caressant les dents avec le bec de ma plume.
Le lendemain je revins à la sortie de l’école et le surlendemain et les jours qui suivirent.
Elle s’appelait Fanny. Mais je ne me décidais pas à l’aborder. Et si je lui faisais peur avec ma bouche sèche, ma sueur sacrée, ma pâleur mortelle, vitale ?
Alors, qu’est-ce que je fais ? Je me tue ? Je l’avale, ma plume ? Je la plante dans le cul somptueux de ma passion néfaste ?
Et puis un jeudi, je me suis dit : je lui dis.
Les poumons du printemps exhalaient leur première haleine de peste paradisiaque.
J’ai précipité mon pas, j’ai tendu ma main vers la tête frisée… Au moment où j’allais l’atteindre, sur ma propre épaule, une pesante main s’est abattue.
Je me retourne, ils étaient deux, ils empestaient le barreau
 » Suivez nous « .

Le commissariat.
Vous connaissez les commissariats ?
Les flics qui tapent le carton dans de la gauloise, du sandwich…
Une couche de tabac, une couche de passage à tabac.
Le commissaire était bon enfant, il ne roulait pas les mécaniques, il roulait les r :
 » Asseyez vous. Il me semble déjà vous avoir vu quelque part, vous.
Alors comme ça, on suit les petites filles ?
Quitte à passer pour un détraqué, je vais vous expliquer, monsieur, la véritable raison qui m’a fait m’approcher de cette enfant.
Je sors ma plume et j’y vais de mon couplet nocturne et miraculeux.
– Fanny, j’en suis certain, m’aurait cru. Les assassins, les polices, notre séculaire tennis de coups durs, tout ça, c’était fini, envolé !
Voyons l’objet, me dit le commissaire.
D’entre mes doigts tremblants il saisit la plume sainte et la fait techniquement rouler devant un sourcil bonhomme.
– C’est de l’oie, ça… me dit il, je m’y connais, je suis du Périgord
Monsieur, ce n’est pas de l’oie, c’est de l’ange, vous dis je !
Calmez vous ! Calmez vous ! Mais vous avouerez tout de même qu’une telle affirmation exige d’être appuyée par un minimum d’enquête, à défaut de preuve.
Vous allez patienter un instant. On va s’occuper de vous. Gentiment, hein ? gentiment.  »

On s’est occupé de moi, gentiment.
Entre deux électrochocs, je me balade dans le parc de la clinique psychiatrique où l’on m’héberge depuis un mois.
Parmi les divers siphonnés qui s’ébattent ou s’abattent sur les aimables gazons, il est un être qui me fascine. C’est un vieil homme, très beau, il se tient toujours immobile dans une allée du parc devant un cèdre du Liban. Parfois, il étend lentement les bras et semble psalmodier un texte secret, sacré.
J’ai fini par m’approcher de lui, par lui adresser la parole.
Aujourd’hui, nous sommes amis. C’est un type surprenant, un savant, un poète.
Vous dire qu’il sait tout, a tout appris, senti, perçu, percé, c’est peu dire.
De sa barbe massive, un peu verte, aux poils épais et tordus, le verbe sort, calme et fruité, abreuvant un récit où toutes les mystiques, les métaphysiques, les philosophies s’unissent, se rassemblent pour se ressembler dans le puits étoilé de sa mémoire.
Dans ce puits de jouvence intellectuelle, sot, je descends, seau débordant de l’eau fraîche et limpide de l’intelligence alliée à l’amour, je remonte.
Parfois il me contemple en souriant. Des plis de sa robe de bure, il sort des noix, de grosses noix qu’il brise d’un seul coup dans sa paume, crac ! pour me les offrir.

Un jour où il me parle d’ornithologie comparée entre Olivier Messiaen et Charlie Parker, je ne l’écoute plus.
Un grand silence se fait en moi.
Mais cet homme dont l’ange t’a parlé, cet homme introuvable qui peut croire à ta plume, eh bien, oui, c’est lui, il est là, devant toi !
Sans hésiter, je sors la plume.
Les yeux mordorés lancent une étincelle.
Il examine la plume avec une acuité qui me fait frémir de la tête aux pieds.
 » Quel magnifique spécimen de plume d’ange vous avez là, mon ami.
Alors vous me croyez ? vous le savez !
Bien sûr, je vous crois. Le tuyau légèrement cannelé, la nacrure des barbes, on ne peut s’y méprendre.
Je puis même ajouter qu’il s’agit d’une penne d’Angelus Maliciosus.
Mais alors ! Puisqu’il est dit qu’un homme me croyant, le monde est sauvé…
Je vous arrête, ami. Je ne suis pas un homme.
Vous n’êtes pas un homme ?
Nullement, je suis un noyer.
Vous vous êtes noyé ?
Non. Je suis un noyer. L’arbre. Je suis un arbre.  »

Il y eut un frisson de l’air.
Se détachant de la cime du grand cèdre, un oiseau est venu se poser sur l’épaule du vieillard et je crus reconnaître, miniaturisé, l’ange malicieux qui m’avait visité.
Tous les trois, l’oiseau, le vieil homme et moi, nous avons ri, nous avons ri longtemps, longtemps…
Le fou rire, quoi !

Prendre Corps – Gherasim Luca

 

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je te flore, tu me faune
je te beau, je te porte et te fenêtre
tu m’os, tu m’océan
tu m’audace, tu me météorite
je te clé d’or, je t’extraordinaire
tu me paroxysme
tu me paroxysme et me paradoxe
je te clavecin, tu me silencieusement
tu me miroir et je te montre
tu me mirage, tu m’oasis
tu m’oiseau, tu m’insecte
tu me cataracte
je te lune, tu me nuage
tu me marée haute, je te transparente
tu me pénombre, tu me translucide
tu me château vide et me labyrinthe
tu me pare à l’axe et me parabole
tu me debout et couché
tu m’oblique
je t’équinoxe, je te poète
tu me danse, je te particulier
tu me perpendiculaire et sous-pente
tu me visible, tu me silhouette
tu m’infiniment, tu m’indivisible
tu m’ironie
je te fragile, je t’ardente
je te phonétiquement, tu me hiéroglyphe
tu m’espace, tu me cascade
je te cascade à mon tour
mais toi tu me fluide
tu m’étoile filante, tu me volcanique
nous nous pulvérisable
nous nous scandaleusement jour et nuit
nous nous aujourd’hui même
tu me tangente
je te concentrique, concentrique
tu me soluble, tu me soluble
en m’asphyxiant et me libératrice
tu me pulsatrice, pulsatrice
tu me vertige, tu m’extase
tu me passionnément, tu m’absolu
je t’absente
tu m’absurde
je te narine, je te chevelure
je te hanche, tu me hante
je te poitrine, je buste ta poitrine
puis te visage, je te corsage
tu m’odeur, tu me vertige
tu glisse, je te cuisse
je te caresse
je te frissonne, tu m’enjambe
tu m’insupportable, je t’amazone
je te gorge, je te ventre
je te jupe, je te jarretelle
je te bas, je te bach
oui je te bach pour clavecin
sein et flûte
je te tremblante, tu me séduis
tu m’absorbe, je te dispute
je te risque, je te grimpe
tu me frôle
je te nage mais toi tu me tourbillonne
tu m’effleure, tu me cerne
tu me chair, cuir, peau et morsure
tu me slip noir
tu me ballerine rouge
et quand tu ne haut talon pas mes sens
tu les crocodile
tu les phoque, tu les fascine
tu me couvre et je te découvre
je t’invente parfois
tu te livre
tu me lèvre humide, je te délivre
je te délire, tu me délire et passionne
je t’épaule, je te vertèbre
je te cheville, je te scie les papilles
et si je n’omoplate pas avant mes poumons, même à distance tu m’aisselle
je te respire
jour et nuit je te respire
je te bouche, je te balai
je te dent, je te griffe
je te vulve, je te paupière
je te haleine, je t’aime
je te sens, je te cou
je te molaire, je te certitude
je te joue et te veine
je te main, je te sueur
je te langue, je te nuque
je te navigue, je t’ombre
je te corps et te fantôme
je te rétine dans mon souffle
tu t’iris
je t’écris
tu me pense.

Texte : Gherosim Luca

Illustration : Gdzislaw Bekzinski

 » If  » de Rudyard Kipling (chanté par Bernard Lavilliers)

La statue d’un homme, hommage au « petit taureau » Claude Nougaro

statue-s-langloys-webLe monument , Claude Nougaro est toujours vivant et flamboyant dans la ville de Toulouse. Apres son immense portrait, photographie d’Odile Mangion , rue Pargaminière , une statue grandeur nature de l’artiste a été dévoilée au public, le 09 septembre 2014, square Charles de Gaulle . Elle représente le chanteur-poète en mouvement, «comme s’il marchait au milieu des Toulousains, comme un passant», a déclaré le sculpteur Sébastien Langloys.

Ce sculpteur toulousain était prédisposé à réaliser le bronze du  » petit taureau » tel qu’on appelait Nougaro . En effet , il avait déjà proposé, il y a 6 ans, un projet d’une statue de l’artiste assis sur un banc en train de rédiger les paroles de sa chanson Nougayork pour l’ aéroport Toulouse Blagnac . Pour son Nougaro , marcheur pour l’éternité dans la ville rose , il en partage la paternité avec plus de 400 sculpteurs en herbe. « J’ai demandé aux Toulousains d’apporter leur touche pour qu’elle soit aussi la leur ». Chacun a pu déposer sa pincée d’argile sur le bonhomme d’un mètre soixante-dix. En accord avec la famille Nougaro, il a immortalisé  » l’enfant des Minimes , à 40-45 ans dans la force de l’âge, marchant les bras entrouverts, on pourra lui prendre la main. Je veux qu’il swingue, que l’on voit le petit taureau roulant des épaules ».

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Lui qui souhaitait être , plutôt qu’une statue, une stature dans la chanson française aurait été fier , du haut de ses 85 ans de la présence de sa famille , femmes et filles , après Cécile et Fanny, Théa sa troisième fille. Hommage émouvant pour les 10 ans de sa mort que les vers d’un de ses poèmes méconnus : La statue de l’homme

Faut il briser la statue
La statue de l’homme
Si je la casse je me tue
J’hésite en somme

L’homme est absurde
Bon c’est dit
C’est comme ça, rien à faire
Il invente un paradis
Il te le tend, c’est l’enfer
Que faire, que faire
Que faire, que faire
Devenir fou comme Antonin ?
J’aimerais tant boire un peu d’air
Et je m’écroule dans du vin

Bientôt quatre heures du matin
Toutes mes filles sont au diable
D’amour pourtant j’avais si faim
L’amour ce divorce à l’amiable

Allez chanteur il faut chanter
Si y a pas de joie chante ta peine
Ce vieux pain de l’humanité
Pour certains affamés
C’est encore une aubaine

Faut il briser la statue
La statue de l’homme
Si je la casse je me tue
J’hésite en somme .