Billet d’humeur-Sortir d’une bulle vers une lettre ouverte à ….

Andriy Dykun

Etrange comme il est plus facile de poser un voile sur ce qui vous touche personnellement en cherchant à traiter d’un sujet de manière plus ou moins méthodique , de cacher les émotions et sentiments , les points de vue subjectifs et de faire disparaitre le  » je » sous une avalanche de références parfois invérifiable quant à leur véracité . Est-il préférable de renvoyer l’image du miroir en abordant un thème de société plutôt que d’oser se mettre à nu et de témoigner juste habillée de sa pudeur, de ses limites , de ses tabous, de ses frontières infranchissables cloisonnant le jardin secret.Sphère publique, privée  et intime dont nous définissons les bords, les contours souvent flous ou encore inconnus de nous-mêmes.Nos expériences de vie, les modèles éducatifs, culturels, nos croyances servent et desservent notre vision  du monde, de la société dans lequel nous vivons mais aussi  vision macroscopique de la cellule familiale. De ce billet d’humeur , en faire une lettre ouverte et du « on » passer à  » nous » sans oublier pour une fois le « tu » et le « je ».

Extrait de dialogue (en est-ce vraiment un ou 2 monologues menés en parallèle ?)

 » Je ne sais pas  si cela m’aide de devoir déballer mes histoires à ce ‘spécialiste’ , il m’écoute et  me pose une question à laquelle je ne peux pas répondre .. Du coup  il y a de longs silences.

-Comment vis tu ces instants ?

  • Je peux raconter cela à n’importe qui d’autre , mais cela ne change rien , je me sens toujours aussi mal
  • -pourquoi, alors ne lui dis-tu pas ? Qu’espères-tu lors de vos séances ? Il t’a été proposé d’intégrer un groupe de paroles entre jeunes ayant les mêmes problèmes, les mêmes difficultés de vie , tu refuses.
  • _Oui mais non !!Ils ne sont pas moi et je ne suis pas eux . Personne ne peut entrer dans ma tête et comprendre .Je m’en fous des autres !!
  • Tu t’en fous ? Alors pourquoi passer des heures à servir d’éponge émotionnelle à chatter sur le Net et à t’attrister du malheur de X ou Y ?

Ce n’est pas pareil , eux je les connais. »

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Vous est-il arrivé d’avoir la sensation de vous trouver alors devant une personne enfermée dans sa bulle et qui ne perçoit de vous que des mimiques qu’elle ne sait décrypter sans pouvoir ou vouloir entendre les mots prononcés? L’image d’un autiste ne sachant sentir les émotions de l’autre et ne pouvant les assimiler , les reproduire ou y répondre . Trop de connexions neuronales ou pas assez différenciées que les expériences et apprentissages de vie n’ont pas sélectionnés .

Impossible de franchir l’enceinte  de la citadelle dans laquelle s’enferme l’adolescent . Rien ne peut lui faire prendre du recul ou relativiser ses obstacles de parcours.L’envie de lui faire sentir la détresse d’un jeune du même âge confronté à ses réalités de vie .Point n’est besoin de prendre le cas d’un jeune dans un pays privé de toute liberté . » Oui , je sais !! » sera la réponse , véritable leitmotiv ..oui , la faim dans le monde , oui l’esclavage sexuel ou non , oui les persécutions, les guerres ..

Oui , je devine ta propre souffrance d’avoir été maltraitée lorsque tu as été prise comme bouc émissaire au collège de ces sempiternelles boutades , bousculades, détériorations matérielles ( vêtements, affaires scolaires) répétées maintes fois, de ces paroles et gestes agressifs à ton encontre  de ce harcèlement envers toi , « l’intello » , qui t’a fait arrêter de prendre la parole en classe , qui te faisait baisser la tête et vouloir disparaitre dans un trou de souris  si tu avais une des meilleures notes à un devoir scolaire . Oui j’ ai été témoin impuissant de ton isolement volontaire, de ta traversée du désert sans aucune amitié forte et vraie, oui j’ai assisté à ton enfermement dans un monde virtuel , te croyant te protéger du regard et du jugement à travers des écrans interposés. Tu parles  d’une armure ? Plus insidieuse, plus toxique est cet abandon de réalités dans un monde d’illusions . Menteur pathologique , ainsi se définit le fils de quelqu’un , s’il lit ces mots , se reconnaitra . Du pathos , tu en as eu un aperçu lorsque ton père t’accorde le premier prix d’interprétation féminine, catégorie jeune espoir et te déconsidère dans ta tristesse, ta douleur d’adolescente en te complimentant avec mépris et cynisme de grande actrice ! Oui tu peux rire aux éclats à une blague de plus ou moins mauvais gout , oui tu t’amuses à choquer à travers des twitt, tu te camoufles ou tu noies le vrai toi dans des jeux puérils, dans des activités insignifiantes alors que tu pourrais utiliser ton énergie à des causes plus constructives à mes yeux d’adulte .oui j’ai l’impression de voir se taire ou se tarir la source d fierté quand tu semblais si mature , dans ton enfance, si sociable , si concernée par le bien-être et le bien-agir d’autrui et que tu étais la première à t’enthousiasmer pour une innovation , une idée . Oui toi qui m’a convertie au tri sélectif, à éviter tout gaspillage , à recycler, à la simplicité volontaire. Un mensonge quand tu jouais à la petite princesse et tirait partie de la situation de parents séparés te faisant offrir ce que maman refusait et que papa t’accordait .Oui tu te rends compte que le portefeuille du père n’est pas ce dont tu as besoin pour soulager tes maux et surtout pas de cette guerre souterraine, larvée, camouflée quant à une autorité que tu remets en cause et sur le bien fondé du souhait de passer des moments ensemble .

Oui , la vie n’est pas faite que de désirs assouvis, de satisfaction .oui les adultes aussi mentent, trichent, se dressent en dictateur. As-tu déchargé le fardeau de tes épaules auprès d ta psy  quant aux relations conflictuelles père/fille? Comment as-tu vécu la rupture de tout contact pendant plus de 3 mois et qui aurait pu devenir une éternité si une tierce personne n’avait pas rappeler les droits et les devoirs de chacune des 2 parties en cause .Oui , je me doute que cela rouvre d’anciennes cicatrices que de s’entendre dire  » tu sais , je dois consacrer tout mon temps libre à ta grand-mère , elle est vieille et malade , je ne t’y emmène pas c’est fastidieux et tu t’y ennuierai et difficile de te prendre en vacances d’été cette année. Il ne me reste plus beaucoup de congés et j’aimerai enfin , depuis X années que je t’accorde ce temps pour toi ,partir enfin libre avec ma nouvelle compagne . « Oui , je connais le ton employé et l’impossibilité de répliquer sereinement alors oui un silence de plus et un paquet de misère sur ton dos . Envie de te dire qu’il n’est pas toujours facile de rester serein , de garder son calme et sa bienveillance face aux tempêtes que tu déclenches . Oui , je sais , une des caractéristiques de la crise d’adolescence .On fait tomber les statues de leur piédestal , on saccage les idoles, on cherche à détruire les héros du quotidien sous couvert de se chercher, se découvrir et se construire . Mais qui es-tu ? Qui veux tu être , toi l’adulte en devenir ? Tu revis, sans le savoir les différentes phases d’apprentissage que Mr Piaget décrivait en témoigne le petit d’homme jetant ses jouets au sol et ne se reconnaissant pas encore dans l’image du miroir, dans sa « conscience » de soi qu’il construit . Je ne sais pas encore qui je suis vraiment mais peut-être sais-je ce que je ne suis pas ! Crois-tu disparaitre aux yeux de tous en t’affublant de larges vêtements informes? Ne penses -tu pas que j’ai deviné un problème que tu voulais éviter absolument dissimulé lorsque du jour au lendemain , tu t’es mise à quasiment t’arracher la peau à force de te frotter au gant de crin pendant des heures sous la douche? Le bruit de l’eau ruisselante ne cachait pas tes sanglots ? Et le refus d’être enlacée pour le bisou maternel du soir, ta fuite glissante comme une anguille pour éviter tout geste de tendresse accompagné alors d’un regard hargneux, animal sauvage blessé prêt à bondir ou prendre la fuite ?? Je n’en dévoilerai pas plus ici en espérant que ce qui a agressé et saccagé ton « jardin secret » ne détruise pas de façon irrémédiable ta future vie de femme.

 

Combien futile il me semble de tester avec toi ce qui aurait pu être le fil conducteur d’une liste non exhaustive de techniques , de traitement les plus simples et les plus sains loin de la pharmacopée des grosses industries du médicament miracle anti stress, anti déprime, anti fatigue de soi . Tu demandes désespérément l’accès à la boite à outils pour faire face aux expériences douloureuses de la vie . Comment sortir de l’état statique de celui ou celle qui subit les aléas, les circonstances de vie qu’on ne peut maitriser . Comment réagir pour pouvoir enfin agir, redresser le cap , se relever et poursuivre l’aventure . Apprendre à connaitre ses mécanismes de défense et le mode de fonctionnement mental face à des situations mettant en jeu l’affect , les émotions, les sentiments, le ressenti quand tel une allergique, un asthmatique on développe une hypersensibilité aux facteurs d’agression?

Comment te convaincre ou plutôt te déclencher la motivation , l’acceptation de la confrontation ou  de la mise en commun de notions connues , simples ou découvertes dans le combat quotidien par d’autres adolescents tout comme toi .Leur parole n’en a que plus de poids, ils sont les alliés de chacun . Base d’une éducation thérapeutique , ces moments de partage en groupe , unis par les mêmes chaines et boulets de la vie sont source de remède en mots pour les maux . Discussion , mise en situation ou jeu de rôle, exercices pratiques  s’accompagnent du vécu de chaque membre à bord de cette galère . Chaque ado ,  après avoir ramé seul dans son coin , s’ouvre au témoignage de l’un d’entre eux, l’un des leurs .Les commentaires, les blagues et anecdotes sur leur parcours, leur essai de traitement , effets secondaires , ratages, exprimés dans leur langage si particulier pour nous adultes perdus sans traducteur déconstruisent les  » oui, je sais » en  » si ça  a marché pour toi , pourquoi n’essaierai-je pas ? »

Du conseil diététique  » et oui , un verre de lait et de miel , ça peut aider à ré apprivoiser la douceur avant l’endormissement »  du  » et toi , Rescue  en gouttes  les fleurs de Bach plutôt que le » passe ton bac d’abord! Tu en penses quoi « ? Ça t’a fait quoi ? De la mélatonine en tube aux plantes en tisane décoction ou en comprimé , ça change de certaines autres plantes (et je ne parle pas de celle des pieds !).

Sophrologie, diététique, activités physiques et sportives, relaxation, yoga, méditation, approche des addictions et comportements à risque, des troubles alimentaires, travail sur l’estime de soi  sont autant de sujets abordés sous forme de jeux, proposition d’en faire une chanson , un court métrage  en commun , les outils technologiques sont à disposition pour arriver à communiquer ensemble , avec une petite aide de l’un et de l’autre , le jeu du  » je » crée de nouvelles règles  et de vraies crises de rire remplacent progressivement l’état critique , la guerre contre soi-même pose une trêve . Ne plus être désarmé, isolé mutique dans sa souffrance mais s’armer de la force de ses faiblesses , accepter ses fragilités en trouvant l’outil  approprié pour que les larmes des maux laissent enfin place  à la luxuriante explosion des efforts récompensés, de la volonté et la ténacité à Vivre , à mettre de la couleur sur les idées noires .

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Reprendre le style journalistique et lister les techniques , les traitements ou quitter son masque  des pseudos » savoirs » en un témoignage qui pourrait débuter ainsi : Lettre ouverte aux parents , qui comme moi, n’ont pas la chance d’avoir un adolescent faisant partie des 85% sans trop de problèmes. Pas question d’écrire un roman fleuve sur l’historique des évènements ou de raconter par le détail les étapes du marathon de nos vies ( vécu du père et de la mère et arrivée de l’enfant prodigue, éclatement de la cellule familiale etc ..). Le « pitch » de notre film est relativement classique , une comédie dramatique où joie et tristesse se succèdent dans un quotidien , une routine ponctuée par le rythme scolaire. Les signaux d’alerte de la dégradation psychologique ne sont jamais passés inaperçus ( troubles du sommeil, début de modification dans les habitudes alimentaires  » flirtant » avec l’anorexie, auto-mutilation, somatisation avec douleurs abdominales, vomissements, état de malaise, crise d’angoisse et de panique…) Combien de fois me suis-je sentie impuissante à juguler les crises de pleurs, le mutisme, la perte d’élan vital et l’isolement de plus en plus marqué? Combien de fois ai-je proposé l’intervention d’une tierce personne comme la psychologue qui avait su aider lors d’un premier épisode de difficulté de vie au moment de la puberté? La réponse était toujours la même . « Non maman , cela n’y changera rien , ce n’est pas de ça  dont j’ai besoin ! » Et le dialogue s’installait; un long monologue entrecoupé de larmes, de mains qui cachaient son visage pendant qu’elle déroulait le fil des images : les moqueries, le harcèlement physique et moral, les quelques amis qui vous tournent le dos des que vous n’êtes plus le clown de service, le cynisme d’un père , les questionnements et les doutes face à la quête de son identité et tout ce dont on ne parle pas. De l’art de ne pas être une mère parfaite pourrait figurer dans un des chapitres. Pour nous les parents concernés par notre progéniture il y a une  prolifération de livres, articles de presse ,  conférences et stages pour devenir des parents positifs … Finis les mouvements de parents-copain , de « jeunisme » concurrentiel qui après l’autoritarisme à outrance , installe la relation  » démocratique » ( explications et paroles en tout genre qui perdent le sens du ‘ je ne suis pas d’accord’ ). Merci Mr Ruffo, Marcel pour les intimes de vos bons conseils et autres stars du Psy biz. Vous faites le buzz en développant des centres ou services spécialisés dans la prise en charge d’adolescents difficiles et à chaque publication d’ouvrages.

Et là, chers parents et chers ados, un nouveau paradoxe français apparait . Il semble en effet , sous l’impulsion du suisse Jean Piaget que les différentes étapes de construction de l’enfant et de l’adolescent aient été disséquées mais qu’une orientation très psychanalytique soit devenue la panacée à l’instar de Françoise Dolto ou de ses détracteurs  prenant le contrepied mais toujours dans ce même domaine . Des paroles , il n’en manque pas . Nous voilà , ma « miss » et moi à la recherche du spécialiste ou d’une équipe .

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Première étape :Il nous est indiqué , dans notre commune la possibilité de consultation gratuite au centre médico-psychologique ( CMP). Lors de la conversation téléphonique pour une prise de rendez-vous, l’âge de la future  » patiente » est posé et de s’entendre répondre :  » Désolé, nous ne recevons pas les jeunes de plus de 14 ans , veuillez vous adresser au CMP de la ville préfecture du département .Ici ,  l’effort est  porté  sur le nourrisson et l’enfant pour éviter le développement des troubles psychiques. Adressez vous à ce numéro de téléphone ou contactez « la maison des adolescents » pour accueillir et orienter votre 15-19 ans !!

Deuxième étape . Devant un rendez-vous programmé avec 7 semaines d’attente dans le CMP adapté et sur l’insistance bienveillante de l’infirmière scolaire ( suite à un malaise dans l’enceinte du lycée et d’une discussion sur les retards et absences devenues régulières !) ma Miss , dans un acte de volontarisme se rend à « la maison des adolescents » .Là , de manière anonyme, le jeune peut être dirigé vers des consultations médicales , obtenir tous les renseignements nécessaire à une écoute et aide au travers de prise en charge individualisée ou d’ateliers de groupes  et cela gratuitement . Oui mais non , comme dirait ma fille! Encore faut-il d’abord décrocher un entretien avec un travaillur social afin de déterminer ensemble des besoins et des outils appropriés . Annonce est faite : le premier rendez-vous disponible avec le Saint Graal assistant sociale  dans 8 semaines ( vacances scolaires et emploi du temps surchargé!!!). Nous voici revenues à la case départ . L’urgence psychiatrique n’est pas à l’ordre du jour. C’est une démarche raisonnée et constructive que souhaitent la fille et la mère . Nous tombons d’accord pour chercher de notre propre chef un(e) psychothérapeute en abandonnant pour un temps le circuit pré établi . La demande de mon ado est fort simple , être bilanté, évalué, éventuellement  diagnostiqué et amélioré au niveau de tous ses troubles qui semblent s’aggraver et nuire à son endurance , mettre en péril sa scolarité ( phobie scolaire et sociale de plus en plus évidente).

Troisième étape : armée des numéros de téléphone des psychiatres qualifiés en juvéno pédiatrie glanés dans les pages jaunes de l’annuaire , décrocher la date de consultation la plus rapide . Enfin le  » sauveur »!! Un désistement de patient permet un premier entretien . Le diagnostic de dépression et la nécessité d’une prise en charge en conséquence est prononcée. Validation officielle des maux, de la souffrance, véritable amorce de soulagement pour celle qui s’entendait accuser d’être paresseuse, d’hypocondriaque, de menteuse pathologique, de simulatrice et manipulatrice par son géniteur . Loin de se terminer , le chemin vers la guérison a commencé par ce besoin farouche d’être reconnu dans sa véracité, dans son intensité douloureuse , dans son retentissement invalidant et l’énergie déployée est déjà un tres bon signe. Ne plus  subir, ne plus être passif et regarder sa jeune vie passer à coté de soi comme désincarcéré, déshabité, hors de ce corps que vous avez commencé à haïr au travers du regard que les autres vous renvoyaient sali, déformé, bafoué, saccagé ( les propres mots prononcés quelques jours apres cet entretien par ma petite poucette, lors du repas du soir entre nous). C’est  vers l’un de ses confrères ou consœurs que mon ado a été dirigée pour plus de disponibilité. Informée de la possibilité d’une hospitalisation  au sein d’une unité spécialisée si la prise en charge en ambulatoire hebdomadaire n’étant pas suffisante, un accord , en confiance a été établi. Le duo patient/thérapeute  se donne le temps de bilans plus approfondi et du tremplin prise de conscience , apprentissage d’outils permettant de mettre en place des stratégies et mécanismes de défense , de modifications comportementales repoussant actuellement la mise en place d’un traitement médicamenteux lourd.

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Loin de minimiser les symptômes et leurs conséquences, c’est la reconnaissance et l’acceptation de la pathologie qui fait avancer , enfin tous les membres de la famille. Le mal-être et la mise  en danger par les risques d’un adolescent renvoient à ses parents une culpabilité , une responsabilité de n’avoir pas  su mieux le protéger , nous renvoient vers nos propres angoisses, notre propre adolescence  . Sphère publique, privée, intime s’entrechoquent, s’enchevêtrent  Mais cela est une autre histoire  !

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Etre ou ne pas Etre …Humain

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Qui n’a pas entendu cette réflexion  » L’erreur est humaine » ou le justificatif à défaut d’une argumentation étayée et percutante  » c’est humain »??
Qu’est ce qu’être humain?
Etre humain c’est :
Vivre le conflit , les compromis, les concessions entre l’intuitif et la raison, la logique scientifique et son imaginaire.
Tel un gemme qu’un joaillier , un artisan ont commencé à tailler et polir des facettes créant un prisme . Il y laisse pénétrer un rayon de lumière pour en faire jaillir en ondes colorées les reflets de son âme, émotions , ressentis, sensations , sentiments venant du plus profond de sa roche brute. Comme un iceberg , c’est humain que de ne dévoiler que la partie émergée aux regards , aux rencontres et de ne laisser accoster et creuser que quelques -uns plus téméraires , plus patients ou plus aventuriers de la nature humaine. Sous la surface de l’eau des convenances, des préjugés, se cache le rocher , encore vierge de tout coup de burin .Opaque et sombre, massif , peu attrayant voire repoussant par sa banalité , son manque d’éclat et sa rugosité. Il cache le côté sombre des dangers .Etre humain c’est savoir lentement le faire pivoter sur son axe d’équilibre et d’y voir briller alors l’étincelle qui le différencie du simple petit galet érodé par le ressac marin échoué sur le sable.
Etre humain c’est ce petit grain de sable si semblable à la multitude de ses pairs d’un désert mais qui , sous le sabot d’un destrier des dunes , sous le souffle d’un vent se gorgeant en tempêté ,porté alors au-delà des frontières et au-delà des mers , dans une goutte de pluie verra d’autres horizons . Grain de sable ou goutte d’eau former un tout, tout en étant unique , semblable et différent.

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Etre humain c’est:
reconnaitre ses faiblesses et ses fragilités, faillir, chuter et vivre la déception, la douleur, la déchéance, l’échec, la perte d’une partie de soi même et s’en relever pour construire et reconstruire un présent, un demain .
Cet humain se façonne au cours de ses rencontres, ses croisées de chemin .Parcours initiatique , l’allure ralentie, l’élan s’épuise. l’un des deux fait une embardée ou tourne des talons . Sur la carte du tendre c’est la séparation , long chemin de croix pavé de privation, d’errance solitaire . Et puis l’itinéraire vers une déviation ou une échappatoire et sur un promontoire en vue panoramique s’ouvre le paysage de la contemplation et de la méditation .
C’est ce besoin vital de vouloir exprimer par la plume, la couleur, le son et la lumière .Par le sang , par la sueur et les larmes , par des éclats de rire ou des cris de colère, exposer au grand jour sa joie , sa tristesse, sa peur, sa mélancolie, sa hargne , son envie, son désir à cet autre être humain qui lui a tendu la main et qui sans jugement, sans tabou, en pudeur , en silence accompagnera ses rires et ses larmes dans un respect et une pure innocence d’enfant ou mature sagesse .

De l’enfance, garder les souvenirs enjolivés par le temps. Humain de s’y replonger avec délectation et de garder les yeux écarquillés et le cœur grand ouvert à la beauté des choses simples, une rai de lumière à travers des persiennes faisant danser les grains de poussière, fragments microscopiques de tissus de vie érodés par les frottements du temps.
Ce temps à l’échelle humaine , en accepter la trace des ans . Se réjouir du tatouage indélébile sur son corps. Les rides, scarifications tribales, marqueurs biologiques des émotions, rire aux coins des lèvres, doute du lion sur le front, plissement tectonique palpébral scrutateur étonné. Etrange combat perdu d’avance que de courir après le remède miracle de la jeunesse éternelle, peau lisse artificielle reniant son vécu.
Aimer foncièrement l’humain. Visiter, explorer la nature dans toutes ses différences, ses outrances, ses excès, ses travers et même ses déviances, beauté et laideurs en lumière et ombre projetées dans un voyage au-delà de la raison . Folie ordinaire faisant tomber les masques , rêves et cauchemars en chemins de traverse qui font parfois dérailler ce train en dérision cynique , en basse soumission frôlant de l’égoïsme l’autosatisfaction .
Humain de sombrer dans la noirceur de l’âme en y cherchant malgré tout , à tâtons, l’étincelle nichée, la braise incandescente qu’un petit souffle de vie, une respiration accordée crochète le verrou, soulève un coin du voile et laisse remonter en surface les désirs, les envies, les aspirations en osant affronter ses peurs ancestrales inscrites au plus profond.

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Etre humain c’est:
Reconnaitre qu’on n’y connait rien, voir son ignorance et chercher à la combler en lisant, en écoutant avec attention, en cherchant à comprendre l’incompréhensible. Remettre en cause les dogmes, les vérités, les préjugés, les croyances accumulés au fil des années et savoir dépoussiérer par la rencontre avec l’autre humain dans son être et son vécu, son histoire. c’est déchiffrer parfois le cryptage d’un message envoyé entre les lignes, entre les mots , dans les sens et les non-sens , parfois même dans l’insensé. Entrouvrir la porte des interdits , les failles et les faiblesses, l’illogique, tout ce qui peut faire perdre pieds et réveiller le doute.

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Etre humaine c’est se retrouver dans toutes les femmes bafouées, blessées, martyrisées, massacrées, s’indigner de leur avilissement, instrumentalisation, de voir tous les combats, toutes les luttes, toutes les causes et reconnaitre son impuissance à ne pouvoir agir , à ne pouvoir en supporter le poids du monde sur les épaules .
Humaine de chair et d’os , à la fois mère et putain, madone, icône, muse ou jugée moins que rien quand l’homme efface l’accent circonflexe ,perdant toute certitude d’être sûr d’elle , il la plie sous son joug pour n’être plus que sur elle. D’un diva au divan d’une dit  » vas au divin ou au diable « , va nu pied, sans- culotte, révoltée d’un bonnet affublée, chute du piédestal. Les statues sont brisées. Domination aveugle , qui dans une orthographe revisite les tirets écrivant l’épitaphe de la langue maternelle , abréger des souffrances, des zéros de conduite en leçons de morale , elle redevient objet de vol, de pillage , de mise à sac , uterus à louer ou à prendre de force , à mutiler ou pire. Se cacher, se terrer ou se taire . Où sont les droits, où sont les lois , c’est humain ???

C’est cependant agir dans l’ombre, insoumis, indignés, résistants, anonymes, tendre une main, une oreille ou plus et sans en tirer gloire s’effacer du rond de lumière. C’est savoir qu’on ne sait rien, de plonger encore et encore dans le puits sans fond de la connaissance , de sentir ou ressentir à défaut de pouvoir comprendre, de cultiver le jardin des savoirs , de s’y abreuver et de s’y nourrir sans désirer la satiété . De ses excès , loin de la modération et de la sobriété , lorsque funambule cet humain se sent perdre l’équilibre, prendre du recul , un temps d’arrêt et saisir sans honte le balancier qu’on lui tend, le harnais de sécurité qui, mieux qu’un parachute , si d’un faux pas il tombe ,saura le conforter à mieux recommencer .

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C’est humain le repli stratégique , protecteur dans sa bulle, . Se poser, contempler, réfléchir, s’isoler pour un temps de la foule, du tumulte, du bruit devenu neutre du brouhaha et rebondir alors sur le trampoline des perceptions, des interprétations, des graines d’idée qui germent en effet de miroir , de boomerang revenu . C’est à la fois récepteur, émetteur , transmetteur d’histoire et de mémoire, passeur de rêve et d’espoir , c’est l’homme, la femme, l’enfant porteurs des gènes, passagers de la vie perpétuant les rituels dans « il était une fois..il était une foi » . d’une génération à l’autre, nous, amas de poussière d’étoile, locataire temporaire de la planète Terre . Comme d’autres espèces du monde du vivant , disparaitre. Le sol, l’air et les eaux lui survivront et reprendront leurs droits
Etre humain c’est ne savoir qu’une chose , la fin inexorable , la seule égalité de tous la mort . Humaine , cette vie tel un arbre aux racines du passé , aux branches du présent dressées, aux fruits muris qui tombent et dont les graines germées de demain portent tous les espoirs.
Humain de rire tant qu’il rit avec et non qu’il rit de l’autre, qu’il joue avec et non de l’autre, qu’il se trompe et non qu’il trompe l’autre .Tomber, se relever, hésiter, se tromper , faire erreur ? Errare humanum est , perseverare diabolicum . L’erreur est humaine , on apprend de ses erreurs et Confucius de rajouter  » l’homme sage apprend de ses erreurs et l’homme plus sage encore apprend des erreurs des autres  » , c’est humain !

Texte :pascale Lafraise

Photographies du Net 1,2,3,5 – 4: Embryo, Ruth Bernardh

Sous influence : les dessous de comportement induit librement consenti ou acte de manipulation

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Petite phrase anecdotique au cours d’une conversation :  » tu as toujours été sous influence .. » qui a déclenché illico presto une réaction épidermique, puis viscérale suivi d’un tsunami dans la boite crânienne. Il est toujours surprenant de voir comment l’impact d’un mot, d’une expression, d’une image crée un ensemble de processus cérébraux pouvant aller jusqu’à la symptomatique corporelle de tensions internes. Les cliquetis des rouages et engrenages, les petites voix intérieures bonnes et mauvaises viennent parasiter la paix de l’ estime de soi construite avec le temps, les expériences, les acquis, les épreuves, échecs et succès tout au long de l’enfance et de la longue phase de maturité de vie. Influences, conformisme ou mimétisme, mécanisme de modification, de changement induit ou manipulation consciente et inconsciente, soumission librement consentie pourquoi pas ?

Etre sous influence d’un mouvement d’ouverture d’esprit, de partage de savoirs ou d’apprendre à aller fouiner , à prendre le temps de s’arrêter dans cette vie hyperactive, à s’isoler un peu en ne trainant pas sur les réseaux sociaux si ce n’est y jeter un œil averti , y piocher un lien et creuser , aller lire des avis , des références , des idées et les contre- idées , les mouvances d’intelligence collective . Non pas une consommation pré mâchée instillée au goutte à goutte sponsorisé des médias concoctés par des bien pensants , cul & chemise avec les gouvernants. Lire, écouter , prendre le temps de passer de l’intuition à la raison, réfléchir , analyser .
Sous influence , est -on libre de penser par soi même , de s’affranchir sans tomber dans les extrêmes comme la pensée unique , penser à plusieurs , le mimesis , mimétisme , les coïncidences , les ressemblances , plagiat ou recyclage , dans le processus de création , retentissement des connaissances , imprégnations des émotions, sensations , situations vécues , n’est-il pas normal de re instiller une portion de mélodie, un groupe d’accords musicaux mémorisés et associés à une image , une sensation , une émotion ? Idem pour un dessin, une peinture, sculpture, un texte , un instantané photographique ? Le trait, le mot, le déclic créatif se nourrit de ce qui a été appris, ressenti, mémorisé, intériorisé. Il est le fruit d’actes antérieurs et non pas seulement d’une intention, d’un intérêt, d’une conviction. On peut alors se demander s’il est encore possible de voir naitre des innovations . Y a-t-il vraiment un phénomène de nouveauté ou seulement des éléments d’informations , communications , partages d’idées ayant déjà été perçus , développés ou non à petite échelle et qui grâce à l’outil diffusion via Internet gagne en popularité , en force de frappe ? L’innovation , c’est peut-être le fait d’oser. Oser se lancer seul ou en petit comité dans la réalisation d’un projet, d’un rêve, d’un désir profondément ancré . Se changer soi même et impulser une énergie de changement autour de soi. Oser partager sa passion, devenir son propre patron en proposant son savoir- être, son savoir- faire et ses savoirs scientifiques ou profanes. Agir en citoyen responsable sans attendre les recommandations ou aides de l’Etat, de la région ou d’une association . Dans une démarche individuelle mais non individualiste, montrer l’exemple sans espérer aucune reconnaissance ou aucun jugement de qui que ce soit. A-t-on attendu les effets d’annonce et influences des chefs d’états des nations réunis à la COP 21 pour se lancer à économiser l’énergie, à modifier ses habitudes de consommation, à ouvrir les yeux sur les leurres, les impacts nocifs sur la santé, l’environnement, la qualité de vie au quotidien?
Influencés par la publicité, par la mise en avant en tête de gondole de certains produits, par les rabais alléchants, par le sourire charmeur de la vendeuse, par la gouaille du bonimenteur , par les phéromones et molécules odorantes pulvérisées pour vous appâter, éveiller le désir d’avoir, de posséder , vous soumettre à répondre compulsivement en achetant encore et toujours plus , nous nous laissons parfois manipulés par ceux qui ont bien compris l’enjeu d’appliquer les techniques issues de la connaissance dans le domaine psycho social et cognitif.

Lucynda Lu

L »homme agit et pense en fonction de ses actes antérieurs et non pas en fonction de ses convictions, ses idées ou de ses intérêts . Tel est le constat édicté par Robert Vincent Joule et Jean Léon Beauvois, auteurs du Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens présenté des 1987 (Presses Universitaires de Grenoble) et édité pour le grand public en 2014. plutôt que de jouer sur les stratégies de persuasion ou sur la motivation, la stratégie d’engagement ou de manipulation consiste à amener la personne à effectuer un acte préalable qui par la suite favorisera ou provoquera le comportement recherché . Joule et Beauvois étayent cette théorie en s’appuyant sur des expérimentations illustrant les processus utilisés. « Vous avez besoin de passer un appel téléphonique et avez oublié votre appareil. Faites vous-même le test . Demander aux personnes autour de vous si vous pouvez utiliser leur téléphone pour joindre votre correspondant. Combien le tendront spontanément ? Dans un premier temps, demander l’heure, engager un minimum de discussion et parler du problème majeur auquel on est confronté, cette nécessité d’un appel téléphonique bref mais indispensable. L’ amorçage , par la première petite faveur n’engageant à rien si ce n’est entrer dans une démarche de coopération ponctuelle ouvre la porte vers une procédure de soumission librement consentie , la décision qui conduit à l’acte : la mise à disposition du téléphone . Cette technique est largement appliquée lorsque pour un article attractif soldé mais en rupture de stock est proposé un objet de substitution équivalent mais à prix fort. Qui n’a pas reçu le message du :  » vous avez gagné un voyage de rêve, un caméscope ou tout lot qui , pour que vous puissiez y accéder demande un abonnement à une revue, un passage forcé dans un hall d’exposition de meubles, de voitures etc.. Et comme par hasard , un défaut de fabrication a été constaté, la faillite du tour opérateur du voyage et vous voilà récompensé d’un magnifique lot de couteaux de cuisine, d’un tire bouchon , d’un porte clé « made in china » en dédommagement de votre déplacement ainsi qu’un harassant discours de placement de produits beaucoup plus onéreux et souvent inutiles dans vos besoins actuels. Ce biais de manipulation est basé sur la dissimulation d’informations importantes lors d’une première demande trompeuse permettant d’obtenir une première réponse positive. Outre ce domaine marketing publicité, cette manipulation se retrouve dans le domaine politique, sectaire, religieux, militaire, les groupes de jeunes (facilement influençables)mais aussi dans le management des ressources humaines et des entreprises.

Etre sous influence : Il est des domaines où ce besoin d’être guidé, d’être amené à dépasser le stade des attentes au stade d’engagement et d’action par l’intervention d’une tierce personne vous poussant à faire ce que vous n’auriez pas accompli seul peut se révéler positif. A chacun son rôle: des leaders, des meneurs et d’autres qui suivent , qui exécutent. Rien de mal à ne pas avoir l’esprit de compétiteur, de gagnant mais celui de partenaire, de soutien logistique, de compagnon d’aventure, celui qui seconde, qui épaule, le  » passeur ». L’activité professionnelle ne se conçoit alors qu’au sein d’une équipe . Le partenaire « idéal » dans le domaine affectif , loin d’être un pervers narcissique manipulateur et destructeur est investi du rôle de mentor, de catalyseur pour la bonne chimie du couple. L’un en demande, l’autre en position d’offrir, le duo peut fonctionner harmonieusement .Inciter à faire ce que nous ne ferions pas spontanément, amener quelqu’un à faire en toute liberté ce qu’il est souhaitable qu’il fasse pour qu’il en retire un bénéfice d’avoir dépassé ses blocages , ses automatismes mentaux ( pensée heuristique dotée d’entraves cognitives empêchant de penser librement) nous ouvrent vers une pensée algorithmique , rationnelle et logique où déductions, inférences et comparaisons coupent le « passif » des croyances, habitudes, opinions , stéréotypies et idées reçues engrangées par l’éducation, le milieu social, le discours des medias et l’idéologie dominante. Processus affectif et cognitif que d’avoir ce » sens de l’autre  » en ce qu’il peut influencer la capacité à intégrer le point de vue différent du notre , les interactions des processus de communication . Accepter ou chercher à être guidé, à être remis en cause dans nos représentations, prendre conscience de notre crédulité ou des mécanismes de traitement des informations sous influence de nos biais culturels et sociaux et de nos illusions mentales. Un cerveau averti en vaut 2 et 2 cerveaux fonctionnant ensemble c’est le début d’un accord dominant /dominé qui peut alterner sous influence mutuelle sans manipulation donnant alors libre cours à une intelligence collective en collaboration justifiée , en empathie loin de la pensée dogmatique.

 

Nourris d’émotions et de raisons, cette capacité à accepter le point de vue de l’autre même s’il diffère nous pousse à ouvrir les portes d’une partie de notre monde intérieur, notre  » moi » barricadée, isolée de hauts murs construits brique à brique dans les fausses croyances, les apparences, les faux raisonnements , de persistance dans l’erreur, son auto embrigadement loin de la réflexion et du doute. L’impact des influences de l’autre induisant des actes plus ou moins tardifs apparemment anodins marquerait la qualité de socialisation de manière déterminante dans les choix et décisions ultérieures. La sensibilisation et la persuasion face à une soumission librement consentie, de l’engagement à la manipulation pour une acceptation, une action ou un changement dans les comportements, les neurosciences, la psychologie sociale , l’étude de la nature , de l’esprit humain et des stratégies et processus de fonctionnement ont encore de quoi nous surprendre.

 

 

Koyaanisqatsi (1982)

Premier volet de la trilogie des Qatsi, de Godfrey Reggio et musique de Philip Glass . Ron Fricke ( Chronos, Baraka, met en image cette vie ( qatsi en langage des indien Hopis) de déséquilibre ( koyaanis) 1982. Suivis par Powaqqatsi 1988 (usurpateur de vie) et de Naqoyqatsi 2002 (violence extrême civilisée). Montage sonore et visuel utilisant des échelles différentes d’espace et de temps . Signalés au générique de fin comme inspirateurs de ce projet : Jacques Ellul, Ivan Illich, David Monogoye, Guy Debors et Leopold Kohr.

Jardins partagés: creuser, planter du savoir faire au faire savoir – Graines d’idées, graines de paix.

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« Il faut cultiver notre jardin  » écrivait Voltaire dans Candide. Cultiver au sens agraire mais aussi partager les savoirs , savoir faire et savoir être. Les jardins partagés, jardins communautaires , jardins solidaires poussent comme des champignons et réinvestissent les terrains vagues, les cours et petit lopin d’espace vert publics ou privés, les toits des gratte-ciels. La ceinture verte entourant les zones urbaines voit désormais de nombreux micro-poumons apparaitre. Simples bacs mis à disposition ou foret-jardin , de l’expérimentation de la permaculture à la culture de l’expérience partagée, plantons les graines.

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Historiquement, dés le Moyen-âge, des femmes et des hommes se sont rebellés et se sont regroupés en cultivant ensemble des lopins de terre pour préserver leurs droits d’usage sur les terres détenues par les seigneurs. Champs ou jardins des pauvres sont mis à disposition pour permettre à la population la plus défavorisée pour pouvoir survivre en récoltant fruits et légumes de base pour leur alimentation . En France, dans les zones minières du Nord, afin d’améliorer le quotidien des familles de mineurs entassée dans de minuscules maisonnettes accolées les unes aux autres et leur permettre de voir un peu le gris du ciel , les « jardins ouvriers  » se développent. D’ouvriers, ils deviennent « familiaux » lorsqu’ils s’ouvrent à d’autres tranches de la population . Leurs statuts et moyens d’attribution évoluent avec le temps .
Rébellion contre la société individualiste et de consommation, ils reprennent du terrain en fleurissant dans les quartiers urbains au sein des terrains abandonnés. Quelle belle symbolique que ces bombes de graines « seed bombs » lâchées au dessus des grillages comme l’a fait Liz Christy, à l’origine des mouvements comme les guerillas vertes . Le « jardin dans tous ses états » reprend possession de terrains ou de petites parcelles s’institutionnalise, permettant son développement à l’échelon national et son essor .
A l’initiative de quelques personnes, ces havres de paix deviennent des lieux de rencontres, d’échanges et de partages des savoirs, savoir faire et savoir être.
Retour à la terre, creuser, bécher, planter , voir germer et pousser , puis récolter les fruits de son travail ( loin d’être une corvée !) permet de recréer le lien social, le dialogue intergénérationnel. Les enfants, en effet découvrent en pratique l’origine des produits de base . Etonnement d’apprendre que les frites ne poussent pas sur des arbres telles quelles . Redécouvrir la saveur d’un fruit gorgé de soleil, qu’on peut cueillir et dévorer sans avoir à craindre d’absorber en même temps les effets néfastes des pesticides et autres produits chimiques dangereux pour la santé. Compostage , recyclage des déchets verts, mais aussi utilisation des cultures associées, captage des eaux de pluie et de ruissellement, rythme des saisons, notions écologiques, scientifiques mais aussi anecdotes, contes et légendes, maximes seront abordées lors des discussions partagées .

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En fonction de la taille du terrain mis à disposition et des connaissances des jardiniers en herbe ou émérites, ce sont des bacs souvent fabriqués à partir de palettes de bois récupérés permettant aux plus âgés ou aux personnes à mobilité réduite d’accéder au plaisir de replonger les mains dans la terre nourricière et d’en ressentir les bienfaits. Les espaces verts de zones à forte urbanisation ou les cours d’immeuble voient cette activité se développer. Ces jardins communautaires sont également des terrains d’expérimentation à l’échelle humaine. Hormis les différences d’age, chacun apporte ses expériences issues de sa propre culture, de son passé, de son histoire personnelle et familiale ou de ses recherches, les met en commun. Graines d’humanité plantées , espoir à voir germer et pousser, apprentissage de la patience, de la tolérance, de la diversité, ce savoir vivre ensemble se retrouve dans l’application plus terre à terre de la permaculture ( permanent agriculture) , association de plantes diverses pour leurs interactions bénéfiques entre elles, mais aussi des micro organismes, vers et insectes permettant la fermentation naturelle , la structure mécanique au travers des racines et mycellium, création d’une autorégulation. Les plantes à grandes racines remontent en surface les nutriments dont bénéficieront celles plus superficielles. Certaines variétés sont propices à attirer et faire se reproduire des insectes prédateurs de nuisibles. Par exemple, des plants de fèves sont une très bonne nurserie pour les coccinelles qui se nourriront avec délectations des pucerons du jardin. Ombrage des feuillus protégeant les plantes plus petites , qui en échange confèrent un certain niveau d’humidité pour tous. Dans ces échanges vertueux, les minéraux sont aussi de la partie; des pierres disposées aux endroits les plus ensoleillés restituent la chaleur accumulée dans la journée. Interdépendances et inspirations du cycle de la nature , création d’écosystème très riche au niveau biodiversité où s ‘entremêlent les variétés végétales ( arbres fruitiers, légumes, fruits, fleurs, plantes médicinales et aromatiques) , les jardins partagés en sont les échos au niveau humain dans une démarche citoyenne du bien vivre ensemble , véritable démonstration d’écologie humaine dans une activité organisée, sociale et individuelle autour de la culture , œuvrant pour la qualité de vie et l’environnement .

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Loin des zones ombragées de son propre jardin secret, ces jardins partagés recèlent bien plus de trésors et de petits moments de bonheur s’égrenant au fil des saisons et des générations . Il faut cultiver notre jardin , notre terre, nos racines, nos histoires, nos savoirs. Monsieur Voltaire, candides ou ingénus, en toute simplicité retrouvée, comme dans le cycle de la nature, nous en prenons de la graine, nous creusons, bêchons et apprenons ensemble dans la tolérance pour une magnifique récolte de ce qu’on sème.

Les 7 poêmes d’ amour en guerre -1943 Paul &Nusch Eluard

man-ray-et-nuschAu nom du front parfait profond
Au nom des yeux que je regarde
Et de la bouche que j’embrasse
Pour aujourd’hui et pour toujours
Au nom de l’espoir enterré
Au nom des larmes dans le noir
Au nom des plaintes qui font rire
Au nom des rires qui font peur
Au nom des rires dans la rue
De la douceur qui lie nos mains
Au nom des fruits couvrant les fleurs
Sur une terre belle et bonne

collage-NuschEluard
Au nom des hommes en prison
Au nom des femmes déportées
Au nom de tous nos camarades
Martyrisés et massacrés

Pour n’avoir pas accepté l’ombre
Il nous faut drainer la colère
Et faire se lever le fer
Pour préserver l’image haute
Des innocents partout traqués
Et qui partout vont triompher.

Texte:Paul & Nusch Eluard

photos : Man Ray – Collage Nusch Eluard

Otaku… nippon ni mauvais, mais qu’est-ce que c’est ?

ichigo-6Otaku aujourd’hui, qu’est-ce que c’est ?  .. Des nerds , des passionnés du Japon , de mangas, films d’animations, jeux vidéos en ligne , d’une musique , d’une culture … Ils ne restent pas enfermés devant leur écran d’ordi , mais se retrouvent pour des événements locaux ou nationaux .. La Japan Expo , à Paris début juillet , le Toulouse Game Show en décembre en sont des exemples . Les jeunes y retrouvent leurs « idoles » infographistes, créateurs de jeux en lignes , joueurs réputés, dessinateur , éditeurs de mangas …. Mais aussi membres de leurs communautés pas si virtuelles que cela .. La France est le deuxième pays au monde , distributeur et consommateur de ces japonaiseries .
Ne vous fiez pas à certains sentiments négatifs véhiculés dans les dramas ou certains jeux et séries animées hyper violentes ou à connotation sexuelle. Le transgressif est souvent de rigueur . Ce sont des des masques , des déguisements comme ceux portés par les cosplayers cherchant à ressembler pour le fun à leurs idoles . Une complicité s’installe entre Otaku . Ils dénoncent à leur façon les intolérances , le manque de fraternité
Micro industrie s’intensifiant de plus en plus … Certains ont trouvé le filon du porte feuille des adolescents , jeunes adultes .
Rites de passage dans la phase de métamorphose vers l’âge adulte , certains se réfugient dans ces univers loin de toute responsabilité ..Les adulescents sont très nombreux . Refus d’entrer de plein pied dans la société et le monde du travail où ils ne se reconnaissent pas , ils en sont cependant esclave .. Hyper consommation d’images , de sons , de publicités cachées ou non , d’offres éphémères .
C’est leur façon de lutter contre l’anonymat des grandes villes, l’individualisme poussé au paroxysme , les difficultés à communiquer parfois avec leurs semblables dans leur environnement du quotidien. Par le choix de partage , par provocation  , les jeunes cherchent à échanger des points de vue . Ils communiquent via Twitter, tumblr … se retrouvent à partager des streams . Les  » chats  » écrits , les conférences en Voice résonnent dans leur chambre comme s’ils organisaient des fêtes internationales . Retrouver un esprit collectif , les jeunes , par le biais de leur passion abordent entre eux les problèmes et questionnements qu’ils n’arrivent pas à verbaliser sans gêne avec leurs parents, proches ou connaissances d’école. Solidarité lorsqu’un de leur clan ne va pas bien, entraide qu’ils savent dissimuler . Sous leur masque de provocateurs, de leur désobéissance à l’autorité , qu’elle soit parentale, scolaire , ils n’en perdent pas les valeurs qu’ils s’approprient . Plus intuitifs que raisonnables, émotions à fleur de peau , ils utilisent leurs armes, leur langage de geeks , leurs moyens de communication .
Parents, difficile de décoder ces messages quand une odeur de fennec , des borborygmes, des bruits d’enfer , des rires hystériques s’échappent de leur antre alors qu’avec vous ce ne sont que silence, soupirs et haussement d’épaule au moindre  » effort » que vous leur demandez d’exécuter : assister à l’intégralité du repas familial , respecter des horaires de veille et de sommeil , entretenir l’état de propreté ou du moins d’hygiène sur et et chez eux .
Vivre à travers l’expérience des autres ou apprendre de l’autre , Ils sont vécus comme inactifs . Le sont-ils vraiment quand ils bricolent, ils inventent et échangent leur montage-photos, leurs clips, leur propre personnage de manga ? Ils prennent la vague et surfent dessus accumulant des expériences en infographie , en langues étrangères, en échange de culture. Des projets prennent forme au travers des contacts virtuels qui se concrétisent au cours de rencontres en chair et en os autour d’un évènementiel. L’otaku, monomaniaque, l’obsessionnel envahi par une seule passion lui faisant perdre le fil avec la réalité tel qu’il avait été caricaturé dans les années 90 a changé . Sa version du XXIéme siècle est bien ancré dans les réalités de la vie, conscient des mondes d’illusion, il a sût apprivoiser en sa faveur les réseaux sociaux et utiliser toutes les ficelles des nouvelles technologies .

Cependant , pour mémoire voir ou revoir ce documentaire français réalisé par l’homme de cinéma Jean Jacques Beinex et diffusé en 1994 pour le cinéma du réel : Otaku : fils de l’empire virtuel .