Quand Truskool pose ses couleurs sur la Ville Rose. Fresque et histoire du graffiti à Toulouse

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Toulouse, ces jours-ci ,assiste à la naissance de la plus grande fresque murale du centre-ville .A la demande de la mairie, le collectif Truskool et ses artistes œuvrant pour la reconnaissance de l’art urbain depuis 1987 , les graffeurs toulousains Siker, Ceet T, Soone, 2Pon, Tober, Der et Tilt déjà connus comme le collectif Arnaud Bernard Système, juste retour des choses, travaillent d’arrache-pied à leur première réalisation en commun celant ainsi une nouvelle page de l’histoire du graffiti à Toulouse.

Depuis  dimanche, le 4 Juin 2017, la façade ( 30 mètres de hauteur, 12 de largeur) d’un immeuble, situé boulevard Lascrosses, près de la place Arnaud Bernard, quartier berceau historique du graffiti se couvre en liberté où les seules contraintes imposées par les Bâtiments de France : respecter les teintes dominantes dans le bâti du secteur. Les couleurs chaudes comme le beige et le jaune ont donc été privilégiées, avec du rouge. La dernière touche sera l’application d’un vernis , protection contre les U.V pour préserver les teintes initiales.

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Plan des 7 strates de la fresque

« On a divisé le mur en sept strates. Tout en haut, Siker a représenté son écriture, Ceet a dessiné des poulets, moi les trois premières lettres rondes de mon nom, 2Pon commence aujourd’hui, Tober représente sa signature visible sur ses stickers, Der a posé son style en 3D, et Tilt laisse sa trace tout en bas »explique Soone, dans un entretien avec la presse .

Alors qu’ils se connaissent depuis de nombreuses années, c’est la première fois que les sept membres  du  » crew » travaillent en même temps sur un projet. Le nom de leur collectif a donné le titre d’un livre d’Olivier Gal, Truskool : l’histoire du graffiti à Toulouse, publié en 2016 aux éditions Atlantica. Le récit, autour de la bande de copains  nous replonge dans une époque où règnent la créativité et la subversion, à travers le « Wild style » chez les graffeurs. «Il y avait de nouveaux styles, il y avait de vieux styles…, dit 2Pon (la Truskool se différenciant de la New School en Europe, elle-même opposée à la Old School new yorkaise ). Nous on s’en foutait, la vraie école c’était celle qui prenait tout : la True School ! ». Ce livre, truffé d’anecdotes, de commentaires et de nombreuses photographies d’archive.

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De  1987 , premier graff  posé sur un mur de Toulouse(il est l’œuvre de Mosquito suite à sa rencontre avec des graffeurs parisiens sur la plage d’Hossegor pendant les vacances),à la création d’un festival Rose béton , première édition en 2016 pour cette biennale de l’art contemporain urbain, sans oublier le  » Graff Tour », visite guidée de la ville rose, dédiée à l’art du graffiti ( à l’intitiative de l’ office du tourisme). 2 heures commentées par un guide conférencier , parfois accompagné d’un graffeur professionnel : circuit  à pied de la place des Tiercerettes, avec une étape dans le Jardin d’Embarthe, qui accueille encore une ancienne fresque de Soone et dans la rue Gramat, dont les murs sont presque entièrement recouverts. Ces deux lieux ont accueilli pour la première fois des graffs autorisés par la mairie au début des années 2000.En  bus de la place Arnaud-Bernard et arpentant Toulouse pour  découvrir les plus belles réalisations , les insolites ou méconnues et celles nées pour  Rose béton 2016 comme les deux dames du Pont des demoiselles, d’Aryz, la fresque de Maye et Mondé, au métro Saint-Agne ou le graff de Jace, à l’école Anatole-France. Quoi de mieux que de finir ce périple au pied de «la Symphonie des songes» de Miss Van, au quai de Tounis.

La bande de copains, gribouilleurs locaux  de murs comme Fastoche, Looping, et Caramba, plus tard 2Pon et Déclic… Rappeurs, danseurs, graffeurs se réunissent notamment à Arnaud Bernard autour du graffiti. Et le Crew (collectif artistique) Arnaud Bernard System (A.B.S) naît en 1989.D’autres se joignent au  mouvement qui a permis la reconnaissance du graff et de sa culture, avec 2pon, Der, Soone et Tilt comme chefs de file à partir de 1995.Rejoints par une étudiante en première année d’Arts Plastiques à l’Université du Mirail, Miss Van puis d’autres femmes Melle Kat,  Fati etc.., les membres du  » crew » partent à la conquête de festivals, expositions, œuvres en commun  hors la France étendant la notoriété  Toulouse en ville incontournable en Europe du point de vue de l’art urbain.

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Inspiré du Punk, du mouvement Dada comme de la culture Hip-Hop américaine, l’art de la rue s’est depuis forgée ses lettres de noblesse, couvrant désormais les murs des galeries d’art comme des plus grands musées internationaux(une institutionnalisation et une marchandisation, qu’on range sous le nom de street art). Reste que les professionnels sont une minorité et que l’esprit rebelle des origines perdure. «À l’origine, le graffiti est une discipline exercée dans l’illégalité la plus totale, note Olivier Gal, ce qui est d’ailleurs son principal moteur. Les choses se sont corsées face à la répression, les poursuites, le nettoyage massif et immédiat… ».

De l’art éphémère couvert par d’autres à l’infini , directement sur le mur ou support accroché en galerie, de l’underground au mécénat et aux commandes officielles des municipalités,  quand les vandales, taguant les murs et les trains de leurs pseudonymes, en quête de reconnaissance et d’un peu d’éternité deviennent des artistes contemporains urbains L’histoire du graffiti à Toulouse s’affiche en monumentale fresque , dévoilée le dimanche 11 Juin 2017.

De Ceet T à Ceet Fouad, une histoire de poulet

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Fouad Ceet,  artiste graffiti d’origine marocaine, né en 1971,  passa son enfance à Toulouse . De la Truskool  toulousaine à la Chine où il réside actuellement , il revient cette semaine en Occitanie, à l’assaut d’un gigantesque mur de la Ville Rose pour participer à une œuvre collective dont il ornera ses fameux  » poulets », animal fétiche dont il s’amuse sur les significations culturelles  . Rien d’étonnant n cette année de coq de feu que ses influences lui ouvrent les portes de l’ Asie . De nombreuses cordes à son arc, expériences de la rue, Ceet T se forme en peinture à l’huile et en sculpture .Les couleurs de la musique ne lui sont pas étrangères. Designer, maitre dans le dessin et la calligraphie  a aussi décidé de promouvoir son art qu’est le graffiti en Asie

 

Ceet est un artiste représentatif et investi au sein du projet Jardin Rouge, il est aussi le chef d’orchestre de la résidence d’artistes Jardin Orange à Schenzen, en Chine, soutenue par la fondation Montresso.

Kid Wise-Hold on (Alb Les Vivants)

Cocanha Trio en Barcelona

Kid Wise – Hope

Scarecrow – « Ain’t got no choice (but buying you) » & » Lonely Hope Blues »

 

Trésor caché : Les cartes du ciel de Saint Sernin à Toulouse.

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La Basilique St Sernin à Toulouse recèle, dans une galerie inférieure un trésor caché , 2 cartes du ciel datant du XIIIème siècle.
La première partiellement détruite par l’érosion du temps est une représentation du microcosme et macrocosme posant schématiquement l’idée que Le corps humain est un résumé de l’Univers. Entre l’Univers et le corps humain , il y a des interpénétrations permanentes, des déterminismes, s’exprimant par les vents, les nuages pluvieux, les points cardinaux qui y sont représentés comme les éléments météorologiques qui vont influer sur le caractère de l’homme, ses actes et plus généralement sur son destin. Le microcosme (l’homme), le macrocosme (univers) sont absolument associés au Moyen Age.
La seconde carte a gardé beaucoup plus d’informations . Des cercles concentriques en représentation de l’Univers depuis la plus haute Antiquité , conservée au Moyen Age héritée grâce aux traductions arabes de la physique d’ Aristote qui donne une grande part à la connaissance de l’univers et de l’astronomie . Au milieu apparait la Terre en trois parties pour les 3 continents connus à cette période historique : l’ Europe, l’ Afrique et l’Asie ; manque l’ Amérique et l’Océanie , on pourrait y rajouter le sixième continent .
Les cercles concentriques sont censés représenter le « manège » des étoiles et des planètes autour de la terre qui en est le centre .

L’ univers constitué de douze cercles concentriques.
Sept d’entre eux portent un astre, du centre vers l’extérieur :
• Luna Lobus (la lune)
• Luna Mercuris (Mercure)
• Circulum Venusis (Vénus)
• Casa Solis (le Soleil)
• Sfera Martis (Mars)
• Celium Jovis (Jupiter)
Saturne, invisible sur la partie conservée du cercle, était vraisemblablement situé à droite du soleil.
A l’époque , ce sont les 7 corps célestes qui structurent visuellement la rotation des étoiles nocturnes. Cet univers composé d’étoiles en mouvement a sa limite qu’on appelait alors la barrière des étoiles fixes. C’était , d’une certaine façon , la fin de l’univers matériel habité par les planètes.

Au-delà, quatre cercles suivent pour l’univers stellaire : le Premier mobile,(principe de mouvement qui donne tout son mouvement rotatif à l’univers) .
Trois cercles ne sont pas affectés à une fonction précise. On s’approche de l’univers où trône Dieu , sur le douzième et dernier cercle, l’ Empyrée, entourées des sphères célestes où siègent les neuf catégories d’anges. Coutume iconographique et religieuse de faire trôner Dieu à la limite de l’univers.

Le motif d’étoile est traditionnellement très utilisé dans le décor des églises où il est souvent question de « ciel » et le retrouver ici est assez  » savoureux » avec la continuité de sa représentation scientifique de l’Univers. Ce qui est remarquable avec ce schéma, ayant prétention de représenter la totalité de ce système extrêmement complexe qu’est l’univers, c’est sa très grande simplicité. Schéma mis à l’épreuve du temps, il apparait bien avant Jésus Christ . Il durera jusqu’au XVIème siècle environ . Il rend compte de la structure et des mouvements des planètes de façon très facilement compréhensible.
Suite aux travaux de Copernic , son ouvrage de 1543 va mettre fin à ce schéma remettant en cause la terre centre de l’univers et y plaçant le Soleil .Malgré tout, cette cartographie va rester ancré dans la pensée, dans la mentalité et sera en usage jusqu’au XVIIIème siècle. Ces inscriptions sont caractéristiques dans leur morphologie du XIIIème siècle.
Le XIIIème siècle , à Toulouse est un moment d’essor du savoir et de la connaissance, puisqu’est créée en 1229 l’Université de Toulouse. A la différence de celle de Paris qui la précède de peu, l’enseignement de la Physique d’ Aristote est autorisée.
Ces cartes se trouvent dans un édifice religieux, la basilique Saint Sernin, un des plus brillants de son époque, montrant que ces lieux étaient également des lieux de savoir, de curiosité, de culture. Sans doute hormis la symbolique d’ornement , elles seraient un élément de transmission du savoir astronomique utilisé comme outil pédagogique au Moyen Age. Elles sont désormais un document archéologique d’une portée intellectuelle primordiale à Toulouse , trace de l’enseignement religieux et universitaire depuis des siècles.
Texte écrit d’après le commentaire du « guide » officiel du Musée Saint Raymond, musée des Antiques de Toulouse.
La galerie dont la paroi porte ces cartes n’est pas ouvert au public pour leur préservation ( peinture à l’ocre rouge sur chaux). Visite guidée sur youtube et Viméo.