Kiss – Hervé Perdriel

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Mario Giacomelli

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« Mes photographies sont la représentation du déplacement des signes et la fracture de la pure réalité afin que l’image se présente dans une architecture intérieure entre l’idée et l’abstraction, la traduction de la réalité en états d’âme, la recherche de nouvelles énergies. « 

 Mario Giacomelli

un uomo,una donna, un amore

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Métaphorique et métaphysique voyage sonore

Comment l’existence a-t-elle commencé?
Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Quelle force a causé la création de l’Univers?
Est-ce que l’existence est un accident ?
Est-ce que l’existence a été planifiée , par qui ?? Et quoi d’autre de planifié encore ,
Est-ce que Dieu existe?
Avez-vous une âme? Que devient votre âme quand vous mourez?
Etes vous juste un arrangement particulier fait de paradoxe?
Combien de liberté avez-vous vraiment ??
Seriez vous plus heureux si vous saviez comment l’existence fonctionne?
Que connaissez vous de sûr et certain ?
Que savez vous sur l’absolu certitude?
Est-ce qu’un paradis est certifié ?

Autant de questions sans réponse dans ce collage radiophonique et métaphysique proposé par l’artiste canadienne Sarah Boothroyd dans ce voyage sonore vers les continents de perception différente du monde, du temps, de l’existence, de la vie, de la mort, de la genèse de l’univers ..beauté sonore de mélodie parlée dans ses pièces comme un livre ouvert dont les images seraient peintes par les fréquences et les ondes extraites de bruits, de fragments d’archives, de documentaires . Pour ce  » Castles in the sky » elle propose de nous embarquer dans une dérive mentale, une méditation à travers les mots du neuro-scientifique David Eagleman : Bis 40 chroniques de l’au-delà ( Sum: forty tales from afterlives).Questions existentielles certainement sans réponse, invitation à explorer les autres facette de la réalité suivant l’hypothèse d’Albert Einstein : « La réalité est simplement une illusion, quoique très persistante »
Séduite par l’hypothèse que l’existence n’est peut être qu’une immense hallucination collective, Sarah Boothroyd rêve à plusieurs voix et soulève les limites de notre condition humaine, de notre entendement : « J’aime mettre en avant des questions existentielles qui resteront certainement toujours sans réponse. C’est une invitation à contempler le côté magique de la réalité. Je cherche à susciter le doute : la réalité n’est pas tout à fait l’idée que l’on s’en fait. » Et elle cite de nouveau Einstein : « La plus belle chose que nous puissions éprouver, c’est le mystère des choses. »

Univers où fantasme, fiction,projection de fragments de réalité, de documentaires, de bruits dans la foule, de slogans, de narration polyphonique et collective à découvrir à travers ce parcours sonore initiatique métaphysique.

Bonne fête Serge – Latouche à l’honneur, en toute simplicité

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Le philosophe Français Serge Latouche , qui se définit lui-même comme ex économiste a fait une intervention devant une assemblée , délégation de jeunes agriculteurs du futur, venus de 120 pays pour Terra Madre Giovani ( les jeunes de Terra Madre) à l’initiative de Slow Food( fondateur de SF : Carlo Petrini)-We feed the Planet début Octobre à Milan lors da la grande Expo , Italie. Plus médiatisé que dans son propre pays, ses paroles sont reprises par de nombreux journaux . Le marathonien des congres , exposition universelle ou non multiplie ses témoignages et la sensibilisation dans de nombreux pays, diffusant les principes et fondements de la simplicité volontaire, du bien être simple et autres appellations plus parlantes que le terme initial de « décroissance ».

Pour ces 4 jours de réunions où se côtoyaient , jeunes agriculteurs, agronomes, étudiants, chefs de petites entreprises, pécheurs, activistes , c’est Serge qui a eu le privilège de débuter la série de colloques et de débats .
Extraits de journaux italiens relatant son intervention :
La Repubblica du 4 Octobre 2015, rubrique Economie et finance

MILAN : réévaluer, redéployer et relocaliser. Et encore une fois : réduire, recycler, réutiliser et restructurer. Seulement de cette manière, à travers le « cercle vertueux des R » il est possible d’inventer un mode durable de survie. Serge Latouche, le théoricien de la décroissance heureuse, le répète comme un mantra à Milan. Le philosophe Français qui aime se définir comme ex économiste (« parce que j’ai perdu confiance dans l’économie, c’est un mensonge »), a conté une autre façon de voir la production, la consommation et les rapports sociaux : » un mode plus équitable, plus humain, plus juste « parce que le système de production dans lequel nous sommes plongés génère partout des situations d’inégalité, d’exploitation et d’abus. Et les mêmes indices de richesse (comme le PIB) sont complètement évincés des paramètres financiers et monétaires, qui ne correspondent pas au bien-être réel des populations: « l’économie est une religion occidentale qui nous rend malheureux. »
« Aujourd’hui , a dit Latouche, nous vivons dans une société fagocitée par une exigence de croissance qui n’a plus de motifs économiques, mais qui est la croissance pour la croissance. Illimitation du produit, puis illimitation de l’exploitation des ressources naturelles renouvelables ou non. Illimité de consommation, puis des déchets et du gaspillage, autrement dit pollution de l’air et l’eau « . Une recherche de croissance alimentée par la publicité qui vous fait désirer ce que vous n’avez pas ; soutenue par la banque  » prompte à prêter de l’argent, quasi à l’infini » et influencé par l’obsolescence programmée: « nous sommes condamnés à consommer parce que nos outils sont programmés pour se détériorer aussi rapidement que possible ».
L’alternative proposée par Latouche est la décroissance en réponse à la non-soutenabilité sociale et écologique de notre réalité. « Nous, occidentaux sommes moins de 20 % de la population mondiale mais nous consommons 86 % des ressources naturelles. Notre mode de vie détruit la résilience, la capacité de l’organisme terrestre à faire face au choc du changement climatique comme la perte de la biodiversité « .
Les critiques de Serge Latouche sont autant de révoltes contre le modèle de la société individualiste qui  » a permis de libérer les forces destructrices, sur lesquelles se fonde la société de consommation et la croissance. » En fait, la recherche d’accumulation est « une guerre de tous contre tous. C’est une guerre contre la nature, car nous ne remarquons pas que de cette façon nous détruisons la planète plus rapidement. Nous faisons la guerre contre les hommes. Même un enfant comprendrait ce que les politiciens et économistes font semblant de ne pas voir :une croissance infinie est par définition absurde dans une planète finie, mais nous ne comprendrons pas tant que nous ne l’avons pas détruit. Pour faire la paix, nous devons renoncer nous-mêmes à l’abondance frugale, obliger. Nous devons apprendre à reconstruire d’autres rapports sociaux « .
Pour les économistes néo-libéraux, ajoute Latouche, l’option la plus terrible est le protectionnisme, « Mais, en réalité, c’est un instrument de défense parce que c’est la compétition pour alimenter la guerre, comme en témoigne le cas de Volkswagen. Le libre -échange est comme le renard dans le poulailler . Nous avons détruit l’agriculture de la Chine, et en pleine réciprocité l’industrie chinoise a détruit la notre : 800 millions d’ anciens paysans chinois s’entassent dans les banlieues, créant des millions de chômeurs dans nos sociétés « .

À l’appui de son point de vue Latouche cite la New Economics Foundation qui calcule l’ « indice de bonheur » sur trois dimensions : empreinte écologique, l’espérance de vie à la naissance et bien-être subjectif ( sentiment individuel de bonheur). « Avec ces paramètres, comme dans la Bible – conclut , le philosophe Français les derniers deviennent premiers et les derniers, premiers . Vanatu et le Costa Rica sont en haut du classement, tandis que le mensonge des États-Unis en 160eme position et l’ Italie autour de 60eme ».

Corriera de la sera : La recette de Latouche pour les jeunes agriculteurs :  » La globalisation est une arnaque »
La bataille pour une culture alimentaire différente est possible seulement si nous unissons nos forces ». S’adressant pendant deux heures aux jeunes agriculteurs du monde entier qui se sont réunis dans la salle rouge du Superstudio Più , rue Tortona, à Milan, Serge Latouche, l’économiste et philosophe Français , partisan de la décroissance, ennemi juré de la mondialisation et du libre-échange qui, dit-il, est comme « le renard dans le poulailler en libre service », a eu pour tâche d’ouvrir le deuxième jour de la réunion de Terra Madre Giovani. Il cite Thomas Piketty : « la sociétés dans laquelle les inégalités grandissent sont malheureuses aussi pour les riches. »
Pointant du doigt la « cupidité » et les universités qui produisent les économistes « nous enseignons comment faire autant d’argent que possible ». Il parle au pied levé, sans support audiovisuel. Mais son charisme n’a pas besoin de support technologique, de pc « victimes d’obsolescence planifiée. » Il répète que « la mondialisation est la plus grosse escroquerie de l’histoire, un jeu de massacre à l’échelle mondiale ».
Thèmes abordés « 800 mille paysans chinois chassés de la campagne et l’exportation de produits fabriqués dans les usines en Chine à perte créant du chômage en occident ». Il invite à se méfier de l’opulence, de la « société de croissance qui a trahi les promesses de la modernité ». Il a parlé de migrants, exploités par le système alimentaire mondial, avec le procureur de Calabre Nicola Gratteri. Il aborde le sujet « alimentation et religion « avec les invités des différentes communautés. D’autres intervenants ont ponctué cette journée autour de la Slow Food et des mouvements en faveur d’une alimentation Biologique , du bien fondé de réintroduire des techniques ancestrales en matière d’agriculture , de respect de l’environnement.

Serge Latouche ne refuse aucune invitation ou presque et c’est l’homme qui se dévoile , ainsi que ces idées, à travers ce petit questionnaire accordé lors d’une intervention en Alsace pour un club de réflexion réunissant dirigeants et cadres dirigeants . Le theme était : Le décroissance comme solution de sortie de crise . Etonnant ce Serge là, quand il touche tout public. A lire ses nombreux ouvrages et à méditer. Bonne fête Mr Serge !

Je hais les indifférents, par Antonio Gramsci.

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Je hais les indifférents. Je crois comme Friedrich Hebbel que « vivre signifie être partisans ». Il ne peut exister seulement des hommes, des étrangers à la cité. Celui qui vit vraiment ne peut qu’être citoyen, et prendre parti. L’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents.
L’indifférence est le poids mort de l’histoire.  C’est le boulet de plomb pour le novateur, c’est la matière inerte où se noient souvent les enthousiasmes les plus resplendissants, c’est l’étang qui entoure la vieille ville et la défend mieux que les murs les plus solides, mieux que les poitrines de ses guerriers, parce qu’elle engloutit dans ses remous limoneux les assaillants, les décime et les décourage et quelquefois les fait renoncer à l’entreprise héroïque.
L’indifférence œuvre puissamment dans l’histoire. Elle œuvre passivement, mais elle œuvre. Elle est la fatalité; elle est ce sur quoi on ne peut pas compter; elle est ce qui bouleverse les programmes, ce qui renverse les plans les mieux établis; elle est la matière brute, rebelle à l’intelligence qu’elle étouffe. Ce qui se produit, le mal qui s’abat sur tous, le possible bien qu’un acte héroïque (de valeur universelle) peut faire naître, n’est pas tant dû à l’initiative de quelques uns qui œuvrent, qu’à l’indifférence, l’absentéisme de beaucoup. Ce qui se produit, ne se produit pas tant parce que quelques uns veulent que cela se produise, mais parce que la masse des hommes abdique devant sa volonté, laisse faire, laisse s’accumuler les nœuds que seule l’épée pourra trancher, laisse promulguer des lois que seule la révolte fera abroger, laisse accéder au pouvoir des hommes que seule une mutinerie pourra renverser. La fatalité qui semble dominer l’histoire n’est pas autre chose justement que l’apparence illusoire de cette indifférence, de cet absentéisme. Des faits mûrissent dans l’ombre, quelques mains, qu’aucun contrôle ne surveille, tissent la toile de la vie collective, et la masse ignore, parce qu’elle ne s’en soucie pas. Les destins d’une époque sont manipulés selon des visions étriquées, des buts immédiats, des ambitions et des passions personnelles de petits groupes actifs, et la masse des hommes ignore, parce qu’elle ne s’en soucie pas. Mais les faits qui ont mûri débouchent sur quelque chose; mais la toile tissée dans l’ombre arrive à son accomplissement: et alors  il semble que ce soit la fatalité qui emporte tous et tout sur son passage, il semble que l’histoire ne soit rien d’autre qu’un énorme phénomène naturel, une éruption, un tremblement de terre dont nous tous serions les victimes, celui qui l’a voulu et celui qui ne l’a pas voulu, celui qui savait et celui qui ne le savait pas, qui avait agi et celui qui était indifférent. Et ce dernier se met en colère, il voudrait se soustraire aux conséquences, il voudrait qu’il apparaisse clairement qu’il n’a pas voulu lui, qu’il n’est pas responsable. Certains pleurnichent pitoyablement, d’autres jurent avec obscénité, mais personne ou presque ne se demande: et si j’avais fait moi aussi mon devoir, si j’avais essayé de faire valoir ma volonté, mon conseil, serait-il arrivé ce qui est arrivé? Mais personne ou presque ne se sent coupable de son indifférence, de son scepticisme, de ne pas avoir donné ses bras et son activité à ces groupes de citoyens qui, précisément pour éviter un tel mal, combattaient, et se proposaient de procurer un tel bien.
La plupart d’entre eux, au contraire, devant les faits accomplis, préfèrent parler d’idéaux qui s’effondrent, de programmes qui s’écroulent définitivement et autres plaisanteries du même genre. Ils recommencent ainsi à s’absenter de toute responsabilité. Non bien sûr qu’ils ne voient pas clairement les choses, et qu’ils ne soient pas quelquefois capables de présenter de très belles solutions aux problèmes les plus urgents, y compris ceux qui requièrent une vaste préparation et du temps. Mais pour être très belles, ces solutions demeurent tout aussi infécondes, et cette contribution à la vie collective n’est animée d’aucune lueur morale; il est le produit d’une curiosité intellectuelle, non d’un sens aigu d’une responsabilité historique qui veut l’activité de tous dans la vie, qui n’admet aucune forme d’agnosticisme et aucune forme d’indifférence.
Je hais les indifférents aussi parce que leurs pleurnicheries d’éternels innocents me fatiguent. Je demande à chacun d’eux de rendre compte de la façon dont il a rempli le devoir que la vie lui a donné et lui donne chaque jour, de ce qu’il a fait et spécialement de ce qu’il n’a pas fait. Et je sens que je peux être inexorable, que je n’ai pas à gaspiller ma pitié, que je n’ai pas à partager mes larmes. Je suis partisan, je vis, je sens dans les consciences viriles de mon bord battre déjà l’activité de la cité future que mon bord est en train de construire. Et en elle la chaîne sociale ne pèse pas sur quelques uns, en elle chaque chose qui se produit n’est pas due au hasard, à la fatalité, mais elle est l’œuvre intelligente des citoyens. Il n’y a en elle personne pour rester à la fenêtre à regarder alors que quelques uns se sacrifient, disparaissent dans le sacrifice; et celui qui reste à la fenêtre, à guetter, veut profiter du peu de bien que procure l’activité de peu de gens et passe sa déception en s’en prenant à celui qui s’est sacrifié, à celui qui a disparu parce qu’il n’a pas réussi ce qu’il s’était donné pour but.
Je vis, je suis partisan. C’est pourquoi je hais qui ne prend pas parti. Je hais les indifférents.
11 février 1917
Traduction de l’italien par Olivier Favier. Texte reblogué depuis le site site www.dormirajamais.org..Historien de formation, traducteur littéraire de l’italien Il s’est spécialisé dans la littérature de la fi n du XIXe siècle, la poésie et le théâtre contemporain, et s’emploie en particulier à faire connaître le «théâtre de narration» et ses auteurs-acteurs (Marco Paolini, Marco Baliani, Ascanio Celestini, Roberta Biagiarelli, Mario Perrotta) en France. Il coordonne le comité italien de la Maison Antoine Vitez, Centre international de la traduction théâtrale, collabore à différentes revues – Europe, Siècle 21, Frictions – Bastamag.net etc ….

A propos d’Antono Gramsci : (1891-1937), philosophe et homme politique italien. Secrétaire du parti communiste italien à la création duquel il avait participé en 1924, il fonda le journal L’Unità. Il est arrêté le 8 novembre 1926 et passe plus de dix ans en prison. Il est libéré en avril 1937 et meurt quelques jours plus tard. Les cahiers qu’il laisse comptent parmi les textes politiques les plus importants du XXe siècle.
Une des plus hautes figures de résistance intellectuelle que l’histoire européenne nous ait donné la possibilité d’admirer. Chez Gramsci, l’indignation ne suffit pas, si elle est le simple mouvement du coeur : elle commande l’analyse. Haïr l’indifférence, c’est à la fois haïr l’acceptation des choses comme elles vont et détester la confiance faite aux experts qui n’est autre que la paresse qui contribue au cours des choses quand elle ne se contente pas de la justifier.
Pourquoi je hais l’indifférence- Collection Rivages poche -Edition Rivages ( Aout 2012) est un bréviaire de rébellion contre les choses comme elles vont et des instruments d’analyse.

Dans quel état J’erre.

Ahayuasca

Une date anniversaire se profile devant moi. Celle du diagnostic qui est tombé comme un couperet , qui a changé la vie , le sens de la vie, des réflexions, des recherches sur la mort, sur les religions, sur la spiritualité ou comment remplir ce fossé qui s’ouvre à ce moment là , ce présent à l’avenir si incertain voire même sans avenir terrestre. Date anniversaire qui rapproche de la délivrance du cap des 5 ans de rémission pour devenir guérison totale ( tel que la médecine le détermine). Le crabe, le dragon , le cancer . Ce mot qui fait si peur, ce mal qui devient si fréquent dans notre société industrialisée.

 

Cette maladie affecte autant le patient que son entourage. Celui qui le subit de plein fouet est certainement le conjoint, le ou la partenaire et compagnon de vie de couple, les parents, les enfants, les amis, les collègues de travail etc…On ne dira jamais assez le trouble et le désarroi dans lesquels sont plongés alors les personnes autour du patient lorsque celui-ci dévoile sa maladie. Elle est sienne car il l’a vivra activement dans sa lutte, dans les effets secondaires des traitements, dans les bouleversements physiques, psychiques et mentaux qu’il va affronter. Passifs , se sentant démunis, impuissants confrontés à leurs propres représentations mentales de la maladie, l’ invalidité, l’handicap et de la mort , certains fuient non par lâcheté ou par indifférence . Il est parfois difficile de trouver les mots et oser parler de ses propres angoisses, ses peurs, ses démons intérieurs. Quelle attitude adopter? L’établissement qui m’a pris en charge n’était consacré qu’à cette pathologie. Chaque membre du personnel hospitalier y travaillait par sensibilité propre, par choix. L’éducation en Santé et l’éducation du patient et de son entourage n’est pas un vain mot . Une discussion à bâtons rompus avec l’équipe « éducative » , une oncologue, une infirmière cadre, une psychologue a répondu à beaucoup de questionnements anticipant l’aide à l’annonce pour ma fille jeune pre-adolescente . Un livret illustré m’a été remis . Plusieurs chapitres détaillent , dans un vocabulaire adapté à chaque tranche d’âge , les symptômes, les traitements, les effets secondaires afin de préparer et de répondre aux grandes interrogations ou peurs des enfants et adolescents. Nous l’avons lu ensemble sans occulter le sujet de la mort. En toute honnêteté, il faut dire que cela a précipité toutes les démarches d’organisation de tout ce qu’un parent isolé doit prévoir en cas de décès : vérifier ses clauses d’assurance décès, crémation ou enterrement avec la prise en charge financière des frais occasionnés ( he oui , on n’y pense pas lorsqu’on se sent toujours jeune et en pleine santé!) mais surtout sereinement trouver les accords harmonieux pour celui ou celle qui accueillera son enfant, la chair de sa chair , définir ce futur tuteur légal .
Quelle paix intérieure une fois cette étape franchie. L’acceptation de ne pas être immortel , d’appréhender en toute conscience cette possibilité qui étonnamment déclenche une énergie de vie sous toutes ses formes. Un avantage certain de par ma profession para médicale , confrontée à Dame la mort en multiples occasions, les phases d’acceptation de la maladie , de sa morbidité ont été franchies à une vitesse record. Ceux qui ont eu plus de difficulté et certainement de souffrance morale dans cette épreuve sont mes parents . Ce n’est pas dans l’ordre des choses que de concevoir la perte d’un enfant , quelque soit son âge . Il n’y a rien de plus injuste, de plus inhumain . Volontairement, je suis restée géographiquement éloignée d’eux afin de leur éviter la vue d’une déchéance physique occasionnée et par la maladie et par la lourde artillerie mise en œuvre . Certains des lecteurs réguliers de ce blog ont certainement lus entre les lignes ce qui n’arrivait pas à être explicité ouvertement à cette période. Et pourtant , les clés y figuraient. Pudeur ou jardin secret , il en a été ainsi pour les amis, les connaissances.
Esprit positif ou ouverture de conscience, cet accident de parcours de vie m’a emmené et me guide encore sur une route incroyable. Il est devenu comme évidence de ne plus se projeter dans l’avenir mais de vivre pleinement le présent , le ici et maintenant . Sentir comme nécessaire de s’économiser , utiliser autrement son énergie vitale , la canaliser et découvrir en soi des ressources inestimées , des envies non , plus fort en soi des désirs , des forces , des besoins, des aspirations , de l’intention .

Devant une épreuve de vie se pose naturellement la recherche de vérité, la quête de réponse , d’espoir dans la religion ou la spiritualité. Peut-on opposer ces 2 mots alors qu’ils se complètent peut-être? Loin de moi l’idée de demander l’aide d’un dieu, de me mettre à prier , de réclamer un miracle. Les questions essentielles :pourquoi je vis? Y a-t-il un but? Ais je une mission à accomplir? Qu’y a-t-il après la mort? On ressent un sensation de soif de connaissances ou plutôt de décodage , décryptage de ce qui est inscrit au fond de soi même , cette partie d’iceberg immergé qu’est l’inconscient et qui possède tant de réponses, tant de connaissances , tant de savoirs: la sagesse diront certains.
Une personne ordinaire évite de se poser des questions sur la mort , dans ses préoccupations du quotidien. Abreuvée par les images incessantes de carnage, de charniers, de cadavres liés aux guerres, aux épidémies, à la famine et tous les fléaux du Monde clivé entre le Bien et le Mal, l’ Industrialisé, l’Emergent et le laisser pour compte, cette personne ordinaire se réfugie dans les images d’Epinal, les clichés , les représentations mentales( selon sa perception, ses croyances, son éducation, sa religion…) d’un paradis promis en attente d’une rédemption . Recherche d’un absolu d’un sens à l’abstraction : je vais mourir et après ? Ya t’il un après ? . Le fait de régler le « après » pour ma fille a balayé toutes les peurs, toutes les craintes . Et combien même il n’existe rien après , je n’en avais plus peur .Les angoisses centrées sur les mystères entourant le moment du passage de la vie à trépas laissaient place à un esprit serein . Cette quête obsessionnelle lorsqu’on l’arrête , lorsqu’on se pose pour un temps , lorsqu’on saisit sans savoir comment que la réponse ne vient pas de l’extérieur mais de son propre intérieur par un temps hors du Temps et des habitudes du quotidien ( relaxation, exercices respiratoires et d’écoute, méditation…). Ne plus écouter la petit voix intérieure, appelée différemment selon les croyances, les représentations mais s’ouvrir au contraire à un silence intérieur .

C’est la vie et non la mort qui est un défi , qui est une lutte. De patiente passive , je me transforme en guerrière . Concentrer son énergie , vaincre ses peurs , se laisser emportée par les rêves si nombreux en ces périodes de sommeil perturbés. Accepter les gênes, les incapacités , les impossibilités , les transformer en autre chose , faire à chaque instant un apprentissage sur le vif , ressentir une joie de passer chaque jour une marche de plus sur l’escalier de la vie … troubles de sensibilité fines des extrémités (fourmillements des pulpes des doigts empêchant de bien percevoir les objets) chute des ongles , ces magnifiques pinces à épiler naturelles qui vous permettent d’attraper les objets minuscules .. Au quotidien ne plus être capable de boutonner ses habits. Qu’à cela ne tienne , vive les vêtements amples qu’on enfile sans peine . Emprunter les chaussures à velcro de sa fille .. Et vous faites 2 heureuses , l’une se sentant utile à sa manière et l’autre ne faisant pas supporter le poids de la dépendance et ne se lamentant pas sur son sort , passant outre les difficultés du quotidien . Fini de lire compulsivement des écrits, des témoignages, des études scientifiques ou ésotériques mais vivre l’instant au jour le jour dans le « ici » et faire avec, faire autrement ou ne pas faire.
En relisant des écrits, en revoyant les peintures , sculptures , produits en cette période me vient la sensation de m’être échappée volontairement d’une réalité qui n’était plus mienne . Cette énergie créatrice, ce besoin vital d’exprimer , de noter, de métamorphoser une perception différente : sauter dans un espace temps ou sembler agir sous une conscience accrue , un peu comme ces témoignages de voyage psychédélique sous drogue psycho active … C’est parfois avec la sensation bizarre qu’une autre personne , qu’un autre moi-même ait tenue le pinceau ou pianoter sur les touches du clavier informatique. Serait-ce l’ effet des toxiques injectés ou effet rebond de l’organisme , de mon propre système cérébral en ébullition ? Comment expliquer rationnellement cet état de vigilance ou de conscience accrue , cette perception différente des éléments entourant par une sélection des informations comme le besoin d’aller à l’essentiel, de trouver et ressentir l’essence des êtres et des choses comme pour m’en imprégner avant de disparaitre .
Ne pas connaitre les mots pour exprimer les sensations , les émotions éprouvées par ce corps qui n’était plus vraiment le mien , je me vivais comme dépossédée de cette enveloppe de chairs et d’os appartenant désormais à la Médecine , touchée , par les seules mains thérapeutiques . Expérience qui n’avait pas d’écho dans mes souvenirs , mon vécu , mon histoire propre ne pouvant faire appel au cerveau cognitif .. Ce biais artistique , cette flambée intellectuelle était comme l’unique moyen de traduire les émotions, sentiments et pensées . Le corps physique défaillant déplaçait l’énergie vers d’autres modes d’expression, de communication.

sukhi Barber

Narcissique , égocentrée ou au contraire sentiment d’indifférence, c’est un combat des nombreuses facettes du caractère ou de la personnalité qui se sont affrontées dans cette guerre. Ne pouvant faire preuve d’objectivité, seules les personnes de mon entourage, les amis, la famille, les « aidants » et les soignants pourraient décrire celle qu’ils ont entraperçu, « vu » ou ressenti . Non pas une victime qu’il fallait secourir mais plutôt une femme et une mère ne baissant pas les bras face à l’adversité, face à la fatalité cherchant à garder l’expression de son essence, la Femme au sens plein et vrai du terme, dans ses désirs, ses aspirations dans son  » être » et son  » devenir », dans son « intériorité » Un choix s’imposa d’emblée : essayer d’être le stratège pour cette bataille à mener. Privilégiant tant faire se peut l’hospitalisation de journée ( c’est-à-dire le maximum de bilans, de consultations avec les spécialistes, les soins, les interventions chirurgicales en déambulatoire avec le minimum de nuitées passées loin du domicile) le rôle primordial de mère a certainement été l’arme la plus redoutable contre la progression insidieuse du crabe. La volonté de ne pas montrer ou de ne pas laisser place à la souffrance morale afin d’en protéger au mieux celle qui vivait au quotidien, qui risquait de devenir l’éponge à émotions , ma fille .

Incroyable de voir ce que l’être humain est prêt à faire pour lui-même et pour les autres . Il est à la fois capteur et producteur d’énergie. Energie, élan vital , notion difficile à mettre en mot qui se perçoit comme un flux circulant, une pulsation interne qui pousse à agir , à mouvoir une force intérieure plaçant l’organisme en situation holistique, ouvrant une porte à l’auto- guérison . Ce terme ne signifie pas l’abandon des thérapeutiques mais la capacité mise en œuvre par l’individu à mettre en place toutes les ressources physiques, mentales et psychiques pour lutter efficacement contre les facteurs d’agression. L’état de rémission face à la maladie , par le choix en libre arbitre de vivre et non de survivre, d’accepter jusqu’au risque ultime qu’est la mort , d’agir en décisions et actes de responsabilité personnelle a ouvert des dimensions , des passages vers d’autres réalités , un autre état de conscience , un processus de changements dans les comportements et habitudes de vie (extérieur), une grande période d’errements intellectuel et spirituel menant à une voie de guérison. Dans quel état j’erre, sur quelle étagère de la bibliothèque intérieure que chacun a au fond de soi, se trouve une encyclopédie de connaissances dont on semble en ignorer l’existence et qui se manifeste pourtant au moment opportun en nous ouvrant un de ces volumes reliés à l’humanité toute entière. Dévoilant les capacités adaptatives à une situation ou l’influence du mental, de l’esprit, de l’émotion, de la pensée pouvant modifier complètement une expérience. Colère, peur, haine laissent place à une sérénité, une joie de profiter de chaque petit instant . Ces livres de sagesse posés comme autant de marches d’escalier s’ouvrent à nous cycliquement au travers des expériences, des accidents de parcours, des chutes sur le sentier tortueux de la vie. Schizophrénie, crise mystique ou crise de foi chacun y pose un nom . Dans la quête spirituelle, difficile de ne pas noter les lacunes dans nos connaissances actuelles des bases et fondements des religions. L’histoire ancienne par transmission orale puis écrites est déformée plus ou moins volontairement par le truchement des traductions approximatives ou d’interprétations de maitres à penser, la destruction ou la disparition pour censure de textes anciens . Il y a cependant beaucoup de vérité contenues dans les doctrines de toutes les religions, malgré les distorsions et les pures inventions narrées dans un mode de récit. Surprenant lorsqu’on s’y plonge de noter des points communs dans des événements « retranscris » comme l’épisode du déluge, des similitudes de symboles se retrouvant encore de nos jours dans des objets aussi anodins que peut l’être un chapelet catholique , tchotki ou lestovka pour les orthodoxes, le sabha ou misbaha des musulmans, lesbih turc, màlà ou nenju juzu ou yu dsu selon qu’il soit bouddhiste, hindouiste, amidiste ou sikhiste. Une corde, un collier , des grains et perles pour autant de prières. L’ère de la communication sous toutes ses formes, les gurus , faux prophètes, les bonnes âmes prêchent leur bonne parole et vous ouvrent les bras , à vous les victimes en vous promettant la félicité. Attention à l’embrigadement sectaire. Sous couvert d’un développement personnel , vous devenez soumis et esclave consentant soulageant votre porte-feuille plus que vos troubles de santé ou votre psyché.
Lecture conférence , discussions sont les bienvenues pour ouvrir des pistes de réflexions qu’il faut explorer ensuite en solitaire. C’est votre responsabilité personnelle que de mener ce voyage intérieur. La spiritualité , spiritus signifiant le souffle : trouver le souffle de vie intérieure. J’ai ressenti ce souffle , cette source d’énergie en contact avec la Nature mais ceci est une autre histoire. Elle est codée et répertoriée sur l’étagère  « jardin secret » .A vous d’en trouver et d’entrouvrir le livre.

Photographies :1 Alex Grey – 2 Sukhi Barber

 

Solitude – Du sociopolitique à la métaphysique, réflexions sur la solitude de l’homme contemporain

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« La grandeur d’un métier est peut-être avant tout, d’unir les Hommes.
Il n’est qu’un luxe véritable et c’est celui des Relations Humaines.
En travaillant pour les seuls biens matériels,
nous bâtissons nous-mêmes notre prison,
avec notre monnaie de cendre
qui ne procure rien qui vaille de vivre. »
Antoine de Saint Exupéry
Dans le monde occidental où n’ont jamais autant existé de moyens diverses de communication entre les hommes, existe le paradoxe de s’y sentir parfois tres seul. La solitude , acte volontaire ou subi n’a pas le même sens , les mêmes conséquences. Les nouvelles technologies relayant les réseaux sociaux et les centaines de contacts, « d’amis » permettant de rester connectés quelque soit l’heure ou le lieu avec la multitude (près d’ 1 milliard d’inscrits sur Facebook) ne nous rendent – elles pas prisonniers d’un virtuel monde social, d’une pseudo réalité ? Se sentir seul ou être solitaire , notions totalement différentes…

La définition du mot Solitude : état ponctuel ou durable d’un individu seul qui n’est engagé dans aucun rapport avec autrui.Elle est vécue différemment selon qu’elle est choisie ou subie.Lorsqu’elle devient synonyme d’isolement, séparation, éloignement, absence et perte, elle s’associe au manque , au refus de relation sociale ou à l’absence physique d’autrui.Parfois, elle est choisie intentionnellement suite à une épreuve de vie, perte d’un proche, maladie, divorce, séparation amoureuse, perte d’emploi ou besoin de se retrouver, d’avancer dans une introspection.
Elle est réponse psychologique à la perte d’un être cher . On se sent seul face à cette épreuve même au sein de son entourage . Elle est cheminement personnel face à la mort. La peine ou la souffrance de la perte d’un proche ne semble pas pouvoir être partagée ou soulagée par l’empathie de « l’autre » . Comprendre sans s’approprier cette douleur, cette souffrance, cette expérience. Isolé dans sa bulle, les mots, les gestes ne peuvent consoler ou aider .Faire son deuil, accepter le départ « définitif », l’absence, l’envol de l’être aimé se vit individuellement. La solitude est aussi une période nécessaire ou dictée par les us et coutumes socioculturels.

La solitude : conscience douloureuse de l’absence matérielle d’autrui autour de soi ou sentiment intérieur d’être seul . Il est ainsi possible de se sentir seul dans une foule ou au sein même de sa famille, de son couple. Abandon , délaissement, l’impression de n’exister pour personne : tels sont les termes que l’isolement de l’homme moderne face à des idéaux extérieurs, à sa superficialité et son narcissisme . Le monde occidental est le reflet d’une société oubliant de vivre dans le présent , aliénée au passé ou au futur où le dernier gadget high-tech est érigé en idole. Loin du sens profond de l’existence il présente, dans cette solitude, les signes d’un syndrome d’irréalité : plus individualiste, égocentrique angoissé, dépressif ou en confusion intérieure, manque de confiance en autrui et en soi-même. Devenu machine à gagner d l’argent pour réponde à de faux besoins, c’est dans cet isolement qu’il mène une course effrénées après une continuelles insatisfaction. Notre société industrielle d’hyperconsommation où la domination économique prévaut sur celle de la politique ( au sens général du terme) et de la culture est une société de masse urbanisée ayant perdu les racines du clan , de la famille ou de la tribu. C’est dans l’anonymat que cohabitent des personnes ayant quitté leur région d’origine pour répondre à la mobilité professionnelle . Famille éclatée devenue nucléaire, population vieillissante dont leurs descendants rejettent la prise en charge , lors de leur perte d’autonomie, couple ne vivant pas sous le même toit en grand principe de ne pas tuer le « capital amour » par l’usure du quotidien…Les socionautes, tels qu’ils sont appelés , utilisateurs des réseaux du Net ont tendance à modifier leurs usages et leurs comportements. L’utilisation  » intime » laisse place à un profil « Socio-Conso « . Plutôt que d’échanger des événements de la sphère privée, les français , en ligne, se mettent à  » liker », à suivre une marque, une entreprise ouvrant les portes vers les webs vendeurs. Un clic pour annoncer à la terre entière être le nouvel acquéreur d’un livre, d’une voiture, d’un appartement au même titre que la naissance d’une idylle ou d’un enfant n’empêche pas cependant d’ignorer jusqu’à l’identité même de ses voisins de palier. Qui sait si un des 1500 (ou plus) individus , en France, surveillés et suspectés d’appartenir à la mouvance Djihadiste n’est pas l’un d’entre eux???

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Des études contradictoires sur les internautes vivant par réseaux sociaux, jeux en lignes etc. montrent soit l’image d’ isolés volontaires , prisonniers dans une geôle de la virtualité ( hors de la vie quotidienne réelle, les No-Life à l’instar des Hikikomoris japonais), soit au contraire enrichis d’une ouverture sur le monde en interaction avec d’autres . Certains mettent en avant la richesse de leurs échanges, de la communication avec des personnes qu’ils ne pourraient rencontrer dans leur village , localité où ils résident . Loin des zones urbanisées, en déplacement perpétuel au sein d’une famille nomade ou rendue comme telle par des mutations professionnelles régulières ou par les aléas de la vie ( déplacés climatiques, réfugiés, émigrés ou voyageurs volontaires ) se sent ainsi citoyen du monde . De sa propre initiative, il se connecte ou non avec ses semblables ou , au contraire, avec des êtres totalement différents de lui apprenant au travers d’une amitié dûment choisie une langue, une culture, une pensée, une philosophie et un mode de vie lui permettant d’appréhender et de chercher à mieux comprendre autrui, l’Humain, lui-même.
Le temps solitaire n’est pas synonyme d’enfermement volontaire dans une cellule d’isolement carcérale ou psychiatrique lorsqu’elle est période de méditation, temps de réflexion . Il est nécessaire de s’isoler dans sa bulle, son jardin secret, son espace encore plus intime et privé . Temps d’introspection , de prise de recul pour mieux analyser ou ressentir (selon l’ utilisation du raisonnement ou de l’intuition), il ouvre tres souvent la voie à une production personnelle de songes, de pensées constructives , de désirs. Il peut alors se traduire par un besoin créatif d’expression ( écrits, photographiques, picturaux ou des formes plus singulières « artisanales » de bricolage voire même culinaires. A chacun sa recette ! Ce n’est pas devenir misanthrope en rejetant et en détestant le genre humain ou se croire au dessus de tous , un peu comme un dieu ou un monstre ( Aristote). Inverse du temps de fuite née d’attentes ou d’espoirs déçus ou de pessimisme excessif. Ce solitaire volontaire, est vécu comme suspect, comme pathologique ou « anormal ». Il est pourtant , par son autonomie, plus sociable et plus libre, loin de la massification de nos sociétés. Rien ne l’empêche d’aider les autres lorsqu’il le peut, d’offrir une qualité d’écoute sans aucun jugement, d’être en connexion étroite et profonde au travers d’une neutralité bienveillante. Loin de proposer un bien matériel ou financier, le solitaire philanthrope s’octroie d’abord un temps pour lui , un voyage intérieur de lucidité, de paix et de sérénité , ouverture vers la pleine conscience, aux confins du royaume de la sagesse . C’est cette piste, ce sentier qu’il peut alors donner comme un trésor, une lumière, une chaleur humaine, un réconfort, une source d’inspiration aux autres.

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Certaines activités demandent à être solitaire. Il en est ainsi de la lecture. Certes, les lectures publiques revêtent une autre dimension mettant en action les zones cérébrales liées à l’audition (temporale). Le ton , le phrasé, l’accent du « lecteur » donnent une version subjective, une interprétation. La lecture solitaire est un acte d’identification ou d’analyse en comprenant ce qui est lu révélateur des sentiments et pensées exprimées qui existent déjà (partagées ou non ). Cette solitude intérieure se peuple et s’aménage d’autant de source de plaisir, petits bonheurs, richesse, foisonnement de questions.. Les autres moyens éducatifs ou distractifs télévision , conférences, spectacles, jeux ne sauraient remplacer cette nourriture de l’esprit. Elle est moment propice à la pensée, la créativité, le rêve, la lucidité ou le délire. La solitude est toujours accompagnée de folie ( Marguerite Duras). La dépendance systématique à autrui, le besoin en permanence du regard, de l’avis, de l’approbation d’une tierce personne proche ou étrangère voire quasi anonyme n’en serait-il pas plutôt un signe?

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La solitude revêt donc plusieurs dimensions, une sociopolitique, métaphysique et pratique. Destructive, pouvant mener à une traversée de désert social (dépression, troubles psychologiques et psychiatriques, addictions toxicologiques ou médicamenteuses, suicide), elle est constructive , nécessaire dans les étapes d’acquisitions, d’engrangement et de mémorisation Elle n’est donc pas vécue comme un cachot, un malheur , une pénitence. Cette mise en relation avec soi-même pour apprendre, comprendre, créer, innover permet alors une mise en relation de qualité avec autrui pour échanger, communiquer, partager . Elle n’est ni individualisme, ni indépendance, ni indifférence, ni désordre, ni marginalité avec lesquelles elle est souvent associée ou confondue. Elle est autonomie : gestion de soi, dans nos relations avec notre environnement et avec nous-mêmes ce qui suppose la capacité de gérer nos propres actions dans notre durée et dans notre espace , de nous auto-positionner , de nous auto-évaluer , d’être responsable du sens que nous donnons au réel.

Réflexions sur la solitude, les relations humaines suite à la lecture d’articles ou de remarque sur le thème de la solitude de l’homme moderne , d’une enquête de société sur l’influence des réseaux sociaux ( enquête menée en France en 2013 par l’institut Harris interactive sur le baromètre des réseaux sociaux en France)

Photos:1 trouvée sur le Net- 2 Tommy Ingberg-3 Ahmed Emad Eldin(illustration pour pochette de l’album The Endless River-Pink Floyd)-4 Joachim Beyrowski